Glyphosate : les caprices de la Commission menacent les Européens

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Le Round-Up de Monsanto. [Greenpeace EU]

Il est temps que la Commission cesse tergiverser et agisse de façon responsable vis-à-vis du glyphosate. Si un prolongement temporaire est autorisé, celui-ci doit s’accompagner de restrictions protégeant la santé humaine, écrit Franziska Achterberg.

Franziska Achterberg est directrice de la « politique alimentaire » pour Greenpeace UE

À deux reprises, la Commission a annulé en dernière minute un vote de l’UE, n’étant pas parvenue à recueillir un soutien suffisant auprès des gouvernements de l’Union pour renouveler la licence du glyphosate – un herbicide dont les scientifiques affirment qu’il constitue une cause probable de cancer. Maintenant, un peu comme un enfant qui menace ses parents de retenir sa respiration jusqu’à ce qu’il devienne tout bleu, la Commission annonce qu’elle pourrait bien laisser la licence du glyphosate expirer à la fin juin, sans voter.

Et ce, à moins que les pays de l’UE ne conviennent d’une prolongation de la licence actuelle de cette substance jusqu’à la publication par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) d’un rapport sur la dangerosité du glyphosate. L’Agence en question publiera probablement un tel rapport à la fin 2017.

La Commission a donné aux gouvernements de l’Union jusqu’à ce mercredi (25 mai) pour réagir. Elle espère ainsi amadouer les pays comme l’Allemagne et les Pays-Bas qui refusent jusqu’ici d’entériner ses plans de renouvellement de la licence du glyphosate.

La question cruciale qui se pose est de savoir si la Commission va continuer à faire fi des préoccupations des scientifiques, du Parlement européen et des citoyens et permettre la poursuite de l’usage du glyphosate sans imposer de sévères restrictions visant à minimiser l’exposition humaine à cette substance.

Ce serait la troisième fois que la Commission demande aux pays de l’UE d’appuyer une prolongation de la licence du glyphosate ; la durée de la licence actuelle a déjà été portée à 14 années au lieu des dix années prévues par la réglementation sur les pesticides en vigueur dans l’UE.

Une tâche inachevée

La Commission justifie sa position sur le glyphosate par les conclusions de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). L’évaluation de l’EFSA revient essentiellement à blanchir le glyphosate en contredisant les conclusions de l’agence de l’Organisation mondiale de la santé référente sur le cancer – le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC).

Depuis la publication de son rapport, l’EFSA fait l’objet de vives critiques de la part de scientifiques indépendants. En outre, il est reproché à cet organisme d’avoir fondé son évaluation sur des études non publiées financées par l’industrie elle-même. Même l’EFSA n’a pu exclure tout danger pour notre santé. Elle écrit ainsi qu’« aucune conclusion péremptoire ne peut être tirée » quant aux effets délétères potentiels sur le système hormonal humain. En conséquence, la Commission a demandé aux fabricants de glyphosate de présenter leurs études pour le 1er août 2016 afin de prouver que cet herbicide n’est pas un perturbateur endocrinien. Comme les substances cancérogènes, les perturbateurs endocriniens sont interdits par le Règlement de l’UE sur les pesticides, bien que l’UE tarde à convenir des critères scientifiques permettant de les définir.

La mise en garde du CIRC devrait suffire pour que la Commission impose de sévères restrictions sur les usages du glyphosate dans l’ensemble de l’UE, afin de minimiser l’exposition humaine. Le manque de données sur les perturbations hormonales, l’absence d’évaluation de l’ECHA et les données probantes quant aux incidences environnementales de cet herbicide sont autant de bonnes raisons pour lesquelles on ne peut mépriser la nécessité d’imposer de sévères restrictions à son utilisation.

La solution raisonnable pour sortir de cette impasse consisterait à donner l’occasion aux scientifiques de trancher leurs différends tout en protégeant la population des dangers du glyphosate. La Commission doit immédiatement restreindre l’utilisation du glyphosate par l’interdiction :

–        de son usage amateur à la maison et au jardin, dans le cadre duquel les utilisateurs sont moins susceptibles de porter un équipement de sécurité ;

–        de son usage dans les parcs publics ainsi que sur les routes et les voies de chemin de fer, qui engendre un risque d’exposition élevé tant pour la population que pour le personnel qui l’utilise ;

–        de sa pulvérisation sur les cultures avant la récolte, qui laisse d’importantes quantités de résidus sur les produits agricoles concernés.

Il est temps que la Commission arrête de louvoyer et agisse de façon responsable dans le cadre du dossier « glyphosate ». Si elle accorde une prolongation temporaire au glyphosate, elle doit l’assortir de restrictions qui minimiseront l’exposition humaine à cette substance. Cependant, toute décision finale qui touchera des millions de personnes devra se fonder sur des données scientifiques totalement transparentes et indépendantes.

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