L’UE présente d’« ambitieux » projets de politique étrangère au G8

Fuele Ashton.jpg

« Plus de fonds pour plus de réformes ». Telle est l'idée directrice du projet européen révélé par la Commission hier (25 mai) pour répondre aux aspirations démocratiques de l'Europe de l'Est et du monde arabe.

La Commission européenne a dévoilé une toute nouvelle stratégie de voisinage hier (25 mai), en proposant de réorganiser les relations de l’Union avec les pays situés à ses frontières orientales et méridionales.

Les projets ont été présentés par la haute représentante de la politique étrangère de l’UE, Catherine Ashton, ainsi que par Štefan Füle, le commissaire européen à l’élargissement et à la politique de voisinage, au nom des nouveaux services diplomatiques de l’UE (SEAE).

Le document de 20 pages, intitulé « Une stratégie nouvelle à l’égard d’un voisinage en mutation », sera présenté au sommet du G8 de Deauville aujourd’hui, où l’UE sera représentée par le président du Conseil, Herman Van Rompuy, et le président de la Commission, José Manuel Barroso.

Ce document reflète largement les idées développées récemment par le commissaire Štefan Füle dans un entretien de grande envergure accordé à EURACTIV en avril dernier.

Du point de vue financier, Mme Ashton et M. Füle ont expliqué que malgré la crise économique, en plus des 5,7 milliards d’euros alloués pour la période 2011-2013, un financement supplémentaire de 1,24 milliard d’euros sera versé à partir de ressources existantes, et sera désormais attribué à la politique de voisinage.

De plus, le Conseil européen a soutenu une proposition de Mme Ashton d’accroître d’1 milliard le montant des prêts en faveur du Sud de la Méditerranée sur la même période, par l’intermédiaire de la Banque européenne d’investissement (BEI).

La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a soutenu la demande de Mme Ashton d’étendre ses opérations au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, en commençant par l’Egypte. Le montant des prêts annuels devrait atteindre environ 2,5 milliards d’euros d’ici 2013.

« Avec une si grande partie de notre voisinage en plein changement démocratique, cette révision est plus importante que jamais. Il est vital que l’UE fasse une offre complète à ses voisins et bâtisse des partenariats durables avec son voisinage », a déclaré M. Füle.

Il a ajouté que la nouvelle approche de l’UE comprenait un degré bien plus élevé de différentiation.

« Ce n’est pas une approche uniforme. Le soutien accru à nos voisins est conditionnel. Il dépendra des progrès effectués pour la construction et la consolidation de la démocratie et du respect de l’Etat de droit. Plus un pays progressera dans ses réformes intérieures, et plus il le fera rapidement, plus l’UE lui accordera son soutien », a-t-il expliqué.

 « Dotation pour la démocratie »

La nouveauté majeure de cette stratégie est la plus grande proximité qu’elle propose avec les organisations non gouvernementales afin de créer un partenariat avec la société civile. Concrètement, l’UE fait état de sa promptitude à rendre son soutien plus accessible aux groupes représentatifs par l’intermédiaire d’un Mécanisme pour la société civile.

En outre, le texte propose une « dotation européenne pour la démocratie » vouée à soutenir les partis politiques, les ONG non enregistrées, les syndicats ainsi que d’autres partenaires sociaux. Ce nom fait penser à celui de la Dotation nationale pour la démocratie, une organisation américaine à but non lucratif financée par le Congrès, qui a aidé les sociétés civiles en Europe de l’Est avant et après la chute du mur de Berlin.

L’UE souhaite également promouvoir la liberté des médias en prônant un accès sans entrave à Internet pour les groupes de la société civile et l’utilisation des technologies de communication électronique.

Georgi Gotev

Article traduit de l'anglais par EURACTIV

Réactions

Un groupe d’éminents eurodéputés du PPE a choisi EURACTIV pour publier un « texte officieux » en réaction à la révision de la Politique européenne de voisinage.

Tout en acceptant la nécessité d’une politique européenne de voisinage « fondamentalement redessinée » à la lumière des révolutions arabes, les eurodéputés du Parti populaire européen souhaitent mettre l'accent sur les pays d’Europe de l’Est. Ils proposent de nombreuses mesures pour les partenaires de l’Est de l’Union, dont un financement accru, des accords complets de libre échange et la libéralisation des visas.

Ce document officieux a été préparé par les eurodéputés du PPE, Jacek Saryusz-Wolski (Pologne), György Schöpflin (Hongrie), Andrey Kovatchev (Bulgarie), Eduard Kukan (Slovaquie) et Traian Ungureanu (Roumanie). Ils sont tous coordinateurs des affaires étrangères ou dirigeants de leurs délégations nationales respectives.

Le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, a salué la communication de la Commission européenne sur la révision de la politique européenne de voisinage et a appelé à un partenariat plus étroit entre l’UE et ses voisins.

« Je salue la nouvelle approche de la Commission sur la politique européenne de voisinage. Je suis particulièrement satisfait des nouveaux outils annoncés aujourd’hui, tels que la Dotation européenne pour la démocratie, liée à des programmes européens déjà existants dans ce domaine. Il est essentiel de s'assurer que nos actions sont efficaces dans un environnement en perpétuel changement et interdépendant. C’est donc dans un esprit de solidarité que nous devons accompagner nos voisins de la Méditerranée du Sud et d’Europe de l’Est. Cela sera bénéfique pour nous tous », a affirmé M. Buzek.

Le groupe des Verts/ ALE a bien accueilli l' « orientation » des propositions de la Commission mais a souligné le fait que de nombreuses questions restaient en suspens. Commentant les propositions, la porte-parole des Verts sur les affaires étrangères, Franziska Brantner a déclaré :

« Cette révision représente une tentative bienvenue d'orienter la politique européenne de voisinage dans la bonne direction. […] « Cependant, de nombreuses questions restent clairement en suspens. La manière dont la différentiation proposée, la conditionnalité sur la démocratie et l’Etat de droit fonctionneront en pratique demeure incertaine, tout comme les critères qui seront utilisés, les personnes qui contrôleront la mise en place et ce qui se passera si les conditions ne sont pas remplies. La haute représentante, Catherine Ashton, et le commissaire Füle promettent « de plus en plus » (d’aides et de réformes) mais « de moins en moins » de soutien dans le cas où les régimes autoritaires tenteraient de revenir en arrière. L’UE doit en faire davantage pour promouvoir la justice sociale dans son voisinage », a affirmé Mme Brantner.

L’expert Vert pour les pays voisins d’Europe de l’Est, Werner Schulz,a ajouté :

« Le Partenariat oriental ne doit pas devenir une réflexion à posteriori de la politique européenne de voisinage. Dans le contexte de la fragile évolution démocratique, l’UE doit établir des priorités dans le soutien et le renforcement des structures de la société civile chez nos voisins d’Europe de l’Est. Cela implique de construire sur les structures existantes, telles que le forum de la société civile. Une question reste ouverte quant à savoir si un financement supplémentaire devrait également être utilisé pour la politique de voisinage orientale ».

Le groupe S&D de centre-gauche a salué ce qu’il a qualifié de « communication ambitieuse ».

Les vice-présidents S&D, Hannes Swoboda et Véronique De Keyser, ont déclaré :

« Cette communication est née à un moment unique. Le Printemps arabe ouvre de nouvelles perspectives dans nos relations avec nos voisins du Sud et présente une opportunité particulière pour exprimer notre solidarité et soutenir les aspirations des peuples dans les pays concernés. Il ne faut pas rater cette opportunité ».

[…] « Nous soutenons pleinement le concept de « plus de fonds pour plus de réformes » de la communication. Nous savons tous qu’une vraie réforme politique, économique et sociale est essentielle pour le développement et la stabilité de notre voisinage. Il est dans notre intérêt que nos voisins au Sud et à l'Est disposent d'un développement économique et démocratique sûr. Nous attendons désormais des Etats membres qu'ils se montrent dignes de leurs engagements ».

Contexte

La politique européenne de voisinage (PEV) a été développée en 2004, avec l'objectif d'éviter l'émergence de nouvelles fractures entre l'UE élargie et ses voisins.

Le cadre de la PEV est proposé aux 16 plus proches voisins de l'UE : l'Algérie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan, le Belarus, l'Egypte, la Géorgie, Israël, la Jordanie, le Liban, la Libye, la Moldavie, le Maroc, les Territoires palestiniens occupés, la Syrie, la Tunisie et l'Ukraine.

Apparemment mécontente du fonctionnement de la PEV, la France a lancé le 14 juillet 2008, lors de sa présidence de l'UE, l'Union pour la Méditerranée. Cette union, cependant, n'a clairement pas rempli ses objectifs étant donné la non-résolution des conflits au Moyen-Orient.

De la même façon, sur l'initiative de la Pologne et de la Suède, la présidence tchèque de l'UE a lancé en mai 2009 le Partenariat oriental, un projet qui englobe l'Ukraine, la Moldavie, le Belarus, la Géorgie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan.

Prochaines étapes

Plus d'information

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.