Mise en garde de médecins contre la montée de la xénophobie dans les systèmes de soins de santé

Homeless immigrant. Germany, undated.

Les mesures d’austérité adoptées en Europe en réponse à la crise de la dette publique ont des effets destructeurs sur les services de soins de santé, ce qui engendre une hausse de la xénophobie dans des pays comme l’Espagne et la Grèce, a déclaré mardi (9 avril) l’association humanitaire Médecins du monde.

La progression du chômage et de la pauvreté en Europe a donné lieu à des propos d'extrême droite qui stigmatisent les migrants, a indiqué Médecins du monde dans son rapport de 2012, L'accès aux soins en Europe en temps de crise et de montée de la xénophobie.

Le rapport de 2012 de l'association contient des données rassemblées dans 14 villes de 7 pays différents et révèle une augmentation d’actes xénophobes et de règlements en Grèce et dans d'autres pays européens à la suite de mesures d'austérité.

Pression en Grèce et en Espagne

À l'occasion de la présentation du rapport au Centre de presse international à Bruxelles, Dr Nikitas Kanakis de Médecins du monde Grèce a déclaré que la xénophobie et les soins de santé allaient toujours de pair.

« Il s'agit de la dignité et de la vie en toute sécurité sans craintes », a déclaré M. Kanakis. « Alors que la crise sociale s'accroît de jours en jours, nous constatons à nouveau que les personnes plus pauvres sont en ligne de mire. Nous constatons à nouveau que, généralement dans le Sud, les personnes qui ont besoin de plus [d'aide] de l'État sont accusées plus souvent. Nous devons en discuter. »

« Ces personnes qui ont besoin d'un système de santé performant ont peur de s'y rendre. Les gens qui nécessitent de plus de soutien de l'Europe, en reçoivent moins et nous ne pouvons rester silencieux », a ajouté le médecin grec.

En Grèce, la totalité du système de santé publique subit une pression énorme en raison des mesures d'austérité. En Espagne, le gouvernement a restreint en toute légalité l'accès aux soins pour les migrants sans papiers.

Dans le même temps, des groupes déjà vulnérables avant la crise, à l'instar des migrants sans papiers, des demandeurs d'asile, des toxicomanes, des travailleurs du sexe, des citoyens européens pauvres et des sans-abri, ont constaté une réduction dans les filets de sécurité sociale qui leur fournissent de l'aide de base.

Disparition d'un système de santé universel

Environ 81 % des patients qui se sont présentés dans une clinique de Médecins du monde en 2012 ne pouvaient accéder à des soins sans payer le prix plein et 49 % d'entre eux résidaient dans des logements précaires ou temporaires.

Environ 27 % des patients qui parlent de violence ont déclaré avoir vécu des actes violents après leur arrivée dans le pays d'accueil. Quelque 20 % se sont vus refuser l'accès à des soins par un professionnel de la santé au cours des douze derniers mois (particulièrement en Espagne : 62 %).

Dr Alvaro Gonzales de Médecins du monde Espagne a déclaré que le gouvernement espagnol poursuivait les coupes en cette situation de crise, de taux de chômage et de pauvreté élevé ainsi que de nombre de sans-abri en hausse.

« Cela a provoqué un démantèlement et une destruction de l'État providence et du système de santé public », a affirmé M. Gonzales.

Il a jouté que l'Espagne s'éloignait des soins de santé universels. Les gens ne peuvent aujourd'hui avoir accès au système que s'ils travaillent, sont actifs ou disposent d'une carte publique de soins de santé, a-t-il poursuivi.

« Cela affecte un groupe très vulnérable de la population, les migrants sans papiers, et il importe de mettre en évidence le caractère idéologique de ce problème, car il n'est pas soutenable d'un point de vue des droits de l'Homme. C'est complètement injuste et va à l'encontre des traités internationaux » a déclaré le docteur espagnol.

Médecins du monde est une association humanitaire internationale qui fournit des soins médicaux aux populations vulnérables frappées par la guerre, des catastrophes naturelles, des maladies, la famine, la pauvreté ou l'exclusion.

Dans le nouveau rapport, les organisations appellent au droit de fournir des soins de santé, conformément à l'éthique médicale, à tous les patients, indépendamment de leur statut social ou de leur origine ethnique.

« Nous appelons à des systèmes nationaux de santé publique fondés sur la solidarité, l'égalité et l'équité et ouverts à toutes les personnes vivant dans l'UE, plutôt qu’à des systèmes basés sur une logique de profit. Nous demandons une politique européenne de la santé publique cohérente en matière de prévention et de traitement des maladies infectieuses », a déclaré Médecins du monde.

Le Royaume-Uni s'attaque au tourisme social

L'Espagne et la Grèce ne sont pas les seuls pays à subir des pressions sur les allocations sociales.

En Grande-Bretagne, le premier ministre David Cameron a promis de nouveaux contrôles en vue de restreindre l'accès des migrants aux soins de santé, à un logement et aux allocations sociales, sur fond d'appels grandissants à la lutte contre le « tourisme social » au Royaume-Uni.

« Nous avons un service national de santé gratuit, et non un service international de santé gratuit », a déclaré le premier ministre britannique en faisant allusion aux migrants bulgares et roumains.

>> Lire : David Cameron contredit sur l’immigration des Bulgares et des Roumains

Dr Thierry Brigaud de Médecins du monde France a indiqué : « Même si bon nombre de ces patients viennent en Europe à la recherche de protection, ils ne sont pas protégés. Cela signifie que, lorsqu’il en est question, le rétablissement de la santé mentale n'est pas possible. Bon nombre de ces personnes sont isolées. Elles ont des relations sociales faibles, vivent dans des conditions précaires et [sont confrontées à] un avenir très incertain. »

Le représentant de Médecins du monde Belgique, Dr Michel Degueldre, a déclaré : « Ces personnes ne viennent pas très facilement vers nous. Nous devons entrer en contact avec elles, car elles n'ont pas l'habitude de recevoir quelque chose. Elles sont isolées socialement et psychologiquement, mais connaissent les mêmes problèmes physiques que nous. Leurs maladies chroniques sont parfois bien pires, car elles n'ont pas été traitées auparavant. »

La crise de la dette dans la zone euro a contraint les gouvernements à réduire considérablement leur budget de santé publique pour limiter les déficits.

La Grèce faisait partie des pays qui ont pris les mesures les plus sévères, mais l'Espagne et d'autres pays comme la France et la République tchèque ont adopté des mesures semblables.

>> Lire le LinksDossier d'EURACTIV : Austérité : les systèmes de santé en péril

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