Une variété de blé génétiquement modifiée et interdite rouvre le débat sur les OGM

Marco Contiero of Greenpeace.JPG

ÉDITION SPÉCIALE / La découverte récente d’une variété de blé génétiquement modifiée non autorisée dans une ferme américaine justifie l’action des groupes qui militent depuis longtemps pour l’interdiction des organismes génétiquement modifiés dans l’UE.

La Commission européenne analysera les importations de blé américain d'une variété de blé résistant aux herbicides mise au point par Monsanto, un chef de file mondial dans la biotechnologie agricole, mais jamais approuvée par les organismes de surveillance américains de l'alimentation.

 

Tout blé contaminé sera interdit, a déclaré l'exécutif européen.

 

Des organisations de défense de la santé et de l'environnement ont profité de la découverte d'une variété résistante au glyphosate pour demander des restrictions à l'échelle européenne et la fin de politiques qui accordent des marges de manœuvre aux gouvernements nationaux en vue d'autoriser la vente et la culture de récoltes génétiquement modifiées.

 

L'affaire pourrait avoir des implications bien au-delà du débat enflammé sur la culture biotechnologique et sur la sécurité alimentaire. Les cultures OGM seront aussi probablement un point de friction au cours des négociations sur les prochaines discussions commerciales entre l'UE et les États-Unis.

 

Les eurodéputés ont exprimé leur point de vue dans une résolution, adoptée le 23 mai, indiquant que l'UE ne devrait pas abandonner le principe de précaution dans sa réglementation des cultures génétiquement modifiées et du clonage animal pendant les négociations commerciales à venir.

 

« Il s'agit d'un autre exemple de la nécessité de disposer de réels systèmes de contrôle stricts, pas comme aux États-Unis », a déclaré Marco Contiero, le directeur de la politique agricole à Greenpeace Europe, à propos de l'affaire concernant le blé MON 71800.

 

Philip Miller, le vice-président des affaires réglementaires de Monsanto, a indiqué dans un communiqué que l'entreprise basée aux États-Unis collaborait avec le service d'inspection du ministère américain de l'agriculture, la Corée, le Japon, Taïwan et l'UE. Elle a ajouté qu'elle fournissait à la Commission européenne les informations nécessaires pour l'analyse du blé.

 

M. Contiero a accueilli favorablement la réponse de Monsanto qui ne cherche pas pour le moment à homologuer n'importe quelle semence génétiquement modifiée en Europe en raison de l’absence de demande et d'interdictions nationales sur son maïs MON 810.

 

Produits traditionnels

 

Monsanto continuera à se concentrer sur les produits traditionnels et à envoyer des semences biotechnologiques aux États membres de l'UE qui les autorisent, a déclaré Brandon Mitchener, un porte-parole de l'entreprise à Bruxelles. Ses principaux concurrents, dont les allemands BASF et Bayer ainsi que le suisse Syngenta, ont annoncé qu'ils envisageaient de se concentrer sur l'exploitation des OGM en dehors de l'Europe.

 

Marco Contiero a toutefois expliqué que les décisions des sociétés ne réduisaient ni les risques ni la nécessité d'avoir une réglementation plus stricte au sein de l'UE, même si Greenpeace ne s'est pas opposé à la recherche sur les OGM dans « des environnements industriels fermés ».

 

« Le simple fait que des entreprises prennent quelques décisions ne signifie pas qu'il ne faut plus durcir le système réglementaire actuel », a expliqué M. Contiero à EURACTIV.

 

« Des accords volontaires sont très temporaires par nature. Monsanto a lui-même déclaré que, dès que le marché y est plus favorable, il serait très heureux de vendre leurs produits dans d'autres pays », a-t-il indiqué.

 

L'Europe est beaucoup plus méfiante vis-à-vis des récoltes OGM que les États-Unis, qui ont approuvé la première semence de plante génétiquement modifiée il y a 19 ans. Selon Greenpeace et d'autres organisations de défense de l'environnement et de la santé, des études scientifiques doivent encore montrer que la modification génétique ne présente aucun risque pour les êtres humains et l'environnement et que la résistance accrue aux insectes et à la sécheresse des cultures biotechnologiques est prouvée.

 

Plusieurs États membres de l'UE, l'Allemagne, l'Autriche, la Bulgarie, la France, la Grèce, la Hongrie et le Luxembourg, interdisent la vente et la culture de récoltes OGM, même si des organisations de défense de l'environnement affirment qu'une interdiction à l'échelle de l'UE est nécessaire en vue d'éviter de mélanger des cultures traditionnelles et génétiquement modifiées.

 

L'affaire concernant les cultures de blé qui se déplacent présentes dans l'État de l’Oregon donnera probablement plus de poids à de tels arguments.

 

Aux États-Unis, plusieurs agriculteurs ont introduit des recours collectifs devant des cours fédérales contre Monsanto au motif que l'entreprise n'a pas pu empêcher la contamination du blé.

 

Un « sentiment de déjà vu »

 

Selon le groupe d'action britannique GM Freeze, l'affaire dans l'Oregon reflète la contamination en 2006 du riz long grain américain issu de la variété de riz expérimentale LL601 de Bayer.

 

« Il existe un véritable sentiment de déjà vu dans cette affaire à la suite de l'incident perturbateur très coûteux concernant le riz américain génétiquement modifié en 2006 », a expliqué Pete Riley, un militant de l'organisation GM Freeze.

 

« Les organismes de surveillance européens et britanniques doivent prendre bonne note de ce qu'il s'était passé dans l'Oregon », a-t-il ajouté dans un communiqué. « GM Freeze a précisé à plusieurs reprises qu'il est presque impossible que la coexistence entre les récoltes OGM et traditionnelles n'entraîne pas une contamination en raison des difficultés à maîtriser le pollen et les semences génétiquement modifiées et du fait que personne n'est à l'abri d'une erreur humaine.  Les entreprises biotechnologiques ont jusqu’à présent rejeté la responsabilité dans la contamination qu'elles provoquent. Les agriculteurs qui subissent des pertes économiques doivent donc aller devant la cour pour obtenir de l'aide. »

 

Les activités européennes relatives aux produits traditionnels et aux OGM représentaient près de 13 % du marché mondial de Mosanto en 2012, soit 1,3 milliard d'euros de ventes. La plus grande partie de ses activités dans le secteur des OGM se concentre en Espagne, au Portugal, en République tchèque, en Roumanie et en Slovaquie, des États moins réticents à l'agriculture biotechnologique.

 

Une baisse des ventes des OGM en Europe irait à l'encontre de la tendance présente dans le reste du monde.  Outre l'Amérique du Nord, l'Argentine, le Brésil, l'Inde ont rapidement adopté les cultures génétiquement modifiées afin de s'attaquer à la hausse croissante de la demande alimentaire et de la production de biocarburants. Selon des données de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), les cultures OGM sont à présent commercialisées dans 22 États et les semences génétiquement modifiées sont régies par un traité international ratifié par 161 pays, le protocole de Cartagena sur la prévention des risques biotechnologiques.

 

La FAO a également reconnu dans un rapport récent le potentiel des cultures OGM dans l'amélioration de la sécurité alimentaire au sein des pays en développement : « La biotechnologie promet de stimuler la productivité et donc d'augmenter des revenus ruraux de la même manière que la révolution verte dans de nombreuses régions d'Asie entre les années 1960 et 1980. »

 

Demande croissante en cultures OGM

 

Les pays en développement en Asie du Sud et en Afrique constituent les grands marchés en pleine croissance et le nombre d'hectares cultivés dans ces régions a été multiplié par sept en dix ans, passant de 10 millions en 2000 à 70 millions en 2010, selon des données de l'ONU.  Dans le même temps, la superficie des cultures dans les pays développés est passée de 30 millions à plus de 70 millions d'hectares.

 

Malgré les craintes des groupes d'action, le secteur a longtemps affirmé que les cultures génétiquement modifiées étaient sans danger pour les êtres humains et les écosystèmes. Il a ajouté que ces cultures avaient réussi des examens de sécurité réalisés par des organismes gouvernementaux de surveillance et des panels scientifiques, dont ceux qui fournissent des conseils à l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA).

 

L'Organisation mondiale de la santé, qui se fait l'écho des conclusions de l'EFSA, a déclaré que les aliments génétiquement modifiés existants « ont passé avec succès les évaluations et il est improbable qu’ils présentent le moindre risque pour la santé de l’homme ».

 

Les différents camps s'accusent souvent d'utiliser une science de mauvaise qualité en cas de débat sur les OGM. En octobre 2012, une étude française a découvert que des rats nourris avec des OGM NK603 (une variété de semence conçue pour tolérer l'aspersion du désherbant Roundup de Monsanto) ou abreuvés avec de l'eau mélangée à du Roundup à un niveau toléré aux États-Unis, sont décédés plus tôt que ceux nourris normalement.

 

L'étude de chercheurs de l'université de Caen, illustrée de photos de rats déformés et ballonnés, a tout de suite été remise en doute. La Commission européenne a demandé une révision de l'étude controversée et, neuf jours plus tard, l'EFSA a publié un rapport préliminaire indiquant que la recherche était « d'une qualité scientifique insuffisante ».

 

L'EFSA est souvent la cible de critiques. Des organisations de défense et des gouvernements de l'UE ont par exemple accusé l'agence de mettre de côté le principe de précaution et d'être trop proche de nombreuses entreprises qu'elle est censée évaluer.

 

En février 2012, un rapport rédigé par deux groupes de campagne, l'observatoire de l'Europe industrielle et Earth Open Source, révèle que l'agence se fondait à plusieurs reprises sur des scientifiques et sur des informations de l'industrie dans les évaluations des risques utilisées par les institutions européennes et les gouvernements nationaux.

 

« Les décisions de l'EFSA sur la sécurité alimentaire sont trop souvent fondées sur des sources scientifiques non indépendantes, sur des informations tirées d'entreprises » selon ce rapport intitulé « Conflicts on the menu ».

Un rapport récent du Service international pour l'acquisition d'applications agricoles biotechnologiques (ISAAA) a révélé que l'adoption des cultures OGM dans le monde a progressé de 6 % pour atteindre 170,3 millions d'hectares. Pour la première fois depuis 1996, les zones recouvertes de cultures génétiquement modifiées dans les pays en développement et émergents dépassent celles des pays industrialisés.

 

Selon le rapport publié en février, « la technologie de l'OGM apporte des résultats positifs pour plus de 17 millions d'agriculteurs dans le monde, en augmentant la productivité de la production alimentaire, les revenus des agriculteurs et en garantissant un approvisionnement alimentaire de manière durable », a déclaré Carel du Marchie Sarvaas, le directeur pour la biotechnologie agricole d'EuropaBio.

 

Le ministère américain de l'agriculture (USDA) a annoncé qu'il enquêtait sur des rapports relatifs à une variété génétiquement modifiée de blé interdite dans une exploitation de l'Oregon. « Nous prenons cette situation très au sérieux et avons lancé une enquête officielle », a indiqué Michael Firko, l'administrateur adjoint par intérim du service d'inspection des plantes du ministère, dans un communiqué le 29 mai. « Notre première priorité est de déterminer le plus rapidement possible les circonstances, l'ampleur et les origines de la situation.  Nous collaborons avec l'État, l'industrie et les partenaires commerciaux sur cette situation et nous nous engageons à fournir des informations sur nos conclusions au moment opportun. L'USDA mettra en place toutes les ressources nécessaires à l'enquête. »

 

Des représentants de Monsanto ont déclaré qu'ils collaboraient avec des organismes de surveillance dans l'UE, aux États-Unis et dans d'autres pays. Dans un communiqué, l'entreprise américaine a indiqué : « il n'existe aucun problème de sécurité relatif à l'alimentation, au fourrage ou à l'environnement » liés à la présence du blé.

 

« Nous voulons découvrir la vérité sur la détection présumée dans un champ dans l'Oregon », a affirmé Philip Miller, le vice-président des affaires règlementaires de Mosanto, dans un communiqué le 3 juin. « Nous sommes disposés à fournir toute assistance technique, car ce rapport inhabituel et actuellement inexpliqué soulève des questions importantes sur la situation et la cause de la présence. »

La Commission européenne a proposé en juillet 2010 de permettre aux États d'interdire des cultures, dans une tentative de débloquer la situation sur les cultures OGM. Seules quelques variétés ont en effet été autorisées en plus de 12 ans.

 

Cette proposition a toutefois fait l'objet d'amères divisions au sein du Conseil depuis lors. Des tentatives en vue de trouver un compromis n'ont pas engrangé de grands résultats.

 

À ce jour, sept pays de l'UE ont introduit des interdictions nationales « de précaution » sur la culture du maïs MON 810 de Monsanto qui résiste aux insectes :  l’Allemagne, l'Autriche, la Bulgarie, la France, la Grèce, la Hongrie et le Luxembourg.

 

Le 2 janvier 2013, le gouvernement polonais a annoncé des restrictions sur le MON 810 et la pomme de terre Amflora développée par le groupe allemand BASF.

 

En 2012, BASF Plant Science a annoncé qu'elle déplaçait ses activités de recherches biotechnologiques sur les plantes de l'Allemagne vers les États-Unis et qu'elle cesserait de développer des cultures OGM pour le marché européen.

  • 11-12 juin : Sommet européen sur les risques

Union européenne

Entreprises et industrie

ONG

Gouvernements et organisations internationales

Presse

Subscribe to our newsletters

Subscribe
Contribuer