Lutte contre le terrorisme : le rôle des villes

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Guilherme Pinto

Guilherme Pinto, maire de Matosinhos (Portugal) et président du Forum européen pour la sécurité urbaine, explique ici pourquoi son organisation s’engage auprès des villes pour lutter contre la radicalisation et le terrorisme.

Créé en 1987 sous les auspices du Conseil de l’Europe, le Forum européen pour la sécurité urbaine (Efus, selon le sigle en anglais) est la seule organisation européenne non gouvernementale de collectivités territoriales consacrée à la sécurité urbaine. Rassemblant 250 villes et régions de 16 pays, ce réseau a pour objectifs de renforcer les politiques de prévention de la criminalité et de promouvoir le rôle du niveau local auprès des institutions nationales et européennes.

Les villes sont, peut-être, les entités les plus importantes pour l’avenir de l’Humanité. A une époque où les Etats sont presque engloutis par des entités supranationales, notamment en ce qui concerne les questions de justice et d’économie, les villes, comme au début de la Civilisation humaine, ont un rôle primordial à jouer pour satisfaire les besoins des citoyens et favoriser la construction de la citoyenneté. Les villes inspirent une confiance politique forte entre les citoyens et les élus. Elles constituent un point de référence, là où les autres institutions ont failli.

Les États et les entités supranationales auront toujours un rôle capital dans la lutte contre le terrorisme, mais nous savons aussi que, comme face aux autres problèmes de violence, la meilleure réponse à l’extrémisme passe par la mise en place de politiques de prévention au niveau local.

Les terroristes d’aujourd’hui ne viennent pas de l’extérieur comme auparavant. Ce sont les compagnons que nous avons connus à l’école ou dans le quartier de notre ville. Ce sont des individus qui font partie de notre communauté et qui, à un moment donné, décident de s’exprimer de façon extrême.

Nous vivons, comme le dit Gilles Lipovetsky, dans une société où les appels constants à la satisfaction individuelle peuvent frustrer les attentes personnelles. L´hédonisme a perdu son style triomphal et il y a une grande insatisfaction chez chacun d’entre nous. La réponse à ces sentiments semble passer, pour certains, par une adhésion à des environnements extrêmes à travers lesquels ils cherchent à affirmer leurs espoirs et leur personnalité. Malheureusement, certains de leurs choix vont vers ces nouvelles expériences extrémistes proposées par différents groupes radicaux.

La meilleure réponse à ces problèmes doit être l’implication civique des individus. Il faut leur fournir des objectifs positifs à poursuivre et des moyens adéquats pour s’intégrer à la communauté. Comme pour n’importe quel autre sujet d’ordre social, le chemin n’est pas aisé, nous nous tromperons certainement parfois, mais nous apprendrons les uns des autres. Mais il faut avant tout que cela soit une direction partagée par les villes.

Dans ces moments de difficultés économiques croissantes, nous devons savoir où dépenser le peu d’argent disponible et définir soigneusement nos objectifs. Il commence à apparaître clairement que, en matière de délinquance, les politiques de prévention sont plus efficaces et moins coûteuses. Afin de lutter contre ces phénomènes, il est indispensable d’agir de manière préventive. Il s’agit à la fois pour les villes de répondre à la problématique spécifique des individus radicalisés et violents, tout en inscrivant la stratégie de prévention de la radicalisation dans une politique locale intégrée.

Face au caractère mondial de la radicalisation, une réponse concertée et coordonnée entre villes européennes est indispensable. La lutte contre la radicalisation doit s’inscrire dans une stratégie de prévention globale et européenne. C’est pourquoi le travail des villes en réseau est capital. Il représente la meilleure façon de partager les connaissances et les expériences, de trouver les bonnes trajectoires, de découvrir les meilleures pratiques et de les adopter.

Les 250 autorités locales et régionales qui constituent le Forum européen pour la sécurité urbaine, que je préside, ont pour but de renforcer les politiques de prévention de la criminalité et de promouvoir le rôle des élus locaux dans la conception et la mise en œuvre des politiques nationales et européennes.

Ces villes et régions sont depuis longtemps impliquées dans la lutte contre toute atteinte à la sécurité de leurs habitants. Une lutte fondée sur la promotion d’un système social respectueux des droits des citoyens, particulièrement les plus faibles, et ainsi que sur le respect de la diversité. Il incombe à chaque ville de combattre les situations d’exclusion, les divergences entre les cultures et les religions et toute forme d’injustice.

Naturellement, le Forum européen pour la sécurité urbaine est engagé depuis des années dans la prévention de la radicalisation et du terrorisme. Avec un nombre significatif de ses membres mobilisés sur le thème, l’Efus a développé l’idée d’un réseau de villes européennes contre la radicalisation, considérant que l’application de la loi n’est pas suffisante.

L’Efus se propose de soutenir les autorités locales dans la définition et la mise en place de stratégies locales pour prévenir la radicalisation, notamment en organisant l’échange d’expériences et de pratiques entre villes européennes.

Les villes sont le futur de la citoyenneté, c’est pourquoi elles doivent travailler ensemble et être accompagnées pour faire face à ce nouveau défi.

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