OGM : « Madame Glover, vous avez tort ! »

DISCLAIMER: Toutes les opinions affichées dans cette colonne reflètent l'avis de l'auteur, pas celle d'EURACTIV.COM Ltd.

 
Une interview d'EURACTIV réalisée avec Anne Glover, le conseiller scientifique principal de la Commission européenne, sur les OGM a suscité une réaction de la part de l'eurodéputée française Corinne Lepage sur le site d'EURACTIV France. Mme Lepage argue que Mme Glover a tort d'affirmer que les OGM ne comportent pas plus de risques que les produits agricoles traditionnels. 

 

Corinne Lepage est une eurodéputée membre de l'ADLE (Citoyenneté Action Participation pour le 21ème siècle) et est rapporteur sur la proposition visant à autoriser les Etats membres à restreindre ou interdire les cultures OGM dans les Etats membres.

 

Madame Anne Glover, conseiller scientifique principal de la Commission, a affirmé, dans un entretien accordé à Euractiv le 24 juillet dernier, « qu’il n'existe aucun cas concret d'impact négatif sur la santé humaine et animale ou sur l'environnement. C'est une preuve assez convaincante. J'irai donc jusqu'à dire que les organismes génétiquement modifiés (OGM)  ne présentent pas plus de risques que les produits conventionnels ». Elle a ajouté que le principe de précaution n’était plus de rigueur.

Cette prise de position intervient dans un contexte particulier, marqué par plusieurs revers pour l’EFSA et la Commission dans leur gestion du dossier OGM. Ainsi, en décembre 2011, le Médiateur européen a demandé à l’EFSA de renforcer ses règles et ses procédures afin d'éviter d'éventuels conflits d'intérêts dans des cas de « portes tournantes » (Revolving doors).

Cette décision reconnaissait que l’agence avait failli lors du passage, en 2008, du chef de l'unité des OGM vers une société de biotechnologie.

En mai 2012, le Parlement européen a décidé de reporter la décharge budgétaire de cette agence, en particulier en raison d’une gestion des conflits d’intérêts jugée insatisfaisante dans le cas du panel OGM. Enfin, plusieurs Etats membres ont réitéré à la Commission les demandes déjà formulées lors du Conseil de décembre 2008 et visant à améliorer le fonctionnement de l’EFSA.

Preuves accablantes

L’affirmation de Madame Glover est purement et simplement inexacte. Elle est d’autant plus surprenante de la part de quelqu’un qui se plaint du manque de confiance des responsables politiques à l’égard des preuves scientifiques. La première exigence que l’on doit avoir à l’égard d’un scientifique, a fortiori lorsqu’on a la tâche de conseiller la Commission européenne, institution gestionnaire du risque, est de se soumettre à la réalité des preuves.

Or, s’agissant de l’impact sur l’environnement des OGM, les preuves sont accablantes et parfaitement concrètes. Non seulement la dissémination des OGM vers les plantes non OGM est avérée, mais les dégâts causés par les repousses, qui nécessitent le recours à des pesticides de plus en plus toxiques, sont devenus une réalité.

Les pertes de productivité qui en résultent, jointes à des semences qui ne donnent aucunement satisfaction, entraînent des catastrophes pour les agriculteurs. Ces effets pervers contribuent à ce que les agriculteurs, au  Burkina Faso par exemple, redonnent l’avantage aux cultures conventionnelles de coton, mais aussi au désespoir de nombre de paysans indiens, allant parfois jusqu’au suicide, incapables de payer les brevets faute de récoltes.

Ajoutons à cela les condamnations de la compagnie Monsanto aux Etats-Unis pour les dommages causés par certains OGM, ou la mutation de l’insecte la pyrale, mais aussi d’autres formes d’insectes auxquels s’attaquent les OGM pesticides. Dans ces conditions, affirmer l’absence de conséquences négatives concrètes des OGM sur l’environnement relève de la fiction.

Secret des études

S’agissant de la santé, la situation est beaucoup plus grave, mais, il est vrai, beaucoup plus délicate à prouver. Le fait est que les producteurs d’OGM ont oeuvré, depuis plusieurs années, pour imposer le secret sur les études faites sur des rats nourris pendant 90 jours avec des OGM, puis pour obtenir qu’elles ne soient plus exigées, et, surtout, pour empêcher les études indépendantes.

Pourtant, plusieurs contre-expertises ont révélé des effets des OGM sur le foie et les reins des animaux, leur formule sanguine et leur poids. Certes, le débat est ouvert sur le fait de savoir si les effets reconnus comme statistiquement significatifs, y compris par Monsento, puissent avoir -ou non- une signification pathologique.

Mais les propos de Madame Glover relèvent de la contre-vérité. En outre, comment dans le même temps plaider en faveur de la recherche et de la science, et ne pas oeuvrer pour que les études sur l’impact potentiellement négatif des OGM sur la santé, réclamées par le Conseil en décembre 2008, soient enfin mis en oeuvre ?

Lourde responsabilité

C’est donc une bien lourde responsabilité personnelle que vient de prendre Madame Glover, allant jusqu’à soutenir que le principe de précaution n’avait plus lieu d’être. Si dans les années à venir, des preuves de la toxicité des OGM étaient clairement apportées, les citoyens européens seraient fondés à lui demander des explications.

L’avenir le dira. Mais en attendant, une prise de position aussi caricaturale n’est conforme ni à la science, qui progresse par le doute et la recherche, ni à ce que les citoyens européens attendent des institutions européennes, en lesquelles ils doivent avoir confiance pour protéger leur santé et leur environnement, ni à l’intérêt de l’Europe.

Corinne Lepage, députée européenne (ADLE), rapporteur du Parlement européen sur la proposition d’autoriser les États membres de restreindre ou d’interdire la culture d'OGM sur leur territoire.

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