L’éruption du volcan islandais sert de leçon en matière de prise de risque

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ÉDITION SPÉCIALE / Quand le volcan islandais Eyjafjallajökull est entré en éruption en 2010, les autorités aéronautiques de l’UE ne pouvaient que fermer une grande partie de l’espace aérien européen afin d’éviter que la cendre et la poussière n’obstruent les moteurs d’avion.

Même si cette décision a minimisé les risques d'accident d'avion, elle comportait de graves conséquences pour les secteurs de l'aviation et des voyages, ce qui a provoqué la plus grande congestion du trafic international depuis les attaques terroristes du 11 septembre 2001 à New York et à Washington.

 

Au cours des trois premiers jours de l’éruption (du 15 au 17 avril 2010), plus de 42 000 vols ont été annulés et 10 millions de voyageurs étaient finalement concernés. Un mois plus tard, une éruption du volcan islandais Grímsvötn causait des frayeurs même si elle a provoqué moins de dégâts.

 

L'UE évalue les risques de l’aviation

 

Dans le même temps, les compagnies aériennes et les autorités responsables de la sécurité aérienne pouvaient seulement s'inspirer d'incidents isolés précédents lorsque des panaches de cendres ont provoqué l'arrêt des moteurs d'avion en plein vol.

 

« La seule règle internationale concernant les volcans, en lettres majuscules, était ÉVITER, ÉVITER, ÉVITER… », a déclaré Dame Deidre Hutton, la présidente de l'autorité britannique de l'aviation civile au cours du Sommet européen sur les risques à Dublin mercredi (12 juin).

 

La Commission européenne a depuis lors instauré des procédures d'évaluation des risques et d'autres politiques afin de s'attaquer à la perturbation du trafic aérien, dont la création de la cellule européenne de coordination de l'aviation en cas de crise (CECAC). La Commission a également :

 

  • imposé aux compagnies aériennes de fournir des évaluations des risques à l'avenir et aux autorités nationales de sécurité de décider si le vol était sûr ;
  • organisé des exercices de simulation concernant les actions à entreprendre en présence d’un nuage de cendres ;
  • demandé d'accélérer l'intégration du contrôle de l'espace et du trafic aériens en Europe afin de trouver une réponse plus adaptée à la crise.

Eyjafjallajökull constitue un exemple extrême de la manière dont les organismes de contrôle appliquent le principe de précaution afin de garantir la sécurité de la population.

 

Prudence vs concurrence

 

Alors que certains acceptaient les restrictions, du moins au début, d'autres utilisations du principe de précaution en Europe étaient beaucoup plus controversées.

 

Les conflits de longue date sur les aliments génétiquement modifiés ont, par exemple, incité certains fabricants principaux d'OGM à réduire leur présence sur le marché de l'UE et à déplacer leurs travaux de recherche aux États-Unis.

 

D'autres sources de discordes sont : l'exploitation du gaz de schiste, en expansion en Amérique du Nord ; les appels du Parlement européen en faveur de règles plus strictes sur les substances chimiques qui, selon certains scientifiques, peuvent provoquer des problèmes hormonaux chez l'être humain ; et l'émergence du développement de technologies à l'échelle microscopique, ou nanotechnologie. 

 

« Nous devons veiller à ne pas nous réglementer et rater cette occasion », a expliqué le ministre irlandais de la recherche et de l'innovation, Sean Sherlock, au cours du Sommet sur les risques. D'autres orateurs se sont faits l’écho du ministre et ont fait référence à la capacité de l'Europe à concurrencer d'autres marchés moins réticents à prendre des risques.

 

La peur de décoller

 

Le secteur de l’aviation pourrait donner lieu à un compromis plus précis entre les risques et la réglementation. La perte d'un avion est immédiate alors que des années ou une pléthore de revues scientifiques seront nécessaires pour comprendre les conséquences de l'exposition aux substances dangereuses ou les risques potentiels de nouveaux produits et technologies.

 

Alors que l'éruption de l'Eyjafjallajökull ne cessait de semer le désordre au sein des compagnies aériennes, il devenait de plus en plus urgent de trouver une solution, car leurs pertes avoisinaient les 200 millions d'euros par jour. Au départ, les avions étaient redirigés autour du nuage de cendres vers des trajectoires de vol et des aéroports en Europe méridionale, une région moins affectée par ce phénomène.

 

Les organismes de contrôle, les compagnies aériennes et les fabricants de moteurs aéronautiques convenaient également que l'augmentation de la résistance des moteurs aux cendres, aux fragments de lave et à la poussière minimiserait les risques pour les passagers.

 

Lors des événements de 2010, les organismes de contrôle et l'industrie de l'aviation ont toutefois dû décider du niveau d'acceptabilité du risque.

 

« La question intéressante est la suivante : si cette situation s’était prolongée pendant plusieurs jours, quand la précaution rencontre-t-elle l'aspect pratique ? », s'est demandé Dame Hutton au cours du sommet. « L'économie perd des centaines de millions de livres sterling par jour et des millions de personnes sont bloquées. À un moment, l'évaluation fondée sur les risques change, tout comme l'analyse coût-bénéfice. »

 

« Je pense que [la crise relative au volcan] aurait très bien pu se poursuivre plus longtemps sans qu’un d’accord avec des fabricants de moteurs soit conclu et que des décisions difficiles auraient dû être prises. »

 

Lorsqu'on lui a demandé si les mêmes évaluations des risques appliquées à la sécurité aérienne changeraient les divergences récurrentes en matière d'évaluations en Europe, comme les doutes persistants sur les cultures OGM, Dame Hutton, une ancienne inspectrice de l’organisme britannique de contrôle de la sécurité alimentaire, a répondu qu'« il serait difficile de faire autrement » que d'autoriser les cultures OGM.

L'éruption d'un volcan en Islande a provoqué des perturbations massives le 15 avril 2010, car un nuage de cendres a paralysé le trafic aérien sur la plupart du territoire européen (EURACTIV 15/04/2010).

 

Bien que largement invisible à l'œil nu, ce nuage de cendres était constitué de particules de roche extrêmement fines, extrêmement dangereuses quand elles s'introduisent dans les moteurs d'avion. Les autorités aériennes avaient donc dû agir rapidement et avec fermeté.

 

Les vols ont repris petit à petit à partir du 20 avril 2010 en vertu d'un accord conclu par l'Union européenne pour libérer graduellement l'espace aérien (EURACTIV 20/04/10).

 

À la suite de l'éruption, les ministres européens des transports ont décidé d'établir des lignes directrices d'évaluation des risques pour les vols à travers les cendres volcaniques et d'harmoniser rapidement l'espace aérien européen.

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