Covid-19 : plus de 50 % des étudiants souffrent de symptômes dépressifs, selon l’INSERM

L’étude de l'INSERM et de l'Université de Bordeaux révèle que 36,6 % des étudiants interrogés déclarent des symptômes dépressifs (contre 20,1 % des non étudiants) et 27,5 % des symptômes d’anxiété (contre 16,9 %).  [Arsenii Palivoda/Shutterstock]

Une étude du centre de recherche de l’INSERM et de l’Université de Bordeaux parue ce mardi 9 novembre alerte sur l’augmentation des troubles anxieux et dépressifs et des pensées suicidaires chez les étudiants pendant la pandémie de Covid-19. 

Confinements, couvre-feu, gestes barrières : si les restrictions imposées durant la crise sanitaire ont considérablement dégradé la santé mentale d’une majorité de Français, celle des étudiants est encore plus touchée, alors que ces derniers, même hors contexte épidémique, représentent une population particulièrement sujette aux problèmes de santé mentale. 

Pour rappel, le suicide est la deuxième cause de décès chez les 15-24 ans, selon l’Observatoire national du suicide (ONS).  En Europe, la France a l’un des taux de suicide les plus élevés derrière les pays de l’Est, la Finlande et la Belgique.

Pour mieux évaluer l’ampleur du problème chez les étudiants français, les scientifiques de l’INSERM et de l’Université de Bordeaux se sont penchés sur la santé mentale des étudiants pendant les trois périodes charnières de la crise sanitaire : le premier confinement, le déconfinement et le deuxième confinement. 

Le constat est sans appel : si, pendant le premier confinement, 36 % des étudiants interrogés rapportent des symptômes dépressifs, ce chiffre s’élève à plus de 50 % pendant le deuxième confinement.

L’étude révèle également que 36,6 % des étudiants interrogés déclarent faire face à des symptômes dépressifs (contre 20,1 % des non-étudiants) et 27,5 % des symptômes d’anxiété (contre 16,9 %). 

Enfin, 12,7 % des étudiants ont rapporté des pensées suicidaires (contre 7,9 % des non-étudiants).

« La vulnérabilité des étudiants n’a probablement pas une cause unique, mais l’isolement et la solitude ont certainement beaucoup pesé. Les conditions matérielles et la difficulté de suivre les études sont également des facteurs importants », déclare Mélissa Macalli, première autrice de l’étude, citée dans un communiqué de presse. 

Pour parvenir à ces résultats, publiés dans la revue Scientific Reports, les chercheurs ont recruté via les réseaux sociaux 3783 participants entre mars 2020 et janvier 2021, dont des étudiants et des non-étudiants. 

Au-delà de cette différence, les deux groupes avaient des pourcentages similaires de femmes, de personnes ayant eu des antécédents de maladie mentale ou encore de personnes travaillant (ou étudiant) dans le domaine de la santé, précise l’étude.

« Nous démontrons dans notre étude qu’il existe d’importantes inégalités de santé mentale entre ces deux groupes, et que l’écart s’est encore plus creusé avec le deuxième confinement », appuie Mélissa Macalli.

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Après le constat, l’action

Si l’étude met en évidence la vulnérabilité des étudiants, elle souhaite aller plus loin en pesant sur les stratégies de prévention et sur les dispositifs d’accompagnement psychologique.

Car pour le chercheur Christophe Tzourio, auteur de l’étude, la fin des confinements successifs ne signifie pas la fin des problèmes de santé mentale chez les étudiants.

« La détresse d’un grand nombre d’étudiants est toujours très présente et beaucoup plus forte qu’avant l’épidémie. Il faut réaliser que les problèmes de santé mentale des étudiants ne sont pas derrière nous, mais devant nous et qu’ils sont très diffus », alerte-t-il dans un communiqué de presse.

C’est pourquoi les chercheurs de l’étude ont pour projet de co-créer, avec des étudiants et des professionnels de santé, une application mobile dans les mois à venir. 

Le but est d’apporter à tous ceux qui le souhaitent  des  connaissances sur les troubles mentaux et sur les dispositifs de soutien existants. 

« D’autre part, pour ceux qui le souhaitent, elle leur permettra de mieux évaluer leur propre niveau de stress, d’anxiété et de dépression au cours du temps »,  explique Mélissa Macalli.

Avant d’ajouter : « Le plus souvent cela permettra de les rassurer et d’aider ceux qui en ont besoin à franchir le pas en sollicitant de l’aide de professionnels de la santé mentale dans une période de détresse ». 

Les scientifiques sont unanimes, les « périodes de détresse » sont loin d’être finies pour les étudiants, qui sont « tous affectés ». 

Vigilance donc pendant cette période si particulière où les risques de décrochage des études, de dépression, voire des comportements suicidaires dans le pire des cas « risquent de s’aggraver au cours du temps », conclut Christophe Tzourio. 

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