Comment les services de santé européens vont-ils gérer la crise des réfugiés?

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Des réfugiés attendent de pouvoir accéder à un centre de santé à Budapest. [Spectral-Design/Shutterstock]

L’immigration massive cause des difficultés sérieuses, mais les craintes selon lesquelles elle mettra à bas les systèmes de santé européen sont infondée : nous pouvons et devons nous adapter aujourd’hui, estime le docteur Helmut Brand.

Helmut Brand est professeur en santé publique européenne, président du forum européen de la santé Gastein (EHFG), chef du département santé internationale à l’université de Maastricht (Pays-Bas) et co-président de l’Alliance européenne pour la médecine personnalisée (EAPM). Il est membre du Comité consultatif européen de la recherche médicale (CCERM) de l’OMS Europe, et du panel d’experts « investir dans la santé » de la Commission européenne.

lors que les politiques, à Bruxelles et dans les capitales européennes, tentent de convenir d’une stratégie européenne coordonnée pour gérer l’afflux constant des réfugiés en Europe, des inquiétudes montent concernant le potentiel impact sur les systèmes de santé européens. Bien que ces préoccupations soient légitimes, et qu’une aide médicale soit nécessaire dans les camps de réfugiés et aux frontières, la peur que les systèmes de santé ne soient pas en mesure de faire face aux réfugiés une fois arrivés dans leur pays d’accueil est infondée.

L’une des grosses inquiétudes est que le grand nombre de réfugiés arrivant en Europe pourrait transporter avec eux des maladies contagieuses. Cette idée est fausse. La santé de la population n’est pas mise en danger par l’afflux d’individus, et l’état providence non plus.  Certains réfugiés peuvent être mal nourris, déshydratés, traumatisés ou souffrir d’affections chroniques courantes causées par les conditions de vie dans leur pays d’origine qu’ils n’ont pas pu traiter, mais la grande majorité des réfugiés est relativement en bonne santé et principalement jeune. Une fois un emploi trouvé, ils peuvent contribuer à la société de la même façon que nous. D’une manière générale, les personnes qui fuient sont en bonne santé, ce qui veut dire que, avec le traitement approprié, elles peuvent se rétablir rapidement.

>> Lire : L’OMS réclame une stratégie européenne pour la santé des réfugiés

Les réfugiés étant principalement jeunes, leur impact sur les systèmes de santé européens se fait sur le court terme – il est même négligeable lorsque que l’on prend en considération les problèmes que l’Europe rencontre avec une population vieillissante. L’Europe pourrait en réalité profiter de cette situation, mais uniquement si nous parvenons à répondre aux besoins immédiats des réfugiés. Cela inclut souvent des traitements courants pour des maladies transmissibles et pour des traumatismes, mais il existe un fossé entre la demande et la réponse.

Les réfugiés arrivant en Europe peuvent avoir perdu des proches, vu leur maison se faire détruire, vécu et été témoin d’évènements horrifiques, et il n’est donc pas surprenant qu’ils soient vulnérables aux problèmes de santé mentale. Par exemple, un enfant qui a vu et vécu des choses qu’il n’est pas capable de comprendre peut ne pouvoir dormir que sous la table de la cuisine, qui était le plus souvent la pièce la plus solide dans la maison. Si nous pouvons aider les enfants à contrôler leurs peurs, ils auront alors plus de chances de se protéger des complications mentales et pourront alors grandir normalement. Mais, afin d’éviter les troubles mentaux sur le long terme et les pressions sur les services de santé mentale, nous devons dès à présent nous occuper des besoins sanitaires spécifiques des migrants, qui sont souvent mal compris, ou mis de côté, à cause de problèmes de communication et des structures de santé en Europe.

>> Lire : MSF: L’Europe n’est pas à la hauteur dans la crise des réfugiés

A l’occasion du European Health Forum Gastein (Forum européen sur la santé de Gastein) de l’année dernière, le Commissaire Vytenis Andriukaitis a discuté de la crise des réfugiés et a lancé un appel à la solidarité européenne pour fournir des soins à ceux en ayant besoin et a invité à un plus grand effort pour assurer que les migrants et les réfugiés aient un accès adéquat aux services de santé. Le système sanitaire et les professionnels médicaux ont besoin de s’adapter à l’évolution de la situation en Europe.

En 2015, l’initiative « MiMi – With Migrants for Migrants » (Avec les migrants pour les migrants) a reçu le European Health Award (Récompense européenne pour la santé) – accordé aux projets ayant pour objectif d’améliorer la santé publique en Europe. Sa mission a pour but d’intégrer les migrants compétents en matière de santé afin de conseiller les nouveaux arrivants. Il s’agit d’un exemple d’adaptation du système de santé pour relever les nouveaux défis. Nous avons également vu pour la première année, dans certains pays de l’UE, des programmes pour permettre aux docteurs réfugiés et migrants de travailler sous supervision dans les hôpitaux. C’est la première étape pour arriver à une intégration réglementée dans le secteur de la santé.

Grâce à ce progrès, nous pouvons nous concentrer sur la provision d’un accès aux soins complet pour toute personne – qu’elle soit un migrant, un réfugié ou un citoyen européen. En tant que Président di International Health Forum Gastein, je me réjouis de faire avancer les objectifs avec le thème de cette année : « Démographie et diversité en Europe – Nouvelles solutions pour la santé ». L’European Health Forum Gastein se déroulera entre le 28 et le 30 septembre et se penchera sur les défis et les solutions pour nos systèmes de santé suite aux changements démographiques et à une augmentation de la diversité sans précédent.

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