Plaidoyer pour un accès à l’espace indépendant

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Franck Proust

La concurrence s’accroit pour l’accès à l’espace et le lancement de satellites. Pour rester dans la course, les européens devraient unir leur forces selon Franck Proust.

Eurodéputé, membre du Parti populaire européen, Franck Proust est vice-président de l’intergroupe « Ciel et Espace » au Parlement européen.

Un bouleversement

Le modèle traditionnel d’accès à l’espace né de la guerre froide, où seules deux ou trois grandes puissances se partageaient les étoiles, est révolu. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère, où tous les grands acteurs économiques (États et entreprises) peuvent prétendre envoyer des satellites. La « guerre des étoiles » n’est plus limitée à la conquête du ciel par l’homme et la science, elle est devenue technique et commerciale. La concurrence est devenue de plus en plus rude, et ébranle ainsi les anciens schémas. Les puissances historiques doivent se réinventer pour maintenir leur statut et leur indépendance d’accès à l’espace.

L’indépendance d’accès à l’espace

Avoir un accès indépendant à l’espace est l’unique voie pour sécuriser notre chaine d’approvisionnement et maitriser les toutes dernières technologies, ainsi que les technologies sensibles. La plupart des nouvelles technologies utiles à notre quotidien ont besoin à un moment ou à un autre d’un signal spatial. C’est une question civile comme militaire.

Aussi, se battre pour maintenir notre indépendance d’accès à l’espace, c’est se battre pour les 320 000 emplois et les 6 % du PIB qui dépendent de l’industrie spatiale. Un pays qui n’a pas de pas de tir demeure dépendant des puissances étrangères, car les bases de lancement sont largement gérées en propre par les gouvernements. Ce pays ne maitrise pas tous les chainons de son économie. Par conséquent, un accès indépendant à l’espace est aussi une question de souveraineté.

Voilà le défi majeur à très court terme.

Des atouts et des handicaps

L’Europe saura-t-elle répondre à tous ces bouleversements et maintenir coute que coute son accès à l’espace ? Pour moi, la réponse est clairement oui, mais encore faut-il faire s’en donner les moyens.

Nous avons d’excellents atouts que les autres nous envient : une très forte productivité, une excellence industrielle, l’une des meilleures fiabilités de tirs au monde (Ariane 5). Au final, un rapport qualité/prix assez positif que le monde entier nous reconnait.

Mais il nous manque encore certaines qualités.

D’abord, c’est une question de taille, de masse critique qui nous fait défaut. Notre industrie est 5 à 10 fois plus petite que celles des autres puissances. Nous sommes encore obligés de nous procurer certaines technologies sensibles à l’étranger : notre indépendance industrielle n’est pas totale.

Ensuite viennent nos lacunes quant à culture du risque. Contrairement aux États-Unis ou à la Chine, notre industrie spatiale n’a que peu intégré la culture du risque, à tort ou à raison d’ailleurs. Mais force est de constater que nous avons un cran de retard sur la recherche scientifique. Quand SpaceX réussit la prouesse de ramener sur terre un lanceur, nous n’avons pas d’innovation équivalente à mettre en face. Même si nous avons fait le choix de moderniser notre catalogue avec l’excellent programme Ariane 6, nous devons tout de même lancer en parallèle une politique de recherche sur les lanceurs européens du futur.

Enfin, la place très discrète des autorités publiques européennes. Le marché mondial est largement dominé par la commande publique. Ce sont les gouvernements qui impulsent et incitent le développement industriel spatial. Actuellement, les investissements publics dans la recherche et les le commandes institutionnelles sont trop faibles. De même, certains gouvernements européens n’appliquent pas de préférence européenne dans leurs commandes. Cela devrait pourtant être la base de toute politique publique. Préférer du matériel étranger lancé depuis l’étranger par des lanceurs étrangers alors que nous avons tout cela chez nous, c’est clairement affaiblir notre industrie, et par ricochets notre croissance. Je ne suis pas persuadé que les citoyens soient d’accord avec l’ouverture des frontières là où les autres pays nous les ferment : sur le marché institutionnel.

Appel à un sursaut politique

Je lance un appel solennel à un sursaut politique en faveur du spatial. Si nous souhaitons conserver notre indépendance d’accès à l’espace, il est temps de réveiller notre fibre européenne, de renouer avec l’Europe des grands projets. À la Commission, au Parlement, dans nos entreprises, dans nos agences, dans les gouvernements, nous avons des femmes et des hommes de volonté qui ont une vision claire, stratégique et politique pour le spatial. Travaillons ensemble pour que continuent à briller les douze étoiles du drapeau européen !

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