Le budget de la santé subit les coupes claires des États membres de l’UE

Le corps médical européen appelle Bruxelles à étoffer la part de son plan de relance destinée à la santé, soulignant qu’un budget réduit en la matière engendrait notamment des lacunes sur le plan de la sécurité sanitaire. [SHUTTERSTOCK]

Le corps médical européen appelle Bruxelles à étoffer la part de son plan de relance destinée à la santé. Selon lui, un budget réduit en la matière engendrait des lacunes sur le plan de la sécurité sanitaire.

Dans son infolettre mensuelle, le Comité permanent des médecins européens (CPME), qui représente les associations médicales nationales à l’échelle de l’UE, a mis en exergue le manque de cohérence entre le discours de Bruxelles, prononcé au début de la pandémie, et celui actuel, arguant que les convictions du bloc semblaient s’être dissoutes au fil de l’évolution de la situation.

« Au début de la pandémie, les décideurs politiques à travers l’Europe mettaient l’accent sur le caractère primordial des systèmes sanitaires solides, félicitant les professionnels des soins de santé pour leur dévotion et abnégation », écrit Piotr Kolczyńsk, conseiller juridique au CPME.

Toutefois, d’après lui, ces croyances se sont « progressivement évaporées » au cours de ces derniers mois, comme en témoigne l’annonce d’une réduction de 7,7 milliards d’euros de la part du plan de relance pour l’Europe destinée à la santé.

Dans son programme de relance lancé en mai pour surmonter la pandémie, la Commission européenne avait mis en avant le programme « L’UE pour la santé », à hauteur de 9,4 milliards d’euros, visant à renforcer la résilience des systèmes sanitaires, améliorer la coordination en matière de santé publique et de gestion de la crise.

Cependant, ce chiffre a drastiquement été revu à la baisse, étant donné qu’il ne s’élève actuellement plus qu’à 1,7 milliard d’euros – une réduction faisant suite aux pressions exercées par les pays frugaux (Autriche, Danemark, Pays-Bas, Suède) lors du sommet européen organisé en juillet.

M. Kolczyńsk condamne cette décision : « Il est facile et peu coûteux d’applaudir ceux qui risquent leur vie pour lutter contre le SARS-CoV-2 ». Mais, dès qu’il faut prendre des décisions, les dirigeants européens « tournent le dos à leurs propres déclarations et revoient à la baisse leurs engagements sanitaires. »

La France augmente son nombre de soignants

Après des années de revendications, les soignants ont enfin obtenu du ministère de la Santé une augmentation de leurs effectifs.

 À ses yeux, les représentants européens doivent fournir au bloc les moyens pour atteindre les objectifs en jeu et prouver qu’ils privilégient la santé de ses citoyens aux intérêts commerciaux et industriels.

Ces propos renvoient à ceux tenus par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen lors de son premier discours l’état de l’Union le 16 septembre dernier. À l’époque, celle-ci avait souligné la nécessité de construire une nouvelle Union européenne de la santé plus forte, avant de critiquer les États membres pour avoir mis au rebut le programme susmentionné.

Ursula von der Leyen s’était alors engagée à y remédier en s’alliant au Parlement européen afin de de faire en sorte que « “L’UE pour la santé” résiste à l’épreuve du temps ».

De leur côté, les députés européens de la commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire (Envi) ont adopté le rapport de l’exécutif sur le programme d’action de l’UE dans le domaine de la santé le mois dernier.

De ce fait, ils prêtent main-forte à la cheffe de la Commission européenne pour redorer le budget dédié à la santé, autant que faire se peut. D’après eux, celui-ci doit être étoffé pour garantir la sécurité sanitaire à l’avenir.

Le rapporteur du Parlement européen pour le budget 2021 de l’UE, Pierre Larrouturou, a désormais entamé une grève de la faim pour dénoncer les coupes claires imposées par les États membres sur le plan sanitaire et climatique.

Le Parlement devrait voter sur ce rapport lors de la séance plénière de novembre, après laquelle les députés devront s’apprêter à négocier avec les nations européennes afin de mettre en place ledit programme au début 2021.

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