Triomphe de la démocratie, ou perte de crédibilité de l’UE ?

barroso_team.jpg

Confronté à l’éventualité
d’une issue négative lors du vote organisé
au Parlement, Barroso a préféré retirer
son équipe de Commissaires à la dernière
minute. Il doit maintenant entamer une tournée des
capitales européennes avant de procéder à
la formation d’un nouveau collège. 

Dans un entretien accordé au quotidien
italien 
La Republicca


José Manuel

 
Barroso

 souligne que "tout ceci n'est pas un match
de football. Ce n'est pas la victoire
d'une institution sur une autre. En agissant de cette
façon, nous nous renforçons
mutuellement".

Le Commissaire désigné au commerce, le
Britannique Peter Mandelson

, s'est dit convaincu que la nouvelle Commission
sortirait renforcée de ce premier accroc subi
face au Parlement : "M. Barroso a pris la
bonne décision. Il vaut mieux obtenir un
soutien aussi large que possible pour le
nouveau Collège, plutôt que de chercher
à passer en force à un moment où
les nerfs sont à vif des deux
côtés.  

Dans une déclaration officielle, la 
présidence néerlandaise 

a indiqué que, en étroite coopération avec
 

Barroso et les Etats membres, elle étudierait
les étapes susceptibles d'entraîner le
ralliement du Parlement. 

Robert Fitzhenry, porte-parole du
groupe PPE-DE

, a déclaré que son groupe voulait une
Commission forte, dirigée par un président
fort, et refusait tout scénario dans lequel un
Commissaire en particulier serait amené à jouer
le rôle de bouc émissaire. Relevant que
László Kóvacs avait été
l'objet de l'évaluation la moins
favorable, M. Fitzhenry a souligné que,
"si un changement de portefeuilles ou de
Commissaires devait avoir lieu, ce remaniement devrait
respecter la logique des lettres rédigées
par les commissions du Parlement après les
auditions."  

S'adressant à l'AFP, 
François
Hollande, secrétaire-général du parti
socialiste français,

a estimé que le retrait de la Commission était
"une victoire du Parlement européen et une
preuve que la démocratie à l'échelle
de l'Europe s'installe enfin".
"Les institutions européennes en sortent
renforcées", s'est félicité M.
Hollande, "le Parlement a joué tout son
rôle et la responsabilité politique a pu
être mise en œuvre" ; M. Barroso,
"désigné par les chefs d'Etat et de
gouvernement", a été contraint "de se
soumettre à la majorité du Parlement
européen". 

Graham Watson

(Liberal démocrate, GB), chef de file de l'
Alliance des Démocrates et des
Libéraux pour l'Europe (ADLE)

 au sein du Parlement européen, a
salué le retrait de la Commission Barroso.
"Aujourd'hui cette maison implantée sur les
rives du Rhin a acquis une nouvelle stature. Mise à
l'épreuve, sa volonté a finalement
prévalu (...) Nous demandions que notre jugement,
soigneusement pesé, soit traité avec respect. A
chaque étape ce jugement a suscité des doutes,
de la méfiance, et a finalement été mis
à l'épreuve. Mis à l'épreuve
au point de rendre possible une véritable crise
politique".  

Les co-présidents du groupe des 
Verts/ALE, Daniel Cohn-Bendit et Monica
Frassoni

, ont déclaré: "la reculade de
Barroso témoigne de l'autonomie du Parlement par
rapport aux gouvernements nationaux et d'un sentiment
d'une plus grande confiance en soi du Parlement, au
delà des clivages des familles politiques. Ainsi, ce
qui s'est produit aujourd'hui devrait servir de
leçon non seulement au nouveau Président de la
Commission, mais également aux gouvernements de
l'UE. Ils ne pourront plus se défaire des
individus inadéquats ou incompétents en les
envoyant à Bruxelles en comptant sur le soutien des
collègues de leur parti pour les y installer. Nous
avons besoin de commissaires forts et compétents,
non de personnes parachutées par leur gouvernement
national". 

Marco Incerti, chercheur au

 
CEPS

 (un centre de recherche basé à Bruxelles)
relève que le report du vote constitue un
succès pour le Parlement, Barroso ayant
été contraint de faire marche arrière
à l'ultime seconde pour préserver sa
crédibilité. "Au cours des dernières
semaines, la Commission a été vue comme une
institution faible, prise en tenaille entre les
Etats membres, qui conservent leur soutien à
leurs candidats, et le Parlement, qui menace de
rejeter l'ensemble de la Commission si
Buttiglione n'est pas remplacé", ajoute M.
Incerti. Selon lui, ces derniers développements
auront des conséquences sur l'équilibre des
forces au sein du Parlement : "les socialistes sont
restés cohérents, et ont prouvé qu'ils
demeuraient indépendants vis-à-vis des Etats
membres. Ils se sont comportés en véritable
parti politique européen. Le PPE-DE, qui a
soutenu la nomination de Buttiglione, aurait
souhaité aller à l'épreuve de
force pour montrer qui, des socialistes ou de lui,
est vraiment le plus fort. Concernant le nouveau groupe
formé par les libéraux, M. Incerti estime que
celui-ci a fait étalage de sa disparité et de
ses divisions, perdant de sa
crédibilité en raison du refus de nombreux
députés de se ranger derrière leur
chef de file Graham Watson. 

 

La décision de Barroso de retirer son équipe
de Commissaires a provoqué une série de
réactions émanant de différents acteurs
des affaires européennes. 


  • Barroso doit rencontrer les
    chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE le
    29 octobre à Rome, lors de la
    cérémonie officielle de signature de la
    nouvelle Constitution européenne.


  • La Commission Prodi assurera
    l'intérim jusqu'à ce que le
    nouveau Collège obtienne
    l'approbation du Parlement.


  • La composition de la
    Commission Barroso est, de facto, un nouveau
    sujet venant s'ajouter à ceux
    déjà inscrits à l'ordre du
    jour du Conseil européen des 4 et 5 novembre
    prochains.   


  • Barroso devrait présenter
    sa nouvelle équipe au plus tôt lors de la
    prochaine séance plénière du
    Parlement, le 16 novembre prochain (un vote ayant
    lieu le lendemain).

Inscrivez-vous à notre newsletter

S'inscrire