Gilles de Kerchove : « l’État islamique continue de recruter dans l’UE »

Gilles de Kerchove. [Security & Defence Agenda/Flickr]

L’État islamique (EI) représente toujours une menace pour l’Union européenne, où il continue de recruter des jeunes Européens, mais rien ne permet de dire qu’il utilise les filières de migration pour infiltrer des terroristes, selon le coordinateur de l’UE pour l’antiterrorisme.

Gilles de Kerchove est le coordinateur de l’UE pour l’antiterrorisme. Il a également fait partie du gouvernement belge et a été Directeur de la section Justice et Affaires intérieures (JAI) au Secrétariat général du Conseil de l’Union européenne de 1995 à 2007.

Le groupe État islamique vient de subir une série de revers militaires en Syrie. Constitue-t-il toujours une menace pour l’Europe ?

Daesh [État islamique] est très résilient malgré les revers. Il continue d’attirer. Il y a encore des jeunes Européens qui partent. Ils sont de plus en plus jeunes et il y a beaucoup plus de femmes. L’Union européenne est mobilisée et les attentats de Paris ont augmenté cette mobilisation, mais cela n’a pas changé les choses. Il faut continuer les efforts car la menace reste sérieuse.

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Combien d’Européens ont rallié le jihad en Syrie ?

4 000 selon nos données

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Une crainte est que le groupe se serve des filières migratoires pour infiltrer des terroristes en Europe ?

Daesh est impliqué dans les filières, mais comme sources de financement. Le trafic est très lucratif. Mais nous n’avons aucun renseignement pour dire que des terroristes utilisent ces filières. Il ne faut pas faire l’amalgame, car c’est dangereux. Les demandeurs d’asile sont des personnes persécutées, les immigrants illégaux viennent parce qu’ils veulent une vie meilleure. Ils ne sont pas des terroristes, ils ne sont pas des criminels. C’est explosif de mélanger les trois, surtout quand on n’a pas de preuve.

D’où vient alors la menace pour l’Europe ?

Elle vient des combattants européens qui ont un passeport et qui n’ont pas été identifiés, mais aussi des résidents en Europe qui se sont radicalisés sur l’internet et de ceux qui sont revenus et qui, considérés comme inoffensifs, basculent dans la violence. Pour cette raison il faut développer des programmes de déradicalisation.

Comment l’UE peut-elle prévenir les recrutements pour la Syrie et les retours de potentiels terroristes ?

L’un des moyens est le renforcement des contrôles des ressortissants de l’UE aux frontières extérieures. L’article 7 du code des frontières de Schengen permet des contrôles systématiques sur la base d’indicateurs des risques communs. Ces indicateurs ont été définis et approuvés, mais ils sont confidentiels et doivent le rester. Daesh met en ligne des conseils destinés aux candidats au jihad. Schengen est la solution, pas le problème.

L’UE s’est dotée d’un plan d’action pour lutter contre la radicalisation. Où en est-on de sa mise en œuvre ?

Nous avons assez bien anticipé la menace. J’ai soulevé le problème des combattants étrangers en janvier 2013 dans une analyse sur les conséquences des printemps arabes pour la sécurité de l’UE et un paquet de mesures a été adopté en juin 2013. Mais il faut garder le rythme. Il y a encore beaucoup à faire, notamment avec l’internet. Les États attendent une implication forte de l’Union européenne face aux géants de l’internet pour enlever les sites illégaux, assurer un contrôle et développer un contre-discours pour empêcher les recrutements.

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