Les eurodéputés ont voté mardi (12 décembre) en faveur d’un rapport d’initiative appelant à un financement plus direct pour faire face à l’augmentation des problèmes de santé mentale en Europe et à l’identification des populations à haut risque.
Le rapport, dirigé par la rapporteure Sara Cerdas (Socialistes et démocrates européens, S&D), a été soutenu par une large majorité de députés, avec 482 voix pour, 94 voix contre et 32 abstentions.
« N’importe qui, à n’importe quel moment de sa vie, peut se trouver dans une situation de vulnérabilité. C’est pourquoi ce rapport aide à identifier les déterminants sociaux de la santé et les groupes et situations où les gens peuvent être vulnérables, tout en proposant des actions spécifiques pour les atténuer », a déclaré Sara Cerdas lors de la présentation du rapport.
Le premier rapport du Parlement européen consacré à la santé mentale a été finalisé près de deux semaines après que les ministres des États membres de l’UE ont approuvé une série de recommandations visant à améliorer la santé mentale des citoyens. Ces recommandations font suite à la présentation par la Commission européenne de son « approche globale en matière de santé mentale » en juin dernier.
Les problèmes liés à la santé mentale sont en augmentation depuis longtemps, mais ce nombre s’est considérablement accru pendant et après la pandémie de Covid. Selon la Commission européenne, un citoyen européen sur six déclarait avoir des problèmes de santé mentale avant la pandémie, alors que l’année dernière, ils étaient un sur deux à déclarer souffrir de problèmes émotionnels ou psychosociaux.
L’exécutif de l’UE a également estimé que le coût de la « non-action » en matière de santé mentale s’élève à 600 milliards d’euros par an.
Les mesures proposées par le Parlement
Le rapport du Parlement européen se concentre sur l’identification des groupes vulnérables et demande que la santé mentale soit prise en compte dans toutes les stratégies politiques.
Mme Cerdas estime également qu’il est nécessaire de créer une stratégie à l’échelle de l’UE en matière de santé mentale et de proclamer une Année européenne de la santé mentale afin de sensibiliser davantage le public à cette question.
Le rapport va plus loin que la Commission et les ministres de l’UE en appelant à un financement plus direct. Tout en saluant les 765 millions d’euros disponibles pour soutenir la recherche et l’innovation dans le cadre des programmes Horizon 2020 et Horizon Europe, les eurodéputés réclament un « financement suffisant » pour « répondre à l’ampleur du défi » et un fonds direct pour la recherche et l’innovation dans le domaine de la santé mentale.
« Il est temps de mettre fin à la stigmatisation. Il est temps d’établir des priorités. Il est temps d’investir dans la santé mentale », a conclu Mme Cerdas.
Matt Bolz-Johnson, responsable de la santé mentale et du bien-être et conseiller en soins de santé auprès de l’Organisation européenne pour les maladies rares (Eurordis), a salué le rapport du Parlement pour « son engagement en faveur d’une stratégie de santé mentale véritablement complète, intégrée et durable ».
Il s’est montré particulièrement satisfait du fait que le rapport reconnaît que « la santé mentale d’une personne soit façonnée par un ensemble complexe d’éléments socio-économiques, environnementaux, biologiques et génétiques » et qu’il inclue « les défis uniques en matière de santé mentale auxquels sont confrontées les personnes vivant avec des maladies rares et d’autres pathologies chroniques ».
Des actions déjà en cours
Le 30 novembre, les ministres de l’UE ont approuvé des recommandations visant à faire face aux problèmes croissants de santé mentale et ont souligné la nécessité d’adopter une approche pluridisciplinaire.
« La pandémie de Covid-19, les conséquences de l’agression russe contre l’Ukraine et la crise climatique ne sont que quelques-uns des chocs qui ont aggravé des niveaux de santé mentale déjà médiocres. L’amélioration de la santé mentale est un impératif social et économique », a déclaré Mónica García Gómez, ministre espagnole de la Santé, lors du Conseil « Emploi, politique sociale, santé et consommateurs » (EPSCO).
Les conclusions du Conseil EPSCO font suite à l’« approche globale en matière de santé mentale » adoptée par la Commission en juin, qui met également l’accent sur une approche intersectorielle par le biais de 20 initiatives phares et d’un financement de 1,23 milliard d’euros.
Cette approche se concentre sur des questions telles que la promotion de la santé mentale, la prévention et l’intervention précoce, la santé mentale des jeunes et des groupes vulnérables, le bien-être au travail, les systèmes de santé mentale et la stigmatisation.
Après la présentation au Parlement européen mardi, la commissaire européenne à l’Énergie Kadri Simson, qui représentait l’exécutif européen, a salué le rapport de Mme Cerdas.
Mme Simson a réitéré les objectifs inclus dans l’« approche globale » et a ajouté qu’elle prenait déjà des mesures, telles que le lancement d’un programme de formation multidisciplinaire et transfrontalier sur la santé mentale pour les professionnels en janvier.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]




