Selon Gilles Savary, la politique des transports de l’UE est en train de perdre toute crédibilité

L’Union européenne est actuellement en passe de renoncer à son
grand objectif consistant à développer une politique des transports
durable : tel est l’amer constat dressé par le vice-président de la
commission des transports du Parlement européen, Gilles Savary,
dans un entretien accordé à EURACTIV.

« Tout ce qui est annoncé dans le Livre blanc, qui était un
remarquable diagnostic très courageux, est aujourd’hui démenti.
[…] La dynamique aujourd’hui est essentiellement routière » : le
vice-président de la commission des transports du Parlement
européen, le député socialiste français Gilles Savary, aurait
difficilement pu exprimer de façon plus claire la frustration que
lui inspire l’évolution actuelle de la politique européenne des
transports. Selon M. Savary, le Livre blanc de 2001, annoncé comme
un « grand virage », s’est en fait avéré être un simple « pétard
mouillé ».  

« Il y avait une grande espérance et un certain respect pour le
travail fait par la[Commissaire] Palacio », rappelle M. Savary,
avant de déplorer le fait que les intentions
politiques apparaissent aujourd’hui nettement moins
ambitieuses que par le passé. 

La proposition de Directive Eurovignette, visant à taxer
les poids lourds empruntant les autoroutes européennes
afin de financer le développement de modes de transport
propres tels que le rail ou le transport
fluvial, est actuellement bloquée au niveau du Conseil en
raison de désaccords entre Etats membres quant à la façon
dont devraient être utilisés les fonds
collectés.   

Telle qu’elle se présente aujourd’hui, après plusieurs mois de
négociations, la directive Eurovignette est, selon Gilles
Savary,  » […] d’abord un outil de taxation de la route qui
est fait pour financer la route. C’est ça sa philosophie
essentielle. Et très accessoirement, [c’est un instrument] pour
financer, sur les régions frontalières ou sensibles, les modes de
transports alternatifs ». Le député estime que si la Directive
Eurovignette devait être votée en l’état, la politique des
transports de l’Union subirait « une grande perte de
crédibilité ». 

Invité à livrer son opinion sur les premiers pas de Jacques
Barrot en tant que Commissaire aux transports, M. Savary
déclare avoir « le sentiment que M. Barrot lit ses notes, qu’il
n’est pas autonome. Il n’a pas aujourd’hui ouvert de perspectives
nouvelles par rapport au traitement des dossiers en cours.
Aujourd’hui, ce sont les services de la Commission qui sont à la
manœuvre plutôt que le Commissaire. ».

Interrogé sur le processus actuel de libéralisation du rail,
Gilles Savary se montre tout aussi désabusé : « J’ai l’impression
d’être totalement manipulé », déclare-t-il.

Selon Savary, la libéralisation entraînera notamment
la prise de contrôle des petites compagnies ferroviaires d’Europe
centrale par les géants que sont la Deutsche Bahn et la SNCF,
avec toutes les conséquences que ceci pourrait impliquer en termes
d’emploi. « Je n’accepte pas que la Commission nous force la main
avec des conséquences aussi lourdes. Tout en nous les cachant et
sans que l’on ait la moindre étude préalable », s’insurge le député.
 

Veuillez cliquer  ici pour lire l’entretien dans son intégralité.

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