Plusieurs problèmes de transparence auraient pu être évités pendant la pandémie de Covid-19

Emily O’Reilly, ancienne journaliste, est devenue la première femme Médiatrice d’Irlande en 2003. Depuis juillet 2013, elle est Médiatrice européenne. [Parlement europen]

La réponse de l’Union européenne à la pandémie de Covid-19 a consisté en un numéro d’équilibriste entre rapidité et transparence. La Médiatrice européenne, Emily O’Reilly, a présenté à EURACTIV les problèmes qu’elle a examinés et ce qu’il faudrait prendre en compte dans le futur.

Lorsque les cas de Covid-19 ont commencé à se multiplier en Europe, des informations contradictoires et des recommandations disparates ont compliqué la tâche de savoir quelle était la meilleure façon de se protéger du virus.

Nous ne savions toujours pas exactement comment il se propageait, si les masques faisaient réellement une différence, et quelles étaient les conséquences d’une infection pour notre santé, notre famille et nos amis.

C’est en partie ce qui a poussé Mme O’Reilly à lancer une enquête stratégique sur le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) en juillet 2020.

Lors d’un entretien avec EURACTIV, elle a rappelé que les premiers conseils changeaient souvent et qu’« il y avait une réticence à revenir sur les conseils qu’ils avaient donnés » et à admettre qu’ils avaient tort.

« [L’ECDC] n’était vraiment pas bien placé au début de la crise pour faire ce que les gens auraient imaginé [qu’il devait faire sur la base de] son nom », a déclaré Mme O’Reilly.

Selon elle, l’agence des maladies infectieuses de l’UE a été créée à une autre époque et présentée comme un organisme qui aiderait les États membres à coordonner leurs réponses aux futures pandémies ou épidémies.

« Mais le problème était qu’elle n’avait pas — et n’a toujours pas — le pouvoir d’obliger les États membres à lui fournir des informations, [malgré les récents] changements apportés à son mandat », a-t-elle ajouté, précisant que, pour que l’agence puisse mériter pleinement son nom, il faudrait modifier les traités et étendre les compétences de l’UE en matière de santé.

L’enquête sur l’ECDC a été suivie d’une série d’initiatives stratégiques, moins poussées que les enquêtes, concernant l’Agence européenne des médicaments (EMA), la Commission européenne, le Conseil et la Banque européenne d’investissement (BEI), leur rappelant leur obligation de respecter les mesures de transparence dans leur mode de fonctionnement et les informations communiquées au grand public.

Même si nous avons parcouru un long chemin depuis les premiers jours du coronavirus, les questions de transparence sont toujours posées. Plus récemment, un groupe de cinq eurodéputés a modifié son action en justice contre la Commission européenne pour obtenir un accès complet aux contrats pour les vaccins et aux informations sur les prix, les paiements anticipés, les dettes et les dons.

Parallèlement, Mme O’Reilly cherche à savoir comment l’argent de la facilité pour la reprise et la résilience (FRR) est dépensé et pourquoi la Commission a refusé à un journaliste l’accès à des échanges de SMS entre la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et le PDG de Pfizer, Albert Bourla, pendant la période de négociation des contrats de vaccination.

Une opacité inutile

Tout en étant conscients de la rapidité avec laquelle les institutions et agences de l’UE devaient agir, Mme O’Reilly et son bureau sont tombés sur des questions qui auraient pu être traitées différemment pour éviter de susciter le doute.

Il s’agit notamment de la façon dont les exigences en matière de travail à domicile ont soudainement fait que les réunions internes et les réunions avec les lobbyistes n’ont pas été enregistrées comme elles auraient dû l’être. Il s’agissait également des négociations très controversées sur les contrats pour les vaccins.

« La Commission a refusé de nommer les sept États membres qui ont participé [aux négociations des contrats d’achat anticipé avec les fabricants de vaccins] », a confié Mme O’Reilly, précisant qu’ils ont finalement été divulgués.

« Cela nous a laissés très perplexes, car je pensais que cela aurait été utile pour la Commission », a-t-elle ajouté.

Au début, lorsque toute la question des contrats était contestée et que l’exécutif européen faisait l’objet de critiques, il aurait été utile que les gens sachent que ce n’était pas seulement la Commission qui négociait, mais aussi les États membres, poursuit Mme O’Reilly : il aurait fallu environ 30 secondes pour inscrire les noms de ces pays et « il n’y avait aucun risque » à le faire.

Après les négociations sur les contrats pour les vaccins, la Commission a été critiquée pour ne pas avoir publié ces contrats. Elle a fini par le faire, mais en censurant de grandes parties sous prétexte que ces parties contenaient des informations sensibles sur le plan commercial.

« Je ne sais pas ce qui y figure. Mon expérience des administrations est qu’elles ont généralement tendance à être très conservatrices et que le ciel ne tombe pas lorsqu’elles publient des documents », a-t-elle déclaré, faisant référence à des cas survenus au cours de ses nombreuses années en tant que médiatrice à la fois au sein de l’UE et en Irlande.

Elle explique que les procédures de non-divulgation de documents dépendent de la culture de l’administration. Dans cette affaire, ils ont affaire à « de multiples cultures en matière de transparence ».

« [En même temps] ils sont régis par les mêmes lois et le même traité. Le traité permet l’accès aux documents. C’est un droit fondamental. Sauf s’il y a une très, très bonne raison pour ne pas le faire, et parfois on l’oublie. »

« Nous avons tous le droit, en tant que citoyens européens, de participer à l’Union démocratique. Nous ne pouvons pas le faire si nous ne savons pas ce qui se passe. C’est très simple. »

Conseils pour les pandémies futures

« L’avenir nous dira » comment l’UE s’est sortie de la pandémie en termes de transparence et de responsabilité. Cela dit, Mme O’Reilly est convaincue que la gestion des contrats de vaccins aurait pu être mieux gérée, et que davantage d’informations auraient dû être publiées plus tôt.

« Plus vous êtes transparent […], plus vous êtes en mesure d’aider les gens à avoir confiance et à recevoir le vaccin s’ils choisissent encore [de le faire] », a-t-elle déclaré, faisant référence à l’hésitation à l’égard du vaccin constatée dans de nombreux pays.

« La transparence n’est pas seulement une notion abstraite. Elle a des conséquences dans le monde réel. Ainsi, la population pourrait consulter les contrats, être rassurée que tout a été fait correctement [et] que rien n’a été caché », a-t-elle expliqué.

Pour Mme O’Reilly, les citoyens seraient plus enclins à faire ce que leurs administrations leur demandent de faire « parce qu’on a demandé aux gens de faire des choses extrêmement difficiles pendant la [pandémie] de Covid ».

Pour les futures pandémies que nous pourrions connaître ou non, Mme O’Reilly a déclaré qu’il était crucial « d’être honnête avec les gens sur ce que [l’administration de l’UE] fait et ce qu’ils peuvent faire ». En particulier dans le cas de l’ECDC, qui n’avait pas le mandat pour agir de la manière attendue par les citoyens européens.

La Médiatrice européenne a également recommandé de se pencher sur les lacunes de nos infrastructures de santé et de faire preuve de plus de transparence dans les discussions qui ont lieu dans le contexte de ces questions, comme dans le cas des fonds de relance et des vastes sommes d’argent canalisées dans différents domaines afin que chacun puisse contrôler l’utilisation des fonds.

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