Ukraine : viols, traite des êtres humains et pas d’accès à l’avortement pour les réfugiés en Pologne

Nadia, réfugiée ukrainienne d'Odesa (à gauche) se repose pendant le voyage de réfugiés ukrainiens de Moldavie vers l'Allemagne, le 16 mars 2022. Quelque 73 Ukrainiens, des femmes, des enfants et quelques hommes , principalement de la région du sud de l'Ukraine, sont montés dans le bus organisé par l'ONG allemande Be An Angle, pour se rendre en Allemagne. [EPA-EFE/AMEL PAIN]

Les femmes ukrainiennes qui fuient la guerre sont exposées à des violences sexuelles, à des viols et à la traite des êtres humains. De plus, celles qui tombent enceintes à cause de cela ne peuvent pas recourir à l’avortement en Pologne en raison de la législation anti-avortement du pays, l’une des plus strictes d’Europe.

Au début de la guerre, une Ukrainienne de 29 ans a fui le pays avec ses deux enfants. Après environ une semaine de voyage, elle a franchi la frontière entre l’Ukraine et la Pologne, sans jamais avoir visité le pays auparavant et sans même parler la langue. Alors qu’elle voyageait de nuit, au bord de la route, elle a vu des groupes d’hommes tenant des panneaux sur lesquels étaient écrits en cyrillique le nom de villes polonaises.

« Vous avez peut-être entendu parler de la grande solidarité du peuple polonais, et vous pourriez être tenté de monter dans l’une des voitures garées sur le bord de la route avant que les lois ne soient adoptées et que les conducteurs ne soient enregistrés », a déclaré Anna Dąbrowska, présidente de Homo Faber, une organisation polonaise de défense des droits de l’homme, lors d’un discours devant la commission parlementaire des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (LIBE) et Commission des droits des femmes et celle de l’égalité des genres (FEMM) le 21 avril.

Elle a ensuite posé la question suivante : « Combien de femmes sont montées dans des voitures à la frontière pour être ensuite obligées de le payer quelque part dans la forêt ? Combien ont été violées ou abusées  ? »

Depuis le début de l’invasion russe, plus de cinq millions d’Ukrainiens ont fui le pays, et environ 90 % des réfugiés sont des femmes et des enfants. Diane Schmitt, coordinatrice de la lutte contre la traite des êtres humains à la Commission européenne, a déclaré que dans l’Union européenne, plus de 90 % des personnes victimes de la traite à des fins d’exploitation sexuelle sont des filles et des femmes.

Les pays voisins accueillent les réfugiés, et l’UE a pris plusieurs mesures pour gérer l’afflux le plus rapidement possible en activant la directive sur la protection temporaire, en établissant un plan en 10 points visant à renforcer la coordination européenne en matière d’accueil des réfugiés et en mobilisant les fonds de cohésion pour l’éducation, les soins de santé, le logement et l’emploi.

Mme Schmitt a souligné que toutes ces actions sont essentielles car elles réduisent la « vulnérabilité des réfugiés », ce qui permet de ne pas tomber entre les mains des trafiquants d’êtres humains, mais « il est évident qu’il faut en faire davantage ».

La traite des êtres humains dans l’UE

Le fait que les Ukrainiens figuraient déjà parmi les cinq premières nationalités victimes de la trafic d’êtres humains dans le bloc avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie ne fait qu’aggraver la situation.

« Cela signifie que des réseaux étaient déjà actifs auparavant et nous pouvons nous attendre à ce qu’ils essaient de trouver de nouvelles victimes pour l’exploitation sexuelle, ou d’autres types d’exploitation, comme la mendicité ou la fausse criminalité », a souligné Mme Schmitt.

Yevheniia Batina, assistante de direction du PDG d’AtlexSoft, est réfugiée en Pologne. Elle a voyagé de Kharkiv à la Pologne, ce qui a pris un peu plus d’une semaine. « C’est dangereux parce qu’il faut faire énormément confiance aux inconnus », a-t-elle déclaré.

Mme Schmitt a souligné que « la majorité de ceux qui veulent aider ont de très bonnes intentions ».

« Mais ce n’est pas le cas de tout le monde », a-t-elle tout de même admis.

C’est pourquoi elle a mis l’accent sur l’importance pour les États membres d’« enregistrer les personnes et les entités qui ont l’intention de fournir un hébergement et un moyen transport ».

Mme Schmitt a ajouté que la vérification des antécédents est également « fortement » recommandée, tout comme la formation adéquate des autorités et des organisations de la société civile pour leur permettre de détecter les signes de traite d’être humains et d’orienter les victimes potentielles vers les services appropriés.

Elle a ajouté que des enquêtes sont déjà en cours dans plusieurs États membres, principalement pour des cas d’exploitation sexuelle et d’exploitation du travail.

« Si des cas concrets de traite sont détectés, la victime doit bénéficier dans les plus brefs délais des mesures d’assistance, de soutien et de protection prévues par la directive européenne relative à la lutte contre la traite des êtres humains », a-t-elle souligné.

La directive sur la traite des êtres humains, qui a été adoptée par le Parlement et le Conseil en 2011, est en cours d’évaluation à la lumière de la situation actuelle.

Mme Schmitt s’est également adressée au secteur privé, affirmant qu’il devait s’impliquer davantage « afin de contribuer à la sensibilisation et à la détection, en particulier dans les secteurs à haut risque tels que l’agriculture, la construction, l’hôtellerie, le secteur des soins de nettoyage et le travail domestique ».

Certaines des actions nécessaires sont déjà en place. Dès les premières semaines de la guerre, le réseau des coordinateurs nationaux de la lutte contre la traite des êtres humains a été activé dans tous les États membres de l’UE.

En outre, la directive sur la protection temporaire a été suivie de lignes directrices qui comprennent une section sur la prévention et la lutte contre la traite des êtres humains. Enfin, le plan en 10 points que la Commission et la présidence française du Conseil (PFUE) ont présenté comprend des actions visant à réduire la menace que représente la traite des êtres humains, notamment par la mise en place d’un plan commun de lutte contre cette pratique.

L'UE veut renforcer la lutte contre le trafic d'êtres humains pour les réfugiés ukrainiens

Plus de quatre millions de personnes ont fui l’Ukraine depuis le début de l’invasion russe. Bien qu’ils soient accueillis dans de nombreux pays européens, ces réfugiés risquent d’être les proies des trafiquants d’êtres humains.

 

La commission FEMM s’attaque à la traite des êtres humains et à l’accès aux soins de santé sexuelle et reproductive

Pour répondre à certains de ces problèmes, la commission FEMM a adopté lundi (25 avril) une résolution qui traite de la violence sexuelle et sexiste ainsi que de l’accès des réfugiés aux soins de santé et aux droits en matière de sexualité et de procréation (SDSP).

« Nous demandons instamment à l’UE et aux États membres de veiller à ce que les femmes cherchant refuge en Europe reçoivent tout le soutien et l’aide dont elles ont besoin, y compris l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive », a déclaré le président de la commission FEMM, l’eurodéputé socialiste polonais Robert Biedroń.

Toutefois, l’accès aux SDSP inquiète la Pologne, pays qui accueille le plus grand nombre de réfugiés, car en 2020, le pays imposait une interdiction de facto de l’avortement.

Mme Dąbrowska, a soulevé cette question, affirmant que les femmes que les soldats russes ont violées demandent sur les groupes Telegram si elles peuvent obtenir un avortement légal une fois en Pologne. « En Pologne, elles seront confrontées à la loi anti-avortement la plus restrictive d’Europe, et potentiellement, si nous voulions les aider, nous risquons la prison », a-t-elle souligné.

M. Biedroń a déclaré qu’« il est inadmissible que des femmes ukrainiennes fuyant les conflits et cherchant un abri en Pologne soient contraintes de poursuivre des grossesses étant le fruit d’un viol brutal ».

En mai, le Parlement discutera de la situation des femmes réfugiées d’Ukraine et votera la résolution.

Le Parlement européen appelle les pays de l'UE à protéger les enfants ukrainiens du trafic d’êtres humains

Depuis que la Russie a envahi l’Ukraine le 24 février dernier, plus de 2,5 millions d’enfants ont fui la guerre, au risque d’être victimes de trafic illégal et d’abus. Les eurodéputés ont adopté jeudi 7 avril une résolution appelant à protéger les enfants réfugiés.

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