Une définition claire du plasma dans l’UE permettrait de mieux le faire connaître

Selon l’eurodéputée Deirdre Clune, « la crise de la Covid-19 a mis en évidence la fragilité de l’approvisionnement en plasma et les risques pour la disponibilité des médicaments dérivés du plasma.» [MARVAUX/EP]

La communication sur l’importance des dons de plasma peut être améliorée en se concentrant sur une définition claire dans la législation européenne. Cela garantirait une plus grande sensibilisation au rôle qu’il joue dans la fabrication de produits médicaux vitaux, a déclaré à EURACTIV une législatrice européenne de centre-droit.

Deirdre Clune est une eurodéputée irlandaise du Parti populaire européen (PPE). Elle s’est entretenue avec Gerardo Fortuna, rédacteur en chef de la section santé d’EURACTIV.

Lundi (14 juin) était la Journée mondiale du don de sang, une initiative de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) visant à sensibiliser au don de sang – dont le plasma est un composant. Que peut-on faire pour sensibiliser l’opinion publique européenne à ce sujet ?

Cette journée permet de rappeler l’importance des dons de sang et de composants sanguins. Des campagnes publiques à l’échelle de l’UE peuvent jouer un rôle en sensibilisant les citoyens au besoin de plasma et en les informant sur la plasmaphérèse – une méthode de collecte de plasma plus efficace que les techniques traditionnelles de don du sang – et sur les avantages associés.

La plasmaphérèse permet de collecter un volume de plasma beaucoup plus important par don tout en permettant aux donneurs de faire des dons plus fréquents. L’UE doit également s’assurer que le cadre législatif approprié est en place pour augmenter le volume de plasma collecté, en renforçant les chaînes d’approvisionnement et en réduisant la dépendance vis-à-vis des pays tiers.

À ce propos, on estime que les volumes de plasma actuellement collectés en Europe ne couvrent qu’environ 62 % des besoins cliniques, le reste du plasma étant principalement importé des États-Unis. Comment l’UE peut-elle encourager les dons ?

La dépendance excessive à l’égard des États-Unis pour le plasma constitue une vulnérabilité stratégique pour l’UE. Le plasma est la matière première utilisée dans la fabrication des médicaments dérivés du plasma (PDMP), des produits thérapeutiques qui sauvent la vie de centaines de milliers de citoyens européens.

Il est important de garder à l’esprit qu’il n’existe aucune autre matière première pouvant être utilisée pour fabriquer ces produits. Ces médicaments sont utilisés pour traiter des maladies rares et chroniques, souvent d’origine génétique, notamment des immunodéficiences, des troubles de la coagulation et des maladies neurologiques associées à l’absence ou à la déficience de protéines spécifiques.

Il y a également un manque d’information sur les dons de plasma. Quel est le rôle de la communication et comment l’améliorer ?

En Europe, les citoyens sont très familiers avec les dons de sang, mais peu de gens connaissent le plasma et le rôle qu’il joue dans la fourniture de médicaments vitaux. Les entreprises privées s’emploient à sensibiliser le public dans les pays où elles peuvent collecter du plasma. Sur le plan de la santé publique, les institutions publiques peuvent également promouvoir davantage les campagnes visant à accroître la collecte de plasma au sein de l’UE.

La communication est essentielle pour s’assurer que les citoyens comprennent la différence cruciale entre le sang et le plasma et qu’ils comprennent le rôle unique que joue le plasma dans la production de certains médicaments. Une définition claire du plasma dans la législation européenne ouvrirait la voie aux organisations et associations médicales pour qu’elles soulignent cette différence dans leurs campagnes, garantissant ainsi que l’importance des dons de plasma puisse être mise en évidence auprès du public cible le plus concerné.

La Commission est actuellement en train de réviser les deux directives sur le sang, les tissus et les cellules. Pensez-vous que cette révision pourrait offrir des opportunités pour assurer un approvisionnement en plasma plus durable dans l’UE ?

En effet, cette révision législative offre une occasion unique de mettre à jour et de moderniser le cadre législatif, en reconnaissant l’importance du plasma pour la production de certains médicaments vitaux pour de nombreux citoyens européens.

La crise de la Covid-19 a mis en évidence la fragilité de l’approvisionnement en plasma et les risques pour la disponibilité des médicaments dérivés du plasma associés à une forte dépendance à l’égard d’un seul marché du plasma, les collecteurs ayant connu une baisse des collectes pendant la pandémie.

Mais que peut faire la Commission concrètement ?

La Commission devrait réfléchir à la meilleure façon de soutenir et de renforcer les plans nationaux des États membres en matière de collecte de plasma. Une première étape importante consistera à différencier explicitement, dans les cadres législatifs, le plasma destiné à la fabrication ultérieure du sang de celui destiné à la transfusion, et à faciliter la participation des acteurs du secteur privé aux processus de collecte du plasma, notamment en soutenant la mise en œuvre de programmes de plasmaphérèse.

Il est prouvé que les mesures incitatives sont efficaces pour soutenir un plus grand niveau de suffisance de plasma. Que pensez-vous de la rémunération des donneurs ?

Il est important de noter que le processus de don de plasma peut prendre environ une à deux heures. L’indemnisation des efforts et des désagréments du donneur est conforme au principe du don volontaire non rémunéré, tel qu’il est appliqué dans d’autres cadres législatifs.

Il ne s’agit pas d’un paiement pour un produit biologique ni d’une source de gain financier, mais d’une compensation pour l’effort, le temps passé en déplacement ou dans le centre de don et les désagréments liés au don. De nombreux pays de l’UE qui n’autorisent pas la compensation monétaire choisissent de récompenser les donneurs d’une autre manière, par exemple par un jour de congé payé, des avantages fiscaux ou des cadeaux tels que des billets de cinéma.

La forme de cette récompense ne doit pas nécessairement être monétaire et toutes les formes de compensation ne sont pas de nature monétaire, mais la compensation est éthiquement compatible avec le principe du don volontaire non rémunéré et reflète la valeur sociétale que les donneurs apportent en fournissant des produits vitaux pour la production de médicaments.

Les acteurs privés ne sont autorisés à jouer un rôle actif dans la collecte de plasma que dans quelques pays. Pensez-vous que cela puisse être une source de défaillances ?

L’organisation et la fourniture des soins de santé relèvent principalement de la compétence des États membres de l’UE et il appartient à ces derniers de prendre les décisions les plus à même de garantir l’accès des citoyens aux médicaments. Cela dit, les données sur la collecte de plasma par habitant dans les États membres montrent que les pays qui autorisent la participation du secteur privé à la collecte de plasma contribuent de manière disproportionnée à réduire la dépendance à l’égard des pays tiers.

Dans quatre pays – l’Autriche, la République tchèque, l’Allemagne et la Hongrie – où les institutions publiques et privées peuvent collecter du plasma, les volumes de dons sont nettement plus élevés que dans le reste de l’Europe. Là où il est présent, le secteur privé contribue efficacement à la collecte de plasma aux côtés des institutions publiques.

Une autre question connexe est l’accès aux thérapies plasmatiques pour les patients qui en ont besoin. Quels sont les principaux écueils qu’il convient de résoudre ?

L’accès des patients aux médicaments dérivés du plasma commence par l’impératif pour les pays de l’UE de garantir un approvisionnement suffisant en plasma, la matière première essentielle à la fabrication de ces produits. Le cadre actuel pourrait être amélioré en veillant à ce que les règles d’admissibilité des donneurs soient fondées sur les dernières preuves scientifiques, ce qui permettrait d’harmoniser les règles relatives à la fréquence des dons. En outre, une différenciation explicite entre le plasma destiné à la fabrication ultérieure et le sang destiné à la transfusion permettrait d’améliorer la réglementation du sang.

[Post-édité par Anne Damiani]

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