Une ONG européenne propose aux médecins restés en Ukraine des cours de soins intensifs en ligne

Afin d’aider les professionnels de santé qui travaillent encore dans les hôpitaux ukrainiens, l’ESICM a mis en place une formation en ligne pour enseigner les soins intensifs. [WOJTEK JARGILO/EPA]

Alors que la plupart des couloirs humanitaires sont fermés, une organisation européenne de santé à but non lucratif dispense une formation en ligne aux médecins ukrainiens pour les aider à faire face à la vague de victimes du conflit.

Dès le début de l’invasion russe, des médecins ukrainiens ont fait savoir au professeur Maurizio Cecconi, président de la Société européenne de médecine de soins intensifs (ESICM), qu’ils avaient besoin de matériel médical, de couloirs humanitaires ouverts et de formations aux soins en ligne.

Cependant, comme les couloirs humanitaires ne sont pas sécurisés, il est presque impossible d’envoyer des médicaments et du matériel médical, ou de transférer des patients dans des unités de soins intensifs (USI) de l’Ukraine vers les pays voisins.

«  C’est le plus gros problème. Nous aimerions envoyer plus d’aide, mais les couloirs humanitaires sont bloqués, donc ce n’est pas facile  », a déclaré M. Cecconi à EURACTIV.

Vendredi (1er avril), un couloir humanitaire a été ouvert dans la ville de Marioupol, permettant à 3  000 personnes de quitter la ville. Mais cela reste une exception.

Pour des raisons de sécurité, les ONG et l’armée ukrainienne n’ont pas pu utiliser la plupart des couloirs humanitaires. Dernier exemple en date : lundi soir, le Comité international de la Croix-Rouge a été libéré après avoir été retenu par la police dans une zone contrôlée par les Russes pendant la journée. De plus, les autres couloirs humanitaires existants ne mènent qu’en Russie ou en Biélorussie.

Formation en ligne

Afin d’aider les professionnels de santé qui travaillent encore dans les hôpitaux ukrainiens, l’ESICM a mis en place une formation en ligne pour enseigner les soins intensifs.

Depuis le début de la guerre, l’ESICM organise une formation par semaine qui peut être suivie gratuitement, destinée non seulement aux experts en soins intensifs mais aussi aux travailleurs en première ligne qui aident les équipes de soins intensifs, comme les cardiologues.

En effet, si de nombreux professionnels de santé issus d’autres services ont rejoint les unités de soins intensifs pour soutenir les équipes, ils n’ont pas toujours les compétences nécessaires pour prendre en charge les patients en urgence.

Lors d’un marathon virtuel organisé la semaine dernière, l’association s’est concentrée sur la prise en charge d’un patient présentant des blessures causées par des produits chimiques ou une explosion.

«  Nous faisons une formation sur mesure pour eux, car les médecins des unités de soins intensifs sont très occupés et n’ont pas le temps de former les autres  », a expliqué M. Cecconi. Au cours des premières semaines du conflit, environ 200 Ukrainiens travaillant en soins intensifs ont suivi la formation en ligne.

Une autre session a été consacrée à l’hypothermie, un problème courant auquel les médecins ukrainiens sont confrontés car les gens passent plus de temps à l’extérieur par temps froid.

«  Il est très important de savoir comment traiter ces patients et comment les réchauffer  », a déclaré le président de l’ESICM à EURACTIV.

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«  Il ne s’agit pas seulement de l’urgence de la guerre  »

Si les couloirs humanitaires étaient ouverts, du matériel médical, des appareils et des médicaments pourraient être envoyés, et des patients pourraient être transférés hors d’Ukraine pour recevoir des soins de toute urgence.

Cependant, bien qu’il y ait quelques patients originaires d’Ukraine dans des unités de soins intensifs en Europe, il s’agit d’une infime minorité et il n’y a pas de chiffres officiels pour le moment.

«  C’est contraire à la convention de Genève : les couloirs humanitaires doivent être protégés. Il est inacceptable que les couloirs humanitaires ne soient pas ouverts. Nous devons vraiment le condamner  », a déclaré M. Cecconi.

«  Il ne s’agit pas seulement de l’urgence de la guerre, certains patients atteints de cancers ont besoin d’être opérés et doivent peut-être rester dans des unités de soins intensifs après l’opération.  »

Les réfugiés voyageant avec des maladies chroniques peuvent ne pas avoir accès à leurs traitements pendant quelques jours. «  Nous pouvons voir des maladies que nous ne voyions pas avant, juste à cause du fait que q’une personne arrête son traitement  », a prévenu M. Cecconi, donnant l’exemple d’un patient souffrant de diabète qui ne prend pas d’insuline : «  c’est une urgence que nous devons parfois vérifier en soins intensifs  ».

Autre danger : les vagues de réfugiés sont plus exposés aux infections graves notamment en raison du manque d’eau et de nourriture, des basses températures et des mauvaises conditions sanitaires. «  Le fait de se déplacer dans de mauvaises conditions vous expose davantage à contracter des infections, et pas seulement la Covid-19  », a déclaré M. Cecconi.

«  Dans les abris anti-bombes, les gens respirent des spores fongiques et s’ils ont des maladies chroniques, celles-ci s’aggravent souvent. Ils arrivent parfois avec des maladies prolongées, comme des pneumonies, des infections rénales et des réactions allergiques graves  », a déclaré à l’Organisation mondiale de la santé une spécialiste des maladies infectieuses travaillant actuellement en Ukraine.

Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février dernier, plus de 4,2 millions de personnes ont fui le pays. Cette situation a donné lieu à deux crises sanitaires distinctes, a déclaré M. Cecconi. «  L’une est à l’intérieur de l’Ukraine et l’autre est la crise des réfugiés qui se déplace  ».

«  Nous devons nous y préparer en Europe et c’est la raison pour laquelle nous investissons massivement dans l’enseignement et la formation  », a-t-il poursuivi.

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10 000 lits pour les réfugiés dans les hôpitaux européens

Lors d’un webinaire organisé par la Commission européenne, l’ESICM a souligné que dès l’ouverture des couloirs, les patients les plus malades devaient être prioritaires.

«  Nous avons établi une forte collaboration pendant la pandémie [de Covid-19] avec la DG SANTE de la Commission européenne et l’OMS  », a déclaré M. Cecconi.

Le 8 mars, la Commission a annoncé que 10  000 lits avaient été mis à disposition dans les hôpitaux d’Europe pour accueillir les réfugiés ukrainiens nécessitant des soins.

«  Il y a des milliers de personnes fuyant l’Ukraine qui ont besoin d’un traitement et de soins urgents. Il s’agit notamment de victimes du conflit et de personnes nécessitant une continuité des soins, comme les patients atteints de cancer  », a déclaré Stella Kyriakides, commissaire à la Santé et à la Sécurité alimentaire.

Dans le pays, près de 150 hôpitaux sont complètement détruits, y compris des hôpitaux pour enfants, a déclaré à la presse l’ambassadeur ukrainien Vadym Omelchenko le 21 mars.

«  Les médecins ont opéré à certains moments sans électricité. Ils utilisaient leurs téléphones portables pendant une opération pour s’éclairer  », a déclaré M. Cecconi. «

  Nous apprenons d’eux parce qu’ils sont confrontés à une situation très difficile, nous n’avons jamais rien vu de tel en Europe  », a-t-il conclu.

 

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