Selon les militants de la santé, la levée des brevets vaccinaux sauve des vies

La manifestation devant le bâtiment de la Commission à Bruxelles s’inscrivait dans le cadre de la campagne mondiale Vacciner notre monde, qui appelle les gouvernements et les décideurs à ne pas politiser la course au vaccin anti-Covid-19. [LOVE SMITH/AHF]

Une série de manifestations ont été organisées devant la Commission européenne et dans une usine de fabrication de vaccins en Belgique pour demander la levée temporaire des droits de propriété intellectuelle des vaccins et traitements anti-Covid-19.

Quiconque s’est promené dans le quartier européen de Bruxelles mercredi (2 juin) n’a pu manquer la grande banderole déployée devant le bâtiment du Berlaymont, le siège de l’exécutif européen, sur laquelle on pouvait lire « Les brevets tuent ».

Certains militants qui avaient installé leur campement à cet endroit tenaient des pancartes plus petites indiquant « Accès aux vaccins. Un droit, pas un privilège » et « Pas de profits sur les pandémies ».

La manifestation s’inscrivait dans le cadre de la campagne mondiale Vacciner notre monde (Vaccinate our world – VOW en anglais), qui appelle les gouvernements et les décideurs à ne pas politiser les vaccins COVID-19 et à s’efforcer de vacciner entièrement les citoyens du monde entier.

La campagne se concentre désormais sur la levée des brevets pour les vaccins anti-Covid-19, dans le but d’accélérer leur accès dans les pays les plus pauvres.

La question de la levée des droits de propriété intellectuelle pour les traitements et les vaccins anti-Covid-19 a été présentée pour la première fois par l’Inde et l’Afrique du Sud dans une proposition à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui a été soutenue par une centaine d’autres pays.

La levée couvrirait les obligations de quatre sections de l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC), qui concerne les droits d’auteur et les droits connexes, les dessins industriels, les brevets et la protection des renseignements confidentiels.

Cependant, les décideurs européens concernés, y compris la commissaire européenne à la santé Stella Kyriakides, se sont montrés jusqu’à présent assez sceptiques quant aux avantages de la renonciation aux droits de propriété intellectuelle.

Selon l’industrie pharmaceutique, la renonciation aurait peu d’impact positif sans un transfert de savoir-faire et de technologie, ce qui reste difficile à ce stade.

« Nous comprenons que les brevets sont importants pour l’innovation », a déclaré une manifestante à EURACTIV. « Cependant, lorsque la santé est en jeu, ils doivent être temporairement abandonnés, car nous parlons de sauver la vie des gens », a-t-elle ajouté.

Une manifestation similaire a été organisée jeudi (3 juin) devant l’usine de fabrication de Pfizer à Puurs, en Belgique.

Des militants ont expliqué à EURACTIV que l’action ne visait pas Pfizer ou une entreprise en particulier, mais qu’elle pointait du doigt l’ensemble du secteur pharmaceutique qui s’oppose à la levée des brevets.

Le changement de cap de Joe Biden

Le président américain Joe Biden s’est ouvertement prononcé en faveur d’une renonciation aux brevets le mois dernier, mettant ainsi la pression sur les acteurs de la santé mondiale plus réticents tels que l’UE et la Suisse.

Bien que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ait déclaré que Bruxelles était prête à discuter de la proposition après le soutien de Washington, le bloc prépare actuellement une proposition à l’OMC pour augmenter la production de vaccins, qui envisage des alternatives à la levée des brevets.

« En tant qu’Européen, j’ai honte que le soutien important à ce sujet ne vienne pas d’abord de l’UE », a déploré l’eurodéputé socialiste Juozas Olekas lors d’un événement organisé il y a peu par la campagne VOW.

Le législateur lituanien a récemment signé une lettre ouverte à l’intention de la Commission européenne en faveur d’une renonciation temporaire aux droits de propriété intellectuelle et du partage des connaissances dans ce processus.

Pour les militants de la campagne VOW, la renonciation aux droits de propriété intellectuelle pourrait être le premier jalon d’un chemin plus long, qui pourrait aider à repenser la santé à l’échelle mondiale et à construire de nouvelles infrastructures dans le monde entier.

« Nous devons décoloniser la santé mondiale, et cela signifie que nous devons partager certaines connaissances et penser de manière large », a assuré un autre militant à EURACTIV devant le bâtiment de la Commission.

L’UE est engagée dans certaines actions visant à accroître la sensibilisation et la Commission a publié jeudi (3 juin) un rapport sur la manière dont les principales plateformes sociales numériques s’attaquent à la désinformation sur le coronavirus.

Facebook a par exemple lancé des cadres décoratifs pour les photos de profils avec la mention « vacciné contre la Covid-19 » tandis que Twitter a organisé des conversations sur les vaccins qui ont été vues par cinq millions d’utilisateurs.

La vie avant les profits

Au moins neuf personnes sont devenues milliardaires depuis le début de la pandémie de Covid-19, selon un récent rapport rédigé par la People’s Vaccine Alliance, qui comprend les ONG Oxfam et le Programme des Nations unies sur le VIH/sida (ONUSIDA).

Les auteurs de l’étude ont traité les données de la liste Forbes sur les milliardaires, concluant que cette concentration massive de richesse avait été générée par des vaccins, pour une poignée de personnes.

« Nous ne pouvons pas ignorer que l’injustice fait parfois plus mal qu’un virus », a estimé le député européen lituanien, anciennement ministre de la Santé.

Selon le législateur socialiste, ceux qui se trouvent au bas de l’échelle sociale mondiale ont dû surmonter des difficultés plus importantes que ceux qui se trouvent au sommet.

Les grands laboratoires pharmaceutiques, a-t-il ajouté, ont utilisé cette pandémie pour accumuler d’énormes bénéfices supplémentaires et tentent maintenant de faire croire aux gens que la renonciation aux droits de propriété intellectuelle ne résoudrait pas le problème.

« Nous ne pouvons surmonter cette pandémie qu’en marchant ensemble et en faisant passer les intérêts de leur capital privé au second plan », a-t-il conclu.

[Post-édité par Anne Damiani]

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