Première garde à vue pour un président de la Vième République

Un meeting de Nicolas Sarkozy. [Gaëtan Bruneteau/Flickr]

Nicolas Sarkozy est entendu pour soupçon de trafic d’influence. Le vice-président de sa campagne présidentielle 2012, Jérôme Lavrilleux, élu eurodéputé, obtient aujourd’hui son immunité parlementaire.

L’ancien président Nicolas Sarkozy a été placé en garde à vue mardi 1er juillet au matin dans les locaux de la police judiciaire de Nanterre (Hauts-de-Seine) dans le cadre d’une enquête sur un trafic d’influence présumé, a-t-on appris de source judiciaire.

Une mesure privative de liberté

Les gardes à vue de son avocat, Maitre Thierry Herzog, et deux avocats généraux de la Cour de cassation, Gilbert Azibert et Patrick Sassoust, entendus depuis lundi par les policiers, ont été prolongées de 24 heures, ajoute-t-on de même source.

Depuis la réforme de la garde à vue passée au printemps, les prolongations de garde à vue font l’objet de procédures plus compliquées.

L’ancien chef de l’État, qui a déjà été entendu dans l’affaire Bettencourt notamment, n’avait jamais été placé en garde à vue, une procédure qui correspond à une privation de liberté temporaire. Et qui est une première sous la Vième République. Si des proches de Jacques Chirac ont pu être placés en garde à vue,

L’indépendance de la justice française fait souvent question, notamment à Bruxelles. Le premier rapport anti-corruption de la Commission européenne s’est d’ailleurs penché sur le sujet. Il concluait que les politiques faisaient rarement l’objet de condamnations.

>>Lire aussi : L’UE tance la France sur la lutte anti-corruption

Le retour de l’affaire Bettencourt

Le président se serait renseigné sur les procédures judiciaires le concernant en utilisant son réseau, et notamment son avocat maitre Thierry Herzog. Il cherchait à avoir des informations sur une procédure pour abus de faiblesse aux dépens de la milliardaire Liliane Bettencourt. Laquelle aurait participé au financement du parti de l’UMP de façon illégale, c’est-à-dire en liquide. L’enquête n’a finalement pas pu prouver l’abus de faiblesse.

Ces soupçons sont apparus en marge d’une enquête sur des accusations de financement libyen de sa campagne électorale en 2007, poussant la justice à placer deux téléphones utilisés par l’ex-chef de l’État sur écoute les 3 et 19 septembre 2013.

Ces interceptions auraient révélé que Nicolas Sarkozy et son avocat étaient bien renseignés sur la procédure alors en cours à la Cour de cassation sur l’affaire des soupçons d’abus de faiblesse aux dépens de la milliardaire Liliane Bettencourt.

Les juges soupçonnent aussi Nicolas Sarkozy d’avoir cherché à faciliter une promotion à Monaco de Gilbert Azibert en échange de renseignements sur l’avancée du dossier.

Thierry Herzog a répondu que Gilbert Azibert était affecté à la chambre civile et qu’il n’était en aucun cas en position de faire pression sur le président de la chambre criminelle de la Cour de cassation et les dix magistrats qui la composent.

Mais les enquêteurs ont relevé que l’avocat général avait accès au service intranet de la haute juridiction et qu’il connaissait Patrick Sassoust, qui est membre de la chambre criminelle de la Cour de cassation et est bordelais comme lui.

Des méthodes de la Stasi selon Nicolas Sarkozy

Rompant le silence qu’il s’était imposé, Nicolas Sarkozy avait dénoncé fin mars dans une tribune au Figaro des méthodes dignes de la Stasi, la police politique de l’ex-RDA, et une « instrumentalisation de la justice » par l’exécutif socialiste.

Pour l’ancien président, la mise sur écoute de ses téléphones ordonnée par des juges revient à « fouler aux pieds les principes sacrés de la République »

L’ex-président est aussi au centre d’un scandale concernant le financement de sa deuxième campagne électorale, celle de 2012, pour laquelle un député européen Jérôme Lavrilleux a avoué avoir participé au maquillage des comptes. Il était le vice-président de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012.

La campagne avait couté 17 millions d’euros de plus que les 21 millions d’euros autorisés par la loi française, et la société d’évènementielle organisant la campagne, Bygmalion, avait visiblement mis en place un système de fausses factures à l’UMP pour dissimuler le fait que ses prestations se soient concentrées sur le candidat Sarkozy.

Le cas de Jérôme Lavrilleux divise la délégation UMP au Parlement européen, alors que l’UMP a entamé une procédure d’exclusion à son égard. Il est en revanche toujours membre du PPE.

>>Lire aussi : Le cas Lavrilleux pourrait faire perdre un membre au PPE

Et alors que son ancien employeur est en garde à vue, Jérôme Lavrilleux bénéficie, à compter d’aujourd’hui, d’une immunité parlementaire de député européen qui lui permet d’éviter toute convocation par la justice. Une immunité qui pourrait néanmoins être levée d’ici un an si le Parlement européen se penche sur le sujet.

 

L'ex président de la République Nicolas Sarkozy a déjà été mis en cause dans plusieurs affaires judiciaires tournant le plus souvent autour de la question du financement des campagnes politiques du RPR puis de l'UMP, et enfin de ses campagnes présidentielles. Après l'affaire Karachi, celle de financements potentiels en provenance de Libye, et l'affaire Bettencourt, la justice se penche sur un éventuel soupçon de trafic d'influence qui lui aurait permis d'avoir des informations privilégiées sur les affaires le concernant en cours.

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