L’Europe défend sa politique internationale face au printemps arabe

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L'Europe devrait être fière de ses succès diplomatiques dans le monde arabe, explique Pierre Vimont, le secrétaire général du Service européen pour l'action extérieure (SEAE), à EURACTIV.

L'Europe à l'international est souvent décriée. Le secrétaire de son Service européen pour l'action extérieure, une sorte de petit ministère des affaires étrangères, défend son bilan après le printemps arabe.

« Chaque situation doit être examinée en tant que telle. Dans chaque cas, nous avons essayé de faire tout ce que nous pouvions » rappelle M. Vimont.

« Les gens affirment que l'Europe est absente en Égypte, et c'est frustrant de temps en temps », a-t-il ajouté. « L'Égypte est l'exemple parfait [du pays dans lequel] l'Europe est en fait clairement engagée. Mais nous sommes aussi engagés ailleurs. Prenez la Tunisie, par exemple, nous y discutons de l'impasse politique actuelle avec chaque partie prenante. »

La faible réponse de l'UE aux révolutions dans le monde arabe et son affirmation difficile face à conflits internationaux ont été largement critiquées.

« Nous essayons d'être aussi actifs que possible », tempère le secrétaire général.

Jouer son rôle en Syrie

M. Vimont a ajouté que l'Europe faisait tout ce qu'elle pouvait dans le conflit actuel en Syrie. « L'UE joue son rôle […] et a répondu à tous les appels d'aide de l'ONU. Je ne dis pas que nos actions vont résoudre la crise, ce n'est certainement pas le cas. »

« La Syrie est un exemple de l'échec de toute la communauté internationale, à première vue. Les États-Unis ont fait pression sur la Syrie, [ce qui] était une bonne chose. L'Europe n'était pas présente lors de cette initiative, mais nous sommes aussi utiles que possible depuis lors. »

Le secrétaire général du SEAE a participé à une table ronde, organisée par Les Amis de l'Europe, sur l'état de l'Union et son influence mondiale.

Les participants se sont demandé si l'Europe produisait toujours l'impact souhaité, comme puissance douce ou intelligente, étant donné que le continent est victime d'une crise économique. « Vous êtes aussi fort que vous êtes riche », a déclaré Krzysztof Szczerski, un ancien vice-ministre polonais des affaires étrangères.

Selon le prix Nobel de l'économie Christopher Pissarides, une sortie de la crise avec une politique monétaire et économique européenne plus robuste stimulerait l'influence mondiale du Vieux Continent. « Nous avons besoin d'une Union qui restaurera la confiance. Sans cela, nous n'exercerons pas d'influence sur le reste du monde », a-t-il ajouté.

Le secrétaire général du SEAE a toutefois expliqué à EURACTIV que les problèmes économiques de l'Europe n'avaient pas ralenti les travaux du service. « Nos partenaires bilatéraux ainsi que les organes internationaux et multilatéraux sont tous venus frappés à la porte de l'Europe pour demander de l'aide. Je n'ai pas ressenti les conséquences de la crise. »

Plus de puissance

Le débat sur le cadre réglementaire européen en matière de sécurité et sur la puissance mondiale devrait s'intensifier en amont du sommet de l'UE. Les 19 et 20 décembre, les chefs d'État et de gouvernement de l'Union se réuniront à Bruxelles pour discuter de la politique de sécurité et de défense.

Le directeur de Carnegie Europe, Jan Techau, a écrit dans un billet d'opinion que les décideurs politiques avaient « compris que sortir de ce sommet très important les mains vides serait extrêmement gênant, voire complètement catastrophique. »

« Personne ne s'attend à beaucoup [de choses], mais tout le monde sait qu'une mesure substantielle doit voir le jour », a-t-il écrit.

Le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, et d'autres ont affirmé que l'UE devait coopérer davantage dans le domaine de la défense : mettre en commun des ressources militaires, renforcer la puissance forte de l'UE et mieux coopérer sur la scène internationale.

L'imposition d'une seule stratégie politique n'est peut-être pas la solution, a expliqué à EURACTIV Kalypso Nicolaïdi, professeure de relations internationales à l'université d'Oxford. « Le problème avec l'Europe, c'est qu'elle prétend toujours parler d'une seule voix, ou tente de le faire […] Et ensuite, elle échoue.  En faisant cela, elle ne parvient pas non plus à orchestrer ses différentes voix. Nous passons notre temps à travailler sur notre propre voix et nous oublions d'associer les autres. »

« Nous devrions plutôt nous demander si dans certaines situations, lorsque nos intérêts divergent, il ne serait pas possible de diviser le travail ou d'avoir des rôles différents au sein de l'ONU. Cette méthode subtile pourrait mieux fonctionner pour l'Europe », a-t-elle indiqué.

Lancé officiellement le 1er décembre 2010, le Service européen pour l'action extérieure fêtera bientôt ses trois ans. Fin de l'année prochaine, la haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Catherine Ashton, se démettra de ses fonctions. 

La France et le Royaume-Uni ont lancé la politique européenne de sécurité et de défense en signant la Déclaration de Saint-Malo il y a plus de dix ans.

La Commission européenne a tenté de relancer la coopération en 2007 avec une communication sur la promotion d'une industrie européenne de la défense plus concurrentielle.

L'exécutif européen a créé une Task Force sur les industries de la défense et des marchés. Il a souligné que plus de 1 350 petites et moyennes entreprises (PME) sont présentes dans ce secteur. Il a renouvelé sa tentative en juillet 2013 avec une communication de suivi sur la politique industrielle et la défense.

  • 19-20 déc. : sommet du Conseil européen sur la défense

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