E-cigarette : un même produit, une vision différente

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La cigarette électronique pourrait permettre de faire reculer le tabagisme. [Oleg Baliuk/Shutterstock]

La cigarette électronique est une solution voulue par le consommateur et qui ne coûte rien aux pouvoirs publics. Les législateurs devraient l’encourager comme un moyen de cesser de fumer au lieu de la combattre.

Marc Michelsen est vice-président de Fontem Ventures chargé de la communication et des affaires publiques.

Cette semaine, l’organisation britannique leader de la lutte contre le tabac, Action on Smoking and Health, a publié son rapport annuel sur les habitudes des vapoteurs. En Grande-Bretagne, tout comme en Amérique du Nord et en Europe en général, le nombre d’utilisateurs de cigarettes électroniques – un produit qui procure de la nicotine aux fumeurs sans les méfaits du tabac – continue de croître fortement.

Ce qu’il faut retenir du rapport ASH est que près de 50% des vapoteurs se définissent comme d’« ex-fumeurs ». Il y a deux ans, seul  un tiers d’entre eux se considérait comme tels. Cela signifie que de plus en plus d’utilisateurs de cigarette électronique abandonnent totalement le tabac ; un résultat qui devrait sûrement réjouir la communauté internationale de la santé publique.

De fait, si l’on tient compte du consensus grandissant parmi la communauté des experts de la santé publique sur le fait que le vapotage est 95% moins nocif que le tabac, ce constat de l’abandon par les vapoteurs d’une vie d’addiction au tabac devrait être une excellente nouvelle partout, et pour tout le monde.

De plus, on pourrait logiquement penser que les gouvernements et les organismes de santé publique du  monde entier devraient  soutenir les e-cigarettes et encourager activement le milliard de fumeurs actuels à l’adopter le plus vite possible. Dans bien d’autres secteurs de la santé,  lorsqu’une opportunité s’offre de réduire les risques à grande échelle,  elle est accueillie à bras ouvert et des fonds sont rapidement débloqués pour la promouvoir largement.

L’élément intéressant avec le vapotage est que, contrairement aux campagnes coûteuses menées par les pouvoirs publics pour nous inciter à adopter une attitude destinée à préserver notre santé (malgré un contexte de crise économique), les e-cigarettes, elles, n’ont absolument rien coûté aux gouvernements jusqu’à présent.

Ainsi le vapotage, pourrait potentiellement devenir un outil majeur pour une approche visant à contrôler la consommation de tabac à l’échelle mondiale. Et ceci maintenant, sans interférence et à coût zéro.

>> Lire : Une étude recommande les cigarettes électroniques contre le tabagisme

Quel gouvernement ou organisme public de lutte contre le tabac ne serait pas ravi de saisir une telle occasion?

En fait, il y en a bien peu: Des deux côtés de l’Atlantique, aux Etats-Unis et en Europe, les gouvernements n’ont pas l’air de vouloir accepter que la solution à l’un des défis sanitaires mondiaux les plus graves puisse se trouver juste devant leurs yeux.

La nouvelle directive européenne sur les produits du tabac prendra effet le 20 mai 2016 et aura des répercussions sur tout le secteur du vapotage et, par conséquent, sur la santé du continent tout entier. Vous vous demandez peut être pourquoi un produit qui ne contient même pas de tabac est soumis à une directive sur le tabac, mais cela est une autre histoire, et conformément aux habitudes de l’UE, cette directive est un compromis. D’un côté, elle fixe des limites relatives à la sécurité et à la composition de ces produits et en interdit la vente aux mineurs. Ces éléments sont pragmatiques et louables : La fiabilité et la sécurité des produits ne feront qu’accroître la confiance des consommateurs à long terme. De l’autre côté, la directive limite drastiquement la publicité et montre que seuls deux vapoteurs sur 1000 sont des personnes n’ayant jamais fumé de tabac auparavant.  Ces résultats sont confirmés par de nombreuses autres études. Le vapotage n’attire en aucun cas les non-fumeurs. Néanmoins, depuis jeudi, la publicité pour le vapotage est interdite à la télévision et dans les journaux.

>> Lire : Les cardiologues militent pour de nouvelles formes de prévention en UE

Il parait très étrange de limiter la promotion d’un produit dont, sur de nombreuses preuves scientifiques, la consommation devrait être encouragée. Mais ces mesures ne sont pas aussi insensées que l’action décidée par la Food and Drug Administration (FDA, Organisme de contrôle pharmaceutique et alimentaire) aux Etats-Unis, qui a la semaine dernière, annoncé sa nouvelle réglementation  : une serie de dispositions qui auront probablement bien plus d’effets dévastateurs sur la protection de la santé publique.

Cette règlementation est trompeusement subtile. Les fabricants peuvent faire de la publicité et créer les arômes de leur choix pour leurs produits, déclare la FDA, à la  condition qu’ils obtiennent un accord préalable de mise sur le marché pour chacun d’eux. Demander cet accord  peut paraître une mesure parfaitement raisonnable sur le papier. Mais la FDA ne cherche pas à rendre les choses particulièrement simples. Chaque produit de vapotage devra passer individuellement au travers d’un long et couteux processus de recherche. Ce processus exclura effectivement  du marché la plupart des produits car il exige des informations scientifiques, qui selon un expert, sont littéralement impossibles à obtenir.

Que peut-on en conclure ?

Les conséquences de ces règlementations en Europe et aux Etats-Unis, c’est pire que rater un penalty en l’absence du goal, c’est mettre la balle hors du terrain. Au lieu de promouvoir le développement de cette catégorie de produit, les gouvernements érigent des obstacles. Au lieu de dire, « c’est génial, travaillons ensemble », les gouvernements réagissent avec peur et défiance. Au lieu d’envoyer des signaux positifs aux vapoteurs – qui pour la plupart veulent plus que tout arrêter ou réduire considérablement leur consommation de cigarette -, les gouvernements des deux côtés de l’Atlantique continuent à les brouiller avec des messages contradictoires qui sous-entendent, par défaut, que le tabac serait peut-être préférable.

La réalité est que le vapotage est une révolution, initiée par le secteur privé et qui a jusqu’à présent aidé des millions de personnes. Et c’est sûrement parce qu’elle n’est pas issue de la communauté de la santé publique qu’elle soulève  un tel scepticisme. Mais au vu des preuves flagrantes, nous devrions exiger des élus et des organismes de santé publique de baser leurs analyses sur les effets positifs désormais démontrés. Nous croyons que le vapotage peut aider des millions de personnes qui n’ont pas encore abandonné le tabac pour les cigarettes électroniques. Nous avons besoin du soutien des organismes de santé publique et nous devons travailler ensemble dans ce but.

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