Londres veut protéger la libre-circulation des chercheurs après le Brexit

Près d'un quart des médicaments les plus prescrits dans le monde sont élaborés au Royaume-Uni et 17 des 20 entreprises pharmaceutiques les plus importantes y ont implanté leurs laboratoires. [Sarantis Michalopoulos]

Le contrôle de l’immigration dans l’UE a joué un rôle capital dans le vote pour le Brexit. Le gouvernement britannique veut protéger la libre circulation des chercheurs qui sont cruciaux pour le secteur des sciences de la vie.

Lors du forum Biovision 2017 sur les sciences de la vie organisé à Lyon, les parties prenantes ont discuté des différents scénarios post-Brexit et, en particulier, de leur impact sur le secteur de la santé.

Ils se sont tous accordés à dire que la principale priorité était d’éviter toute perturbation du système de soins de santé, qui pourrait avoir des conséquences sur les patients, aussi bien au Royaume-Uni que dans les 27 États membres de l’UE. D’après eux, des « solutions pragmatiques » sont nécessaires face à cette crise.

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Les sciences de la vie au Royaume-Uni

Emily Hamblin, représentante du gouvernement britannique et responsable régionale du réseau britannique de la science et de l’innovation pour l’Europe occidentale, a fait remarquer que les sciences de la vie représentaient un secteur extrêmement important dans son pays.

Près d’un quart des médicaments les plus prescrits dans le monde sont en effet élaborés au Royaume-Uni et 17 des 20 entreprises pharmaceutiques les plus importantes y ont implanté leurs laboratoires.

D’après Emily Hamblin, l’enjeu aujourd’hui pour le Royaume-Uni est de maintenir sa position stratégique pour l’innovation et les investisseurs.

Elle a souligné que la priorité devrait être de conclure un accord de libre-échange ambitieux afin de fournir un certain nombre de certitudes pendant la période préparatoire du Brexit.

« Le gouvernement britannique conçoit actuellement sa nouvelle stratégie industrielle […] la science, l’innovation et la recherche sont au cœur de cette stratégie », a-t-elle indiqué, ajoutant que le gouvernement avait décidé d’investir 4,7 milliards de livres sterling supplémentaires dans la recherche et le développement. « Il s’agit de l’investissement le plus conséquent des 40 dernières années, ce qui prouve l’importance du secteur au Royaume-Uni. »

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Recherche et immigration

L’accès au marché britannique des chercheurs et « talents » européens semble en revanche être un sujet brûlant. La question du contrôle de l’immigration en provenance de l’UE a en effet été très discutée durant la campagne du Brexit.

À l’heure actuelle, un chercheur sur six au Royaume-Uni provient de l’UE. Le gouvernement britannique veut que ces talents puissent continuer à travailler dans le pays. « Que les choses soient claires : […] il s’agit d’une priorité, nous voulons garantir aux talents l’accès à notre pays. Mais pour l’instant, je ne sais pas comment nous allons procéder », a indiqué Emily Hamblin.

Si elle a reconnu que l’instauration de contrôles pour l’immigration européenne avait été un point crucial du référendum sur le Brexit, elle a aussi souligné qu’il était « essentiel pour la recherche et pour nos entreprises » de garantir la liberté de circulation des talents.

Une autre question centrale concerne l’avenir des programmes actuellement financés par l’UE, qui prendront fin après le Brexit. « Le Royaume-Uni bénéficie de fonds garantis à travers des sources de financement européen telles qu’Horizion 2020. L’argent octroyé pour les projets les plus ambitieux doit être garanti pour toute la durée de leur développement, et ce, même si les projets arrivent à leur terme après la date du Brexit. C’est pourquoi nous avons besoin d’un certain degré de certitude », a déclaré Emily Hamblin.

Elle n’a en revanche pas souhaité s’exprimer sur le coût de la « perte » de l’Agence européenne des médicaments.

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S’aligner sur la réglementation européenne

Virginia Acha, directrice générale de l’Association de l’industrie pharmaceutique britannique, a expliqué qu’il ne fallait pas remettre à plus tard la question du statut des entreprises pharmaceutiques et a souligné le besoin d’un « programme pratique et pragmatique dès maintenant ».

« Nous voulons nous aligner un maximum sur la réglementation de l’UE. […] Le partenariat avec l’Europe est capital », a-t-elle indiqué, précisant que la priorité serait de garantir au Royaume-Uni la vente de ses médicaments après avoir quitté l’UE.

« Tous les patients devraient avoir accès aux médicaments dont ils ont besoin. […] C’est notre objectif principal », a-t-elle déclaré, ajoutant que « l’ennemi commun » était le court délai de négociation à disposition des États.

Après le vote du Brexit, a-t-elle souligné, la réglementation est tout à coup devenue un « sujet en vogue », et le gouvernement y accorde désormais une grande importance.

Concernant l’enregistrement des médicaments, elle a averti que si Bruxelles et Londres ne parvenaient pas à se mettre d’accord, les conséquences se feront ressentir aussi bien pour les patients Britanniques qu’Européens.

D’après elle, l’approche réglementaire actuelle fournit déjà des ententes de travail partagé (par exemple les travaux d’inspection) entre les régulateurs européens. « Il est intéressant d’envisager ce que ces ententes deviendront à l’avenir, afin de permettre aussi bien à l’UE qu’au Royaume-Uni de bénéficier du réseau déjà en place », a-t-elle indiqué.

Clarté pour les entreprises

Andrew Packman, responsable du secteur pharmaceutique et des sciences de la vie chez PricewaterhouseCoopers, a fait remarquer qu’il était important d’aborder l’avenir avec clarté pour les entreprises.

Pour lui, si la réglementation est extrêmement importante, une solution pragmatique pour éviter toute nuisance aux patients apporterait également des intérêts mutuels à l’UE et au Royaume-Uni. « Tout porte à croire qu’une solution sensée sera rapidement trouvée », s’est-il enthousiasmé. Le Brexit n’est pas la fin du monde, a-t-il souligné.

D’après Andrew Packman, le Brexit pourrait au contraire donner au Royaume-Uni l’opportunité de réagir plus rapidement face à un monde en perpétuelle évolution. « L’industrie doit avoir toutes les cartes en main pour établir une vision à long terme […] Au vu de la capacité de l’Europe occidentale à rivaliser avec l’Asie, le Royaume-Uni attirera probablement aussi bien les Américains que les chercheurs de l’Extrême-Orient », a-t-il précisé.

Concernant les avantages que tirera l’UE du Brexit, il a indiqué que c’était l’occasion pour l’Union de promouvoir une intégration approfondie, de mettre en place son programme politique plus rapidement et de soutenir l’euro.

Mais il y a des choses plus importantes que le Brexit, a-t-il insisté. « Honnêtement, ce qu’il se passe actuellement dans l’industrie pharmaceutique aux États-Unis est beaucoup plus important. Si Donald Trump met en place sa réforme fiscale, cela aura de lourdes conséquences sur l’industrie pharmaceutique européenne », a-t-il remarqué.

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