Elargissement et cohésion de l’Europe

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Elargissement et cohésion de l’Europe

Le Deuxième rapport d’étape sur la cohésion économique et sociale qui vient de paraître, analyse les conséquences de l’élargissement sur la politique de cohésion.

 

  • D’un point de vue statistique, les conclusions sont de quatre ordres:

 

  • Une aggravation des disparités régionales. Le revenu par habitant (PIB/hab calculé en SPA) de la population des 23 régions les plus pauvres qui constituent environ 10% du total de la population de l’Union à 15 était 2,6 fois inférieur à celui des habitants des 15 régions les plus riches comprenant également environ 10% de la population de l’Union. Cet écart passera à 4,4 dans l’Union à 25.
  • Une diminution de 13% du revenu moyen de l’Union à 25 par rapport à l’Union à 15. Cette diminution aura un effet d' » éviction statistique  » d’un certain nombre de régions de l’Union à 15 éligibles jusqu’à maintenant à l’objectif 1 de la politique de cohésion (près de 70% des fonds totaux alloués). 30 régions de l’Union à 15 (au lieu de 45 à l’heure actuelle) ayant une population de 47 M d’habitants (au lieu de 68 M d’habitants) seront éligibles après l’élargissement. Parallèlement, le nombre de régions et d’habitants bénéficiaires va augmenter plus que proportionnellement dans l’Union à 25. 67 régions, dont toutes celles des futurs membres à l’exception de Prague, Bratislava et Chypre (non réunifiée), réunissant 26% de la population totale (116 M d’habitants) seront éligibles dans l’Europe élargie à 25.
  • Une aggravation de la situation moyenne de l’emploi dans l’Union à 25. En 2001, le taux d’emploi moyen dans l’Union à 15 était de 64%, et seulement de 57,8% dans les 10 pays candidats. Le taux de chômage dans les nouveaux pays adhérents était de 13% en moyenne contre 7,4% dans l’Union à 15. Le chômage des jeunes y est particulièrement élevé (28,6%).
  • En revanche, les pays candidats ont un taux de croissance plus élevé que l’Union actuelle et le niveau d’éducation de leur population est en moyenne supérieur à celui d’un certain nombre de régions, notamment d’Europe du sud.

 

  • Ce rapport consacre également un chapitre aux facteurs déterminant la convergence, qui ne sont pas sans rappeler les 4 principaux axes de développement transversaux de la Stratégie de Lisbonne** : celui du capital humain, de la R&D, de l’innovation, associée à la diffusion des NTIC, et de l’esprit d’entreprise, lié à celui des PME. Dans ces différents domaines, le tableau ci-contre (voir aussi RES 26 – Spécial PME) montre bien que l’élargissement devra conduire l’Europe à augmenter son effort pour atteindre ses objectifs de moyen terme.

L’élargissement impose donc une nouvelle réflexion sur la politique de cohésion économique et sociale de l’Union à 25. Les principales pistes indiquées par ce rapport d’étape sont la priorité à accorder aux régions les plus pauvres, la poursuite d’aides ciblées en dehors de ces régions, une meilleure adéquation des aides accordées avec les politiques communautaires, un traitement spécial accordé aux régions qui sortent de l’objectif 1 par éviction statistique et bien entendu la question budgétaire.

D’autres baisses de taux à venir en 2003?

Au cours du mois de janvier une série de baisses de taux est intervenue dans les pays de Visegrad. Hongrie, Pologne et Slovaquie ont aujourd’hui des taux d’intervention identiques (6,5%) et la République tchèque un taux inférieur à celui de la BCE (2,50%). Après ces mouvements, existe-t-il encore un potentiel de baisse?

 

  • Au delà de la coïncidence des interventions de la fin du mois de janvier, les stratégies suivies par les banques centrales au cours de l’année 2002 ont sensiblement divergé:

 

  • En Pologne, qui se caractérise par de faibles taux de croissance et d’inflation (0,8% en décembre en glis sement annuel), le taux a été baissé 8 fois entre 01/02 et 01/03 mais la politique monétaire a conservé une orientation restrictive.
  • A l’opposé, la République tchèque, dont le dérapage budgétaire a été nettement plus important (le déficit public dépassera 7% du PIB en 2002 si l’on tient compte des transferts aux caisses de consolidation contre 5,4% en Pologne), a mené une politique de baisse des taux très agressive depuis fin 2001 afin de lutter contre l’appréciation de la couronne.
  • En Hongrie et en Slovaquie un changement d’orientation est intervenu en cours d’année. La banque centrale de Hongrie a d’abord augmenté ses taux (07/02) pour lutter contre des pressions inflationnistes. Par la suite, elle a entamé un mouvement de baisse, et en janvier a définitivement choisi la défense de son régime de change (bande +15%/-15% autour du taux pivot) en réduisant de 200 points de base son taux d’intervention et en reportant à fin 2004 la réalisation de son objectif d’inflation (3,5% +/-1%). En Slovaquie, le taux de référence a été augmenté en avril 2002 puis, face à la tendance à l’appréciation de la devise, baissé de 1,75 points à l’automne 2002, alors même que l’augmentation de certains prix administrés devrait faire progresser l’inflation à environ 8% courant 2003.

 

  • Seule la Pologne dispose de marges de manoeuvre pour des baisses futures significatives.
    Malgré de longs délais de transmission, ces baisses de taux sont plutôt bienvenues dans le contexte d’une conjoncture internationale maussade. Toutefois, la détérioration de certains fondamentaux, en particulier les importants déficits budgétaires en Hongrie et République tchèque, respectivement 9,6 et 7 ,3% du PIB, et du compte courant en Slovaquie (8,3% du PIB) contraindra à l’avenir fortement la politique monétaire. En Pologne, les déficits jumeaux apparaissent mieux maîtrisés et, de l’avis des observateurs de marchés, seul ce pays n’a pas épuisé le potentiel de baisse qui existait fin 2002.

 

  • Malgré la confiance des marchés, une politique de consolidation budgétaire semble désormais appropriée. En théorie, ces déséquilibres constitueraient autant de signes en faveur d’un affaiblissement des devises de la région. Cela n’a pas été le cas jusqu’ici, notamment grâce à la bonne couverture des déficits courants par les IDE. Au contraire, elles se sont sensiblement appréciées. Les investisseurs en portefeuille maintiennent leur position pour au moins deux raisons : tout d’abord, le processus de rattrapage devrait s’accompagner d’une appréciation continue des taux de change réels (voir RES 29), ensuite l’adhésion à l’UE est synonyme, à terme, de baisse des taux et donc de gains en capital sur les placements obligataires.

Zsigmond Jarai, le gouverneur de la banque centrale de Hongrie, rappelait deux jours avant la réduction des taux opérée par la BNH que le sentiment d’euphorie alimenté par ces deux facteurs pouvait très bien se retourner à l’annonce d’un événement ou d’une situation imprévue. Un resserrement budgétaire, qui favoriserait la baisse des taux d’intérêt et améliorerait le déficit de la balance commerciale/courante, permettrait d’éviter ce risque.

Le marché des fromages dans les PECO

Une étude complète et détaillée publiée par le CFCE sur le marché des fromages dans les PECO* montre les profondes évolutions que ce secteur a connues au cours des années 90. Ces pays disposant d’un cheptel bovin important en amont, l’industrie fromagère a largement attiré les investissements étrangers qui l’ont restructurée.

 

  • La consommation dans la région est en croissance, mais elle reste très en deçà des niveaux européens. Dans l’UE15 elle s’élève à près de 19 Kg par habitant et par an (hors fromages fondus) et à 24 kg en France.

 

  • Dans les PECO, le niveau de consommation varie aujourd’hui entre 2 et 13 kg/hab/an, selon les pays. Les plus gros consommateurs sont la République Tch èque, la Lettonie, la Bulgarie, et la Pologne, et le plus faible la Roumanie. C’est en Hongrie qu’on note le taux de croissance de la consommation le plus important (+122% entre 1995 et 2000).
  • Les fromages blancs, plus ou moins égouttés, représentent plus de 50% de la consommation dans 5 pays (Estonie, Hongrie, Pologne, Lettonie et Roumanie), la R. tchèque et la Slovaquie étant les deux pays les plus amateurs de fromages fondus.

 

  • Trois pays, la Pologne, la Hongrie et la R. Tchèque ont plus particulièrement attiré les investissements, ce qui s’est traduit par une hausse sensible de leur production de fromages.

 

  • Ces investissements ont surtout été le fait de groupes laitiers européens, dont le fromage ne constitue parfois qu’une des activités. Nombreux sont les français avec, pour ne citer que les plus importants, Bongrain, Danone, Fromageries Bel ou encore Lactalis, mais aussi les allemands (Hochland, Meggle, Bayerische Milchindustrie …), aux côtés de quelques investisseurs néerlandais et américains.
  • La production (hors fondus) a augmenté dans tous les pays de la région depuis 1992 sauf en en Roumanie et en Bulgarie, avec une réduction de moitié pour cette dernière (56 000 tonnes en 2000). A l’inverse, elle a augmenté depuis cette date d’environ 50% en Slovaquie et en Pologne. En 2000, la production totale dans les PECO, hors Bulgarie et Roumanie, a atteint 787 000 tonnes, dont près de 400 000 pour la Pologne.

 

  • Du fait des investissements réalisés par les multinationales et des spécialisations sectorielles qui en découlent généralement, les PECO ont aujourd’hui davantage vocation à exporter qu’à importer. En 2000, les exportations cumulées de ces dix pays ont représenté 134 000 tonnes, contre 74 000 en 1995. Alors que côté importations, les volumes se sont élevés à 50 000 tonnes, soit une hausse de 30% en 5 ans. Mais surtout, la géographie des échanges a été bouleversée, avec deux traits marquants:

 

  • Le recul de l’Union Européenne, aujourd’hui déficitaire en volumes avec la région. D’un excédent d’environ 24 000 tonnes en 1995, les 15 ont affiché un déficit de 25 000 tonnes en 2000.
  • Une régionalisation du commerce, puisque des 50.000 tonnes importées en 2000, 48% proviennent des PECO eux-mêmes (et 10% de la CEI), la R. tchèque pesant à elle seule près de la moitié de l’ensemble. En termes d’exportations, le commerce intra-régional a représenté en moyenne 23% des débouchés, soit approximativement autant que l’UE, et même 50% pour la Pologne et la Slovaquie.

 

  • La France est le deuxième fournisseur de fromages des PECO, avec 17% de part de marché dans les exportations européennes en 2001, derrière l’Allemagne (51%). Comme les autres leaders européens du secteur, exceptée l’Italie, elle a vu ses exportations chuter, jusqu’à devenir déficitaire en 2001. La R. tchèque et la Pologne concentrent aujourd’hui plus de 60% de nos ventes, avec un déclin notable de la Roumanie dont le poids est passé de 33 à 8% entre 1995 et 2001, au bénéfice d’un approvisionnement régional.

La notation Coface des PECO

Que représente exactement la note attribuée par Coface?

La notation pays* mise au point par Coface mesure le niveau moyen de risque d’impayé présenté par les entreprises d’un pays sur les transactions commerciales payables à moins d’un an. Elle indique dans quelle mesure un engagement financier d’une entreprise est influencé par les perspectives économiques, financières et politiques de son pays.
Le niveau de risque est calculé à partir d’un modèle combinant l’expérience des paiements enregistrée par Coface et ses partenaires et l’appréciation de six types de risques : de pénurie de devises, de conjoncture, politique, de dévaluation brutale, de défaut de paiement de l’Etat, et de crise systémique du système bancaire.
De façon proche de celle des agences inter nationales de notation, les notes sont classées en 7 niveaux s’échelonnant de A1 à A4 pour les risques  » investissement  » et de B à D pour les risques  » spéculatif « . La notation Coface n’a toutefois pas le même objet que celle des agences qui évaluent la capacité et la volonté d’un émetteur souverain à rembourser sa dette.

Comment jugez-vous actuellement les PECO?

Les pays d’Europe centrale faisant partie de la prochaine vague d’élargissement en 2004 présentent globalement de bons risques. Ainsi, leurs notes @rating sont-elles toutes  » investissement « , s’échelonnant de A2 à A4, depuis le reclassement de la Slovaquie en A4 en janvier 2003. La Bulgarie et la Roumanie, dont l’intégration n’est prévue qu’en 2007, figurent parmi les meilleurs risques  » spéculatif « , obtenant la note B, la Roumanie ayant été reclassée dans cette catégorie en janvier dernier également. Dans le contexte actuel de ralentissement mondial, les pays de la zone font preuve de résistance, exceptée la Pologne. Et globalement, les indices de défaut de paiement se sont améliorés, demeurant toutefois supérieurs à ceux des entreprises ouest-européennes.

Sur quels risques les entreprises doivent-elles rester vigilantes?

Si l’élargissement apporte de nouvelles opportunités, les risques ne sont pas à négliger. Au plan micro économique, de nombreuses entreprises de création récente sont confrontées à un taux de défaillance élevé. Au plan macro économique, les déficits publics récurrents imposent des politiques économiques restrictives qui risquent de peser sur la croissance. Et l’appréciation de leurs monnaies s’accompagne, en plus des pressions exercées sur leur compétitivité, d’un risque de dévaluation brutale pouvant intervenir en cas de perte de confiance des marchés.  
La Pologne illustre aujourd’hui ces difficultés. La solvabilité des entreprises a été affectée par la contraction des débouchés tant sur le marché domestique qu’à l’exportation. Après avoir fait l’objet d’un déclassement en catégorie A4 en 2001, la note du pays a été placée sous surveillance négative en janvier 2002. Le redressement récent de l’activité et l’amélioration des paiements restent fragiles et fortement dépendants de la confirmation de la reprise économique. Et en dépit d’une baisse progressive, les interrogations persistent quant à l’évolution du zloty.

Pour plus d’information sur cette analyse (Revue Elargissement No. 39 – 17 Février 2003), les tableaux pertinents ou d’autres analyses, consultez le

site internet élargissement de la Direction des relations économiques extérieures (DREE).


 

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