L’Autorité européenne de préparation et de réaction en cas d’urgences sanitaires (HERA) a lancé mardi (16 janvier) l’Alliance des médicaments critiques, un groupe consultatif, dans le but de lutter contre les pénuries de médicaments essentiels auxquelles l’UE est confrontée.
Cette alliance vise à renforcer la coopération entre la Commission, les gouvernements des États membres, les autorités locales et régionales, les professionnels de la santé, l’industrie, la société civile et les autres parties prenantes afin d’identifier les défis, les actions et les solutions politiques potentielles.
Elle consistera en un mécanisme consultatif qui servira également de réseau pour accélérer la mise en œuvre de l’action de l’UE dans ce domaine.
L’hiver dernier, l’Union européenne a été confrontée à une pénurie soudaine et accrue de médicaments importants, tels que certains antibiotiques, qui sont essentiels pour garantir la santé publique.
Dans une communication publiée en octobre, la Commission explique que cette situation a résulté à la fois d’une augmentation de la demande, d’une faible capacité de production, de pénuries de matières premières et de problèmes tout au long de la chaîne d’approvisionnement.
Pour Stella Kyriakides, commissaire européenne à la Santé, le lancement de l’alliance « marque le début d’une campagne concertée visant à renforcer et à moderniser la production de médicaments critiques dans l’UE et à diversifier les chaînes d’approvisionnement internationales ».
« L’alliance contribuera à modifier la manière dont nous produisons et achetons les médicaments et, en fin de compte, à renforcer notre sécurité d’approvisionnement », a-t-elle ajouté, qualifiant l’alliance de « nouveau pilier industriel de notre Union européenne de la santé forte ».
Selon l’exécutif de l’UE, l’alliance étudiera les moyens de diversifier les chaînes d’approvisionnement mondiales, de renforcer la capacité de production et d’innovation de l’Europe, d’élaborer une approche stratégique commune du stockage des médicaments dans l’UE et d’aider à mobiliser et à aligner les financements européens et nationaux pour mettre en œuvre des solutions aux pénuries.
La Commission a également indiqué que les parties intéressées pouvaient prendre contact avec elle pour en devenir membres.
L’alliance commencera ses travaux au printemps et sera active durant cinq ans. Ses premières recommandations devraient être publiées à l’automne 2024.
Priorité aux pénuries et à la sécurité
En décembre, la Commission européenne, les directeurs des agences médicales de l’UE et l’Agence européenne des médicaments (EMA) ont publié conjointement la première liste européenne des médicaments critiques, qui sera mise à jour une fois par an.
Cette liste contient plus de 200 substances actives de médicaments à usage humain qui sont essentielles pour les systèmes de soins de santé de l’UE et de l’Espace économique européen (EEE). Pour figurer sur la liste, ces médicaments doivent répondre à un certain nombre de critères, notamment être considérés comme critiques dans plus d’un tiers des pays et essentiels pour garantir un niveau élevé de protection de la santé publique.
Les pénuries de médicaments critiques sont également au cœur des préoccupations de la présidence belge du Conseil de l’UE pour les mois à venir.
Selon le ministre belge de la Santé, Frank Vandenbroucke, qui a exposé les projets de la Belgique lors du Conseil « Emploi, politique sociale, santé et consommateurs » (EPSCO) du 30 novembre, les négociations en cours en vue d’une révision de la législation pharmaceutique de l’UE devraient donner aux États membres une longueur d’avance dans la lutte contre les pénuries de médicaments.
Cela devrait commencer par le chapitre 10 de la proposition de règlement sur la disponibilité et la sécurité de l’approvisionnement en médicaments. Ainsi, il serait possible de « savoir plus ou moins où va la position du Conseil avant de commencer à la mettre en œuvre au niveau national », a déclaré M. Vandenbroucke aux autres ministres de la Santé de l’UE. Tout comme le Conseil, le Parlement européen n’a pas encore défini sa position sur la question.
La nécessité de garantir un accès suffisant aux principes actifs nécessaires à la production de médicaments est étroitement liée à la pénurie de médicaments. Les chiffres de l’industrie montrent que 56 % des principes actifs proviennent de l’Inde et de la Chine.
C’est sur cette base qu’une éventuelle législation sur les médicaments critiques a également été discutée. Selon Mme Kyriakides, lors du Conseil EPSCO de novembre, l’Alliance des médicaments critiques constituerait une première étape dans le processus législatif en vue de l’adoption d’un éventuel texte de loi sur les médicaments critiques.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]



