L’obésité ne doit pas devenir une nouvelle norme, avertissent des députés européens

L’intergroupe du Parlement européen sur l’obésité a été lancé mardi (20 avril) afin de renforcer les systèmes de soins de santé. L’objectif ? Prioriser l’obésité en tant que maladie chronique. [SHUTTERSTOCK]

Une nouvelle initiative du Parlement européen appelle à un meilleur traitement et une meilleure gestion de l’obésité tandis que son taux augmente à travers l’Europe.

L’intergroupe du Parlement européen sur l’obésité a été lancé mardi (20 avril) afin de renforcer les systèmes de soins de santé. L’objectif ? Prioriser l’obésité en tant que maladie chronique.

Perçues comme « les tueurs silencieux » de notre époque, les maladies non transmissibles (MNT) ou maladies chroniques sont responsables de 71 % des décès à l’échelle mondiale, soit plus de 40 millions de décès par an.

Au sein de la liste des maladies chroniques figurent aussi les maladies cardiovasculaires et respiratoires, le cancer et le diabète.

À l’occasion de l’inauguration de l’intergroupe, les législateurs et parties prenantes présents ont souligné que même si l’UE avait officiellement qualifié l’obésité de maladie chronique, il n’y avait aucun signe, à l’heure actuelle, de mesure en place visant à garantir l’adoption de stratégies adéquates à l’échelle européenne.

L’obésité, facteur de prédiction politique?

Le taux d’obésité pourrait prédire des tremblements de terre politiques tels que le Brexit ou l’élection de Donald Trump, assure un nutritionniste.

La présidente de l’Association européenne pour l’étude de l’obésité (EASO), Nathalie Farpour-Lambert, a indiqué que la qualification de l’obésité comme maladie chronique n’était bien entendu pas suffisante.

De plus, aucune action immédiate n’a été lancée pour aborder ce sujet, alors que la pandémie de Covid-19 a mis en exergue une nécessité urgente de poursuivre les efforts européens en la matière.

« Il convient de rappeler que l’obésité a triplé depuis les années 1980. À l’heure actuelle, plus de 25 % des enfants et adolescents du bloc sont en surpoids ou souffrent d’obésité. »

Au sein de la classe adulte, ce taux avoisine 60 %, ont avancé d’autres experts.

« Désormais, il est plus normal d’être en situation de préobésité ou d’obésité plutôt que d’avoir un poids “normal” », a déploré la députée européenne danoise Pernille Weiss, présidente de l’intergroupe.

La prévention n’est pas suffisante

D’après Vicky Mooney, directrice de la Coalition européenne pour les personnes vivant avec l’obésité (EPCO), « aucun pays n’a réduit son taux d’obésité en trente ans ».

Ces dernières années, les décideurs politiques se sont concentrés exclusivement sur la prévention, laissant de côté le traitement et la gestion de la maladie, alors qu’une meilleure gestion de l’obésité, en particulier, pourrait renforcer la prévention d’autres maladies.

« Nous pourrions prévenir plus de 80 % des diabètes de type 2 et presque 20 % des cancers adultes. [Les lacunes actuelles] entraveront grandement les efforts européens sur le plan de la réduction des maladies », a fait remarquer la députée portugaise socialiste Sara Cerdas, vice-présidente de l’intergroupe.

« En 2021, nous n’envisageons pas de ne pas soigner quelqu’un souffrant du diabète, d’une maladie cardiovasculaire ou du cancer. Pourquoi alors laissons-nous de côté les personnes souffrant d’obésité ? C’est immoral », a fustigé Mme Farpour-Lambert, ajoutant qu’il était nécessaire de renforcer le nombre d’effectifs formés et d’améliorer les systèmes sanitaires pour « fournir des soins de qualité aux personnes en situation d’obésité ».

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La chancelière allemande Angela Merkel s’est montrée ouverte mercredi (21 avril) à une modification des traités européens afin de donner plus de compétences à l’UE pour lutter contre les pandémies.

La numérisation des données sanitaires est la clé

Le renforcement des systèmes de soins de santé constitue l’une des priorités de l’UE sur le plan sanitaire.

À ce titre, la numérisation des données et l’une des prochaines étapes majeures à franchir. Elle permettrait des approches flexibles pour fournir des soins et augmenterait l’efficacité globale du secteur, a mis en exergue l’eurodéputée libérale espagnole Susana Solis-Pérez, autre vice-présidente de l’intergroupe.

« En revanche, pour ce faire, nous avons besoin d’un espace européen commun de données sanitaires qui permettra l’échange de données et leur interopérabilité », a-t-elle ajouté.

Cette année, l’exécutif européen prévoit de présenter une initiative législative qui fera partie de l’Union européenne de la santé, dans le but de restructurer la façon dont le bloc gère la santé.

La mission ? Créer un espace européen de données sanitaires sans risque et axé sur la patientèle. Cette pierre angulaire à la numérisation sanitaire traitera les données à bon escient non seulement pour la recherche et l’innovation, mais également à des fins politiques et réglementaires.

« Nous avons les fonds et la volonté politique. Il est temps de proposer des approches innovantes pour lutter contre l’obésité et de créer des systèmes sanitaires plus résistants », a conclu Mme Solis-Pérez.

L’obésité infantile touche davantage le sud de l’Europe

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