La pollution de l’air, un sujet étouffé en Pologne ?

D’après une étude menée par l’Université de Hasselt, en Belgique, les enfants polonais sont plus exposés à la pollution atmosphérique que les enfants français. [Premières Lignes Télévisio]

D’après une étude menée par l’Université de Hasselt, en Belgique, les enfants polonais sont plus exposés à la pollution atmosphérique que les enfants français.

L’étude, rassemblant une trentaine d’enfants originaires de Rybnik en Pologne, montre que ces derniers sont trois à neuf fois plus sujets à la pollution atmosphérique que les enfants à Strasbourg en France.

Klaudyna Szewczyk habite à Rybnik, non loin de la périphérie où se trouve une usine à charbon. Il y a trois ans, elle a été victime d’un accident vasculaire cérébral, dont elle a découvert que la cause était liée à la pollution de l’air.

Désormais, Mme Szewczyk est une militante locale et mère de deux enfants impliqués dans l’étude. Même si elle s’attendait à de mauvais résultats, ceux-ci se sont révélés pires que prévu, a-t-elle indiqué. C’est pourquoi sa famille a décidé de déménager : « Lorsque nous avons reçu les résultats, mon époux m’a dit que nous devions chercher un nouvel endroit où vivre – sans attendre », a-t-elle déclaré. « Nous épluchons donc les annonces afin de partir de Rybnik [au plus vite] et ainsi éviter de mettre la santé de notre famille en péril ».

La pollution de l’air tue plus que les guerres

En moyenne, la pollution atmosphérique réduit la durée de vie d’un Terrien de trois ans. Ce qui en fait le premier facteur de mortalité dans le monde, selon une étude. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Les tests effectués entre les enfants Strasbourg et de Rybnik révèlent que ces derniers présentent en moyenne 425 % de noir de carbone en plus. Tim Nawrot, scientifique de l’Université de Hasselt, a soutenu qu’il n’avait jamais vu de si hautes concentrations de cette substance cancérogène.

Les enfants sont particulièrement vulnérables à la pollution atmosphérique. Par ailleurs, les particules présentes dans l’air, notamment celles de noir carbone, ont des répercussions néfastes sur le taux de natalité, entravent les fonctions cognitives et augmentent la morbi-mortalité cardiovasculaire ainsi que le risque de contracter des maladies cancéreuses et respiratoires.

Polish Smog Alert, un mouvement social luttant pour une meilleure qualité de l’air, maintient que « l’air vicié a engendré 45 000 décès prématurés dans le pays, et de nombreux problèmes de santé ».

Martin Boudot, un documentariste français, a travaillé en collaboration avec les scientifiques belges pour réaliser cette étude. Selon lui, les données récoltées insuffleront un vent de changements dans le pays, tandis que certaines politiques se tournent désormais davantage vers un avenir plus vert.

Le Parlement européen vote pour une baisse de 60 % des émissions de CO2 d’ici à 2030

Mardi (6 octobre), le Parlement européen a voté pour porter la réduction des émissions de gaz à effet de serre à 60 % d’ici à 2030. Celle-ci était initialement prévue à 40 %.

Bien que celui-ci connaisse le poids du lobbying charbonnier en Pologne, il ne s’attendait pas à ce que l’écart entre les deux nations soit si grand. « Je suis très inquiet pour ces enfants. Je les regarde et me demande comment je pourrais agir et quelles solutions je pourrais apporter. Pour être honnête, tout ceci me fend le cœur », a-t-il ajouté.

De nombreux citoyens ont décidé de prendre le problème à bras le corps, en choisissant de porter des masques bien avant l’arrivée du nouveau coronavirus ou en installant des purificateurs d’air. Klaudyna Szewczyk se dit « chanceuse », car elle a la possibilité de partir.

« Le gouvernement, à l’échelle locale et nationale, parle de changements, mais reste les bras croisés », déplore-t-elle.

« Je suis si fatiguée […] Nous avons lutté, sans relâche et pendant des années, mais rien n’y fait. Rien n’a changé. Nous sommes toujours à la case départ ».

La production énergétique polonaise repose fortement sur le charbon. Ainsi, en 2018, 74 % de l’électricité du pays provenant d’usines à charbon. De plus, l’année dernière, la consommation polonaise de charbon était la plus élevée de toute l’Europe, selon Eurostat.

Mme Szewczyk souhaite que le gouvernement prenne la pollution atmosphérique aussi sérieusement que la pandémie actuelle. Alors que plusieurs de ses voisins « brûlent des détritus, du plastique et même des vêtements » et que ses enfants avaient « honte » de porter un masque avant la crise sanitaire actuelle, celle-ci appelle désormais à un changement de mentalité.

« Pour certains parents et professeurs, il n’y a aucun problème, parce nos aïeux vivaient dans des conditions bien pires et ils sont toujours en vie. Voici leur argument », désapprouve-t-elle.

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L’Allemagne compte verser plus de 4 milliards d’euros à LEAG et RWE, deux opérateurs de centrales au lignite, pour qu’ils cessent leurs activités. Mais le ministère de l’Économie refuse de donner plus d’informations sur le calcul de la somme. Un article d’Euractiv Allemagne.

Une analyse de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a révélé que des 50 villes où l’air était le plus pollué en Europe, 36 étaient polonaises.

L’étude ci-dessous a été présentée samedi 10 octobre à Rybnik par le documentariste Martin Boudot et le chercheur en chef Tim Nawrot.

Results Rybnik

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