Santé mondiale : l’AFD appelle à sortir de la logique humanitaire pour investir dans des biens communs

Les investissements dans la santé à l'échelle mondiale à chaque pays de se fournir de manière autonome en produits de santé lorsque cela est possible. [Kyle M Price/Shutterstock]

Pour aider les pays en voie de développement à développer des systèmes de santé résilients, l’un des éléments clés serait de sortir de la logique humanitaire au profit d’une logique institutionnelle, selon l’Agence française de développement.

La pandémie de Covid, a creusé encore un peu plus les inégalités d’accès aux soins entre les pays développés et les pays en voie de développement. Comme souvent lorsqu’un pays traverse une crise, l’aide humanitaire a été la première réponse apportée, notamment aux pays qui ne pouvaient vacciner leur population ou fournir des masques. 

« Quand on parle de santé mondiale, on parle sans cesse d’acheter des médicaments, des vaccins, de les distribuer. On est dans une logique humanitaire, une logique de charité. Et cette logique de charité ne répond pas du tout aux enjeux de santé mondiale », déclare Agnès Soucat, responsable santé et protection sociale de l’Agence française de développement (AFD), lors d’un entretien avec EURACTV. 

À l’occasion de la Journée mondiale de la santé jeudi 7 avril, Agnès Soucat préconise l’investissement dans les biens communs en santé, comme la formation de personnel de santé ou dans la création d’institutions de santé, afin de développer des systèmes de santé publique solides et autonomes dans les pays en voie de développement. 

L’aide humanitaire reste cependant indispensable dans de nombreux pays en guerre, tient à préciser Agnès Soucat. « Il y aura toujours des crises humanitaires. C’est nécessaire d’intervenir sur des zones de crises comme en Ukraine, au Yémen, en Afghanistan, à Madagascar ».

« Ce qui doit changer, ce sont les investissements dans la santé mondiale qui, eux, n’ont pas besoin d’être sur un modèle humanitaire », explique-t-elle. 

En d’autres termes, ces investissements doivent permettre de gérer la mondialisation des marchés, afin que chaque pays puisse se fournir de manière autonome en produits de santé lorsque cela est possible. 

En Ukraine, peu avant le début du conflit, une épidémie de poliomyélite, plus communément appelée polio, avait émergé selon l’UNICEF, alors qu’en Europe le virus est éradiqué depuis 2002. 

« La polio revient parce que c’est une vaccination infantile qui ne devrait pas être essentiellement dépendante de l’aide humanitaire. C’est une responsabilité fondamentale des États et de leur contrat social », selon la responsable santé de l’AFD. 

D’où l’importance d’investir dans les institutions nationales afin que les pays commencent à acheter leurs produits de base, précise-t-elle. 

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L’exemple de l’Afrique face à la Covid 

Au début de la pandémie, les gouvernements africains se sont trouvés rapidement démunis et en l’absence de système souverain coordonné d’achat de produits de santé, le continent a dû importer 95 % de ses vaccins. 

Mais selon Agnès Soucat la stratégie n’est pas la bonne. 

« Les grands mouvements de santé mondiale se sont beaucoup concentrés sur fournir des produits et distribuer des vaccins, mais ils n’ont pas porté attention à la construction d’institutions de santé », explique-t-elle. 

En Afrique des millions de vaccins contre la Covid ont dû être jetés car, sur place, les pays n’avaient ni la logistique nécessaire ni les technologies appropriées pour administrer les doses aux populations. 

D’où l’importance d’investir dans la création et le développement d’institutions de santé publique d’abord. En février dernier, la commissaire à la santé Stella Kyriakides, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et le ministre de la Santé Olivier Véran avaient même reconnu que l’heure n’était plus aux dons, mais à la vaccination. 

Il apparait alors nécessaire de changer de dynamique, car « s’il y avait la même crise avec un autre virus, nous serions plus ou moins dans la même situation », prévient Dr Soucat.

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Petit à petit l’UE semble prendre conscience de la marche à suivre. « On voit que l’Union africaine et l’Union européenne tissent des liens de plus en plus serrés », note Agnès Soucat, selon qui le rôle de l’UE est maintenant d’aider au renforcement d’institutions de santé publique, notamment concernant la réglementation des contrats et des procédures d’achats.

Le 15 février dernier, une première étape a été franchie. La Commission européenne a annoncé qu’elle soutiendrait l’Agence africaine du médicament (AMA) à hauteur de 100 millions d’euros dans les cinq prochaines années, notamment grâce à une aide financière de l’Agence européenne du médicament (EMA) et de la fondation Bill & Melinda Gates. 

« Il y a une véritable prise de conscience que l’Afrique doit investir dans une industrie pharmaceutique », se félicite Dr Soucat. 

Pour développer des systèmes de santé publique solide également ailleurs dans le monde, il est donc nécessaire d’investir « dans les biens communs en santé », par exemple en créant un fonds international, chaque crise fragilisant un peu plus la santé des populations. 

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