Un forum européen sur la santé tire la sonnette d’alarme sur les coupes budgétaires

EDITION SPECIALE / Les systèmes de soins de santé européens doivent subir des réformes pour éviter d’être frappés par le manque de ressources, la corruption et les failles structurelles. C’est ce dont devraient parler les décideurs politiques rassemblés en Autriche pour le Gastein Health Forum aujourd’hui (3 octobre).

 

Dans son discours d'introduction, Günther Leiner, le président du forum, devrait déclarer aux participants qu’« il est inacceptable, intolérable même, que des coupes massives portent considérablement atteinte aux services essentiels de santé, au point de présenter de réels dangers pour les malades. »

 

Il ajoutera toutefois que « malgré la nécessité d’économiser de l'argent, des ressources sont investies dans des structures et des services inutiles. »

 

« Si la crise offre une occasion, c'est peut-être celle-ci : enfin nous assurer que les ressources limitées dont nous disposons sont vraiment utilisées pour prodiguer aux personnes le traitement optimal dont elles ont besoin », expliquera M. Leiner aux  décideurs politiques en charge de la santé publique, lors de la 15e réunion du forum qu'il a créé.

 

Le message de M. Leiner sur le gaspillage de ressources rares dans des structures et des traitements superflus, servira de toile de fond aux discussions sur le rôle des réformes fondamentales dans la résolution des problèmes causés par les coupes budgétaires résultant des déboires financiers de l'Europe.

 

 

L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a révélé qu'en 2010, l'Estonie, la Grèce et l'Irlande avaient considérablement réduit leur budget de soins de santé de 6,5 % à 7,6 %.

 

Ce n'est pas qu'une question d'argent

 

D'autres données indiquent que la Lettonie et la République tchèque ont réduit leurs dépenses dans les soins de santé de respectivement 25 % et 30 % entre 2008 et 2010.

 

En Bulgarie, 1 800 membres du personnel ont quitté le système de santé et 2 500 médecins ont quitté la Roumanie depuis le début de la crise. Quelque 10 000 patients roumains attendent des médicaments de chimiothérapie.

 

M. Leiner critique vivement le retrait de ces ressources, mais il affirme que ces évolutions inquiétantes sont liées à « la contradiction apparente selon laquelle dans plusieurs pays européens, il existe trop de structures et de services de soins de santé. L'exagération, en termes d'hospitalisation, de diagnostic et de traitement, est l'axe principal de cette tendance ».

 

M. Leiner exhortera l'Europe à repenser la structure de ses hôpitaux, affirmant que trop d’hôpitaux sont construits dans les pays riches et qu'ils fournissent des services plus chers et plus problématiques.

 

Il soutient que les hôpitaux sont plus performants s'ils sont plus grands et moins nombreux.

 

Il critique également le « surdiagnostic » et les opérations inutiles. Appuyant les récents arguments du British Medical Journal, M. Leiner avance que plus l'équipement de diagnostic est disponible, plus la demande de traitement dans les pays riches augmente.

 

La crise des soins de santé au coeur du forum

 

Dans le même temps, des données mettent en évidence d’importants écarts en termes d'opérations du genou pratiquées chaque année pour 100 000 personnes : 213 en Allemagne contre 42  en Irlande. Ces données seront présentées lors du Gastein Forum.

 

« Il est difficile de concevoir que de telles différences puissent être expliquées de manière médicale. De toute évidence, des facteurs économiques jouent également un rôle », expliquera M. Leiner lors du forum.

 

Il estime également que la corruption des systèmes de santé est un problème connexe, faisant allusion à un récent rapport de l'European Health Care Fraud and Corruption Network. Ce rapport indique que sur les mille milliards d'euros dépensés dans des services de santé au sein de l'UE, 56 milliards d'euros disparaissent en raison de la fraude et de la corruption.

 

« Réduire les services médicaux n'est pas la réponse aux budgets serrés de la santé. Des changements radicaux sont nécessaires dans les structures de santé », conclura-t-il.

 

Ces idées seront détaillées lors de ce forum de quatre jours, où les décideurs politiques réfléchiront à plusieurs problèmes sur le thème « des soins de santé en période d'austérité ».

 

La soutenabilité des systèmes de soins de santé en période de crise, les problèmes liés à la transparence, les connaissances médicales et des propositions de restructuration innovante des systèmes de santé seront abordés en profondeur.

 

La crise de la dette dans la zone euro a contraint les gouvernements à réduire considérablement leur budget de santé publique pour limiter les déficits.

 

La Grèce fait partie des pays qui ont pris les mesures les plus sévères, mais l'Espagne et d'autres pays comme la France et la République tchèque ont pris des mesures semblables.

 

Le commissaire européen à la santé, John Dalli, a déconseillé de négliger la santé publique en ces temps d'austérité, affirmant que la crise économique ne devait pas se transformer en crise sanitaire.

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