Juncker a snobé la conseillère scientifique de la Commission

Anne Glover ne mâche pas ses mots et fustige la Commission Juncker. [Security & Defence Agenda/Flickr]

La nouvelle Commission Juncker a ignoré les demandes d’Anne Glover, qui voulait organiser une rencontre pour discuter de son poste de conseillère scientifique principale. 

Durant les six mois de transition entre les deux équipes, la professeure, engagée par la Commission Barroso en 2012, n’a pas reçu de réponse à ses demandes de rencontre.

« Ils ne voulaient pas entendre ce que j’avais à dire, ce qui avait fonctionné et ce qui n’avait pas fonctionné autour de mon poste », a expliqué Anne Glover dans l’émission Hardtalk de la BBC diffusée le 2 février. Pas de rencontre ni même de réponse de la part du nouvel exécutif ? « Non, absolument pas. »

Anne Glover, professeure de microbiologie à l’université d’Aberdeen, était la première à occuper la fonction de conseiller scientifique principal. La nouvelle Commission a toutefois jugé bon de supprimer ce poste.

Le poste de conseiller scientifique en chef avait été créé par José Manuel Barroso afin que la Commission puisse se reposer sur l’avis d’un expert indépendant sur la science, la technologie et l’innovation, généralement en lien avec les grandes propositions politiques soumises aux organes exécutifs de l’UE, suite aux demandes répétées pour développer les avis scientifiques et les politiques fondées sur des faits.

Anne Glover a expliqué à la BBC qu’elle n’avait pas eu envie de rester après le départ de l’ancien président de la Commission, José Manuel Barroso. Contrairement à ce qui a été rapporté, elle n’a pas été congédiée par la nouvelle Commission, mais a décidé elle-même de quitter Bruxelles.

« Je crois que j’aurais pu avoir une influence bien plus grande si plus de personnes avaient été ouvertes au potentiel de mon poste. La Commission aurait pu en sortir renforcée et plus transparente quant à la gestion du conseil scientifique dans l’élaboration des politiques », a-t-elle indiqué.

http://www.bbc.co.uk/programmes/p02j5nh3/player

Le 3 février, EURACTIV a demandé une réaction à la Commission. À l’heure de la publication de cet article, nous n’avions encore reçu aucune réponse.

La semaine dernière, le blog Heard in Europe d’EURACTIV avait indiqué l’intention d’Anne Glover de faire la lumière sur la fin mouvementée de sa carrière à la Commission.

Un poste controversé

Le 13 novembre dernier, Anne Glover avait confirmé que son poste avait « cessé d’exister ».

Suite au licenciement d’Anne Glover, Mina Andreeva, porte-parole de la Commission, avait déclaré que « le Président a[vait] foi en un conseil scientifique indépendant ». Elle avait néanmoins expliqué à EURACTIV que Jean-Claude Juncker « n’avait pas encore décidé de la façon dont le conseil scientifique indépendant serait institutionnalisé ».

En janvier, un eurodéputé avait affirmé que le vice-président de la Commission Frans Timmermans, avait déclaré que le poste de conseiller scientifique serait conservé, lors d’une réunion avec le groupe des conservateurs et réformistes européens.

>> Lire : Le poste de conseiller scientifique de l’UE pourrait être maintenu

À l’époque, un porte-parole de la Commission avait assuré à EURACTIV que la position de l’exécutif n’avait pas changée et que Frans Timmermans comptait bien protéger le rôle de la science au sein du processus de décision, mais qu’il ne savait pas encore sous quelle forme. Le porte-parole avait ajouté que Carlos Moedas, commissaire à la recherche, à la science et à l’innovation, étudiait la question.

Le lobby des patrons européen, BusinessEurope, a quant à lui plaidé en faveur du maintien du poste. Dans une lettre envoyée en mai à José Manuel Barroso, l’association mentionne les « mesures positives » ayant été accomplies sous la présidence sortante de la Commission pour encourager la prise en compte d’un « avis scientifique de grande qualité lors de l’élaboration de politiques, de lois ou de règlements ».

Le rôle d’Anne Glover à la Commission européenne a toutefois été fustigé par les défenseurs de la transparence qui ont appelé Jean-Claude Juncker à supprimer le poste.

« Le poste de conseiller scientifique en chef pose un problème fondamental, car il place trop d’influence entre les mains d’une seule personne », estimait l’Observatoire de l’Europe industrielle dans une lettre elle aussi adressée à Jean-Claude Juncker.

Lors du débat sur les OGM, Anne Glover a été accusée par les ONG de défendre des « opinions biaisées ».

>> Lire : Le poste de conseiller scientifique de la Commission sur la sellette

Lors d’un entretien pour Radio 4, de la BBC, la professeure s’était expliqué : « Je ne suis vraiment pas un défenseur des cultures génétiquement modifiées. Ce que je dis, c’est que, selon le consensus scientifique, la technologie utilisée pour créer des organismes génétiquement modifiés est sans danger. » Elle précisait aussi s’être prononcée parce que les activistes anti-OGM établissent leurs arguments sur l’idéologie, et non sur la science.

Anne Glover a accordé plusieurs entretiens à EURACTIV. Vous pouvez les retrouver ici, en anglais.

>> Lire : EU chief scientist: ‘It is unethical not to use GM technology’

>> Lire : Glover: EU chief scientist should stay in the shadows

>> Lire : EU twisting facts to fit political agenda, chief scientist says

Martin Pigeon, de l'Observatoire de l'Europe industrielle, a expliqué pourquoi il s'opposait à ce poste. « Ce poste nous posait un problème, et cela allait bien au-delà du débat sur les OGM. C'était le rêve des lobbyistes: une fonction associée à un pouvoir politique fort et très peu de ressources institutionnelles. Ce conseiller peut en outre contourner le système d'évaluation scientifique européen à sa guise. Quand nous nous sommes rendus compte que ce n'était plus une possibilité, mais qu'il avait été concrétisé, nous avons décidé d'essayer de faire quelque chose et avons envoyé une lettre au président de la Commission. »

« Ironiquement, le tapage des pro-OGM a donné une visibilité inédite à ce problème, ce qui a sûrement pesé dans la décision de Jean-Claude Juncker de supprimer le poste. Nous nous félicitons en tout cas que la question du conseil scientifique à l'UE fasse les gros titres, parce qu'il s'agit un problème d'une importance fondamentale, sur lequel nous travaillons depuis longtemps. »

La professeure Anne Glover a été désignée en décembre 2011 comme la conseillère scientifique en chef de José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne.

Biologiste de formation, elle est professeure de biologie cellulaire et moléculaire à l'université d'Aberdeen (Écosse). De 2006 à 2011, elle a occupé la fonction de conseillère scientifique en chef du Premier ministre écossais.

Sous l'impulsion donnée par Anne Glover, l'ancienne Commission avait mis sur pied un groupe consultatif spécial fournissant des informations et des conseils de manière indépendante sur toute une série de sujets scientifiques et technologiques.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.