Présidentielle 2022 : la santé mentale, loin derrière les priorités santé des candidats

En septembre 2021, 23% des Français montraient des signes d’état anxieux, selon Santé publique France. [Esther Snippe/EURACTIV/Shutterstock]

La santé mentale des Français reste tabou et les propositions des candidats à l’élection présidentielle peu nombreuses, alors même que celle-ci s’est dégradée à la suite de la pandémie de Covid-19 et ses différentes mesures restrictives.

En septembre 2021, 23% des Français montraient des signes d’état anxieux, un niveau « élevé », selon Santé publique France, qui pointe du doigt une augmentation de dix points par rapport au niveau hors épidémie.

La candidate Les Républicains (LR) Valérie Pécresse souhaite « faire ce qu’avait fait Jacques Chirac à l’époque pour le cancer », et mettre en place un Institut National de la Santé Mentale, à l’image de l’Institut National du Cancer. 

L’objectif de cet Institut serait d’avoir une « stratégie de soins et d’accompagnement du patient », mais aussi de « booster l’innovation et la recherche thérapeutique sur les maladies mentales », a détaillé Mme Pécresse lors du grand oral santé organisé par la Fédération hospitalière de France (FHF), le 17 mars dernier. 

Interpellée par la psychiatre Edwick Elia sur l’« hémorragie sans précédent » que connait le secteur de la psychiatrie en France, Valérie Pécresse propose d’augmenter le nombre de praticiens formés et de développer la branche de la pédopsychiatrie, qui est « en grande souffrance », en lien avec les psychologues. 

Pour pallier le manque de praticiens, Valérie Pécresse souhaite également former les médecins généralistes, qui jouent un rôle « fondamental », pour les aider à mieux repérer les troubles anxieux. La santé mentale des Français sera « une grande cause du quinquennat », a conclu la candidate LR. 

Pour Marine Le Pen, « il y a urgence ». La candidate du Rassemblement national (RN) a rappelé lors de l’oral de la FHF que le taux de suicide en France était supérieur à la moyenne des pays de l’OCDE avec plus de 9 000 suicides par an, selon les chiffres de 2019. 

Mme Le Pen veut ainsi créer une loi santé mentale et psychiatrique qui permettra notamment « l’organisation des territoires de santé mentale, le soutien à la pédopsychiatrie, l’accès direct aux psychologues et psychothérapeutes avec une meilleure rémunération et un remboursement de leur activité ».

« C’est un problème énorme, un énorme sujet de dépense aussi (un fardeau) et un problème de santé publique majeur qui n’est pas du tout pris au sérieux », a déclaré quelques jours plus tard lors d’un débat avec des syndicats infirmiers Patrick Barriot, son conseiller santé. 

 « Il faut restructurer tout cela avec une loi de programmation sur la santé mentale », a-t-il confirmé. 

Lutte contre les déserts médicaux : que proposent les candidats à l’élection présidentielle ?

Alors qu’en France, 7,4 millions de personnes vivent dans une commune où « l’accès à un médecin généralisé est limité », selon des chiffres de la Mutualité française de 2021, les déserts médicaux sont au cœur des débats de la présidentielle.

Plus de personnel qualifié, plus de lits en psychiatrie 

La création d’une loi sur la psychiatrie et la santé mentale fait également partie des propositions du candidat communiste Fabien Roussel afin de « redéfinir ses principes généraux et son organisation ».

Ce dernier souhaite inclure dedans un moratoire sur la fermeture des centres médico-psychologiques (CMP), ces lieux de coordination et d’accueil des personnes en situation de détresse psychologique. Jean-Luc Mélenchon ambitionne lui de renforcer les réseaux de CMP en mettant en place un « grand plan pour la santé mentale », qui comprend l’ouverture de lits en psychiatrie et l’augmentation des places pour les étudiants dans les filières psychiatriques. Le candidat n’ayant pas participé à l’oral de la FHF, ces informations se trouvent dans son programme. 

Pour renforcer l’offre de soins et la qualité des services, Fabien Roussel prévoit le renforcement des moyens humains et matériels grâce à un « recrutement massif », la formation de « personnel qualifié ». Même son de cloche pour la candidate PS Anne Hidalgo qui envisage de créer 5 000 postes de soignants, dont des psychologues et des infirmiers, dans les CMP. 

De son côté, l’écologiste Yannick Jadot envisage d’ouvrir 10 000 lits en psychiatrie durant le quinquennat s’il est élu président. Ce dernier veut s’assurer « qu’à tous les étages, depuis les écoles, dans les centres médicaux et ailleurs on ait une santé mentale qui soit véritablement à la hauteur des besoins de notre société ». 

« Vous savez combien, y compris pendant cette pandémie, il y a de la souffrance, particulièrement beaucoup de souffrance chez les jeunes », a-t-il déclaré aux membres de la FHF. 

Yannick Jadot entend aussi agir en termes de prévention en reconnaissant le burn-out comme maladie professionnelle, tout comme sa concurrente Anne Hidalgo. 

La candidate du PS a indiqué vouloir faire de la santé mentale une des grandes causes de son quinquennat, avec six objectifs dont la réduction du nombre de suicides de 20% en cinq ans, l’augmentation par deux des budgets dédiés à la santé mentale des plus jeunes et l’ouverture de 20 000 places dans les foyers spécialisés dans le handicap psychique.

Olivier Véran, représentant d’Emmanuel Macron lors de l’oral, a surtout insisté sur la nécessité d’ « amplifier les mouvements engagés », notamment lors d’une conférence qui associera « tous les professionnels de santé ».

En septembre 2021 s’étaient tenues les Assises de la santé mentale, très attendues par les professionnels du secteur. Trente mesures ont été annoncées par Emmanuel Macron dont le dispositif MonPsy, qui permet de se faire rembourser jusqu’à huit consultations chez le psychologue, le renforcement des CMP ou encore la création d’un numéro national gratuit de prévention du suicide. 

Selon l’ONU, la dépression arrive aujourd’hui au troisième rang des maladies dans le monde et devrait occuper la première place d’ici à 2030. 

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