Pour la santé mondiale, la France doit être au rendez-vous

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Hugues Renson, Aina Kuric, Michèle Peyron et Sira Sylla.

Six ans à peine après la résurgence du virus Ebola, l’actualité du coronavirus vient rappeler une double évidence : les épidémies ne connaissent pas de frontières et les crises sanitaires menacent plus particulièrement les populations des pays les plus vulnérables.

Hugues Renson est vice-président de l’Assemblée nationale et membre de la Commission des affaires étrangères ; Sira Sylla et Aina Kuric sont toutes deux membres de la Commission des affaires étrangères ; et Michèle Peyron est membre de la Commission des affaires sociales.

Face à ce risque, la communauté internationale a évidemment un rôle primordial à jouer : bien sûr en définissant des stratégies efficaces pour contenir ces épidémies, mais aussi en mettant en place, de manière plus structurelle, des politiques ambitieuses d’aide au développement, notamment dans le domaine de la santé.

L’exemple du Rwanda : le multilatéralisme paie

Cette action en faveur de la santé mondiale existe. Et elle produit des effets. Nous avons pu le constater à l’occasion d’une mission parlementaire au Rwanda, pays dans lequel les progrès réalisés dans le domaine sanitaire laisseraient croire au miracle s’ils n’étaient pas directement le fruit de la mobilisation des financements internationaux et d’une forte volonté politique nationale.

Dans le « pays aux mille collines », un effort sans précédent a été mené par le gouvernement pour lutter contre le sida, la tuberculose et le paludisme, avec notamment le soutien du Fonds mondial et d’Unitaid. Bien que n’ayant pas disparu, ces épidémies y sont aujourd’hui contenues et la population traitée, y compris dans les zones les plus reculées.

Fortes de ces résultats, les autorités rwandaises ont érigé de nouveaux objectifs en matière de santé dans le domaine maternel et infantile. Là encore, les succès sont importants : ce sont désormais 97 % des enfants du pays qui bénéficient des vaccins essentiels, Gavi, l’Alliance du vaccin, apportant un précieux soutien pour les rendre disponibles et accessibles en coordination avec Unicef, en négociant les prix et en renforçant les infrastructures et les équipements.

Aujourd’hui, Gavi vaccine près de la moitié des enfants dans le monde, et grâce à son financement, le prix d’achat d’une dose de vaccin anti-rotavirus, par exemple, s’établit à moins de 1 dollar quand le prix public s’élève à 70 dollars. Gavi assure également la mise à disposition des vaccins Ebola, grâce à l’approbation, dès 2014, de plans de riposte pouvant mobiliser jusqu’à 300 millions de dollars.

La mortalité maternelle a quant à elle diminué de 75 % entre 1990 et 2015 au Rwanda et les femmes bénéficient d’un accès renforcé aux services de santé, avec par exemple 91 % d’accouchement à l’hôpital.

Les résultats enregistrés au Rwanda, pays où il convenait de tout reconstruire il y a seulement 25 ans, prouvent que le soutien de la solidarité internationale combiné à une politique active de cofinancement et à une volonté politique du gouvernement permettent des succès considérables pour assurer l’accès à la santé à tous.

La vaccination, un enjeu clé

Pour autant, des défis demeurent, tant au Rwanda que partout ailleurs. Dans le monde, chaque année, près d’un nourrisson sur cinq ne reçoit pas les vaccins de base. Et chaque jour, 830 femmes meurent du fait de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement. Les défaillances des systèmes de santé de nombreux pays, faute de financements, pourraient à nouveau mettre en péril la sécurité sanitaire internationale et dévaster des communautés toutes entières.

Il y a donc urgence à poursuivre et amplifier la mobilisation. Des solutions sont à notre portée.

Nous, députés de la majorité de retours de mission au Rwanda, appelons ainsi la France, leader en santé mondiale, à donner l’exemple en réaffirmant et renouvelant son ambition.

L’année 2020 sera déterminante : la France aura l’occasion de poursuivre les efforts déjà engagés en santé lors de la conférence de reconstitution des ressources de Gavi à Londres les 3 et 4 juin prochains, en maintenant sa contribution à hauteur de 250 millions d’euros. Elle devra par ailleurs porter une initiative ambitieuse pour la santé des femmes durant le Forum Génération Égalité qu’elle accueillera à Paris en juillet, conformément aux ambitions du Président de la République qui a appelé à une « initiative sur la santé infantile, maternelle, sexuelle et reproductive ».

Ces enjeux devront enfin trouver un écho financier favorable dans la future loi sur l’aide au développement qui sera débattue prochainement au Parlement et dans les projets de loi de finances à venir.

Pour lutter contre les inégalités, pour porter la voix du multilatéralisme, pour la santé mondiale, notre pays doit être au rendez-vous.

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