La Covid-19 a été un « accélérateur » dans la politique de la ville, selon le maire du 18ème arrondissement de Paris

Terrasses des restaurants de la Place du Tertre à la Butte Montmartre, dans le 18ème arrondissement de Paris. [Daboost/Shutterstock]

La crise sanitaire n’a pas profondément transformé nos quartiers, mais a mis en lumière certaines tendances déjà présentes dans notre façon d’occuper la ville. Mais cette accélération, et les défis qui l’accompagnent, sont là pour rester, selon Eric Lejoindre dans un entretien avec EURACTIV France.

Eric Lejoindre est membre du Parti socialiste et maire du 18ème arrondissement de Paris depuis 2014. 

Diriez-vous qu’il y a eu un avant et un après avec la crise sanitaire en ce qui concerne la politique de la ville ?

Je pense que les crises, comme celles du Covid, sont plus des révélateurs et des accélérateurs que des éléments de transformation profonde. On s’est rendu compte que quand c’était petit chez les gens et qu’il fallait se distancier à l’extérieur, on avait un vrai sujet. L’idée de libérer des places de stationnement en surface pour faire soit des terrasses de café, soit de faire des trottoirs agrandis, soit de faire des pistes cyclables, c’est une politique qu’on mène depuis assez longtemps et le Covid a été un moment d’accélération assez important. De la même façon, dans la répartition du temps que les Parisiens ou les habitants du 18ème passaient chez eux encore, qui passaient en transports ou qu’ils passaient au bureau, on a vu une modification. Tout ça, ce sont des choses qu’on connaissait, mais qu’on a vu réapparaître sont des mouvements profonds qui datent d’avant le Covid et qui dureront longtemps après.

La question de maintenir ou non les terrasses temporairement aménagées pendant la crise sanitaire a aussi fait débat…

Je prends l’exemple du 18ème où se sont créées autour de 800 terrasses, en plus des terrasses existantes. En comptant très large, il y en a eu 20 ou 30 qui nous ont posé problème sur des questions d’occupation de l’espace public ou de bruit. La question centrale que pose les terrasses éphémères c’est ce qu’on fait de la rue lorsqu’on a décidé que ce n’était pas seulement un lieu de circulation. Il y a un élément qui permet de presque savoir si une terrasse va poser problème ou pas. Ce n’est pas lié ni à la nature de la rue sur le plan urbain, ni au niveau de la qualité ou l’absence de qualité du commerçant. C’est lié à la clientèle et vous savez qu’un espace qui est occupé par des habitants ne pose jamais de problème alors qu’un espace qui est occupé par des gens qui ne sont pas des habitants pose sujet. La question, c’est à qui ce nouvel espace qu’on reprend bénéficie.

La pandémie a également poussé pas mal de citadins à se tourner vers la livraison à domicile. Qu’est-ce que vous pouvez faire, en tant que maire, pour pousser vos administrés à retourner dans les restaurants ?

La première question, c’est de savoir si l’offre en livraison ou à emporter se cumule à l’offre en restaurant ou est-ce qu’elles se concurrencent ? Quand j’en parle aux restaurateurs du 18ème, ils n’ont pas encore de certitudes sur ce sujet. Mon sentiment, en tout cas dans les centres-villes un peu plus riches, c’est que ce sont des choses qui se cumulent. Les gens qui commandent chez eux sont aussi ceux qui vont peut-être le plus souvent physiquement au restaurant. Je n’ai pas de certitude à ce moment aujourd’hui sur la question. Je pense qu’il y a un vrai regard à avoir sur les temporalités. Prenez la question du télétravail, ça crée de la clientèle, notamment pour la vente à emporter dans les quartiers résidentiels. Donc, c’est un mouvement très compliqué à saisir et il nous faut, à mon avis, encore un peu de temps. Je ne suis pas sûr qu’il faille une action publique qui fasse évoluer les citoyens dans leur demande.

Il y a néanmoins la question de l’essor des plateformes de livraison qui se traduit par une augmentation des livreurs à vélo notamment ?

La problématique désormais est de savoir comment on organise ces flux de livraison. On voit une extension du domaine de la livraison à domicile qui est énorme et qui pose également la question de la gestion des déchets et notamment des déchets recyclables. On voit bien qu’il y a un effort qui est fait par beaucoup de structures de livraison à domicile qui font en sorte d’utiliser des contenants recyclables et limiter le plastique.

Le 18ème arrondissement est aussi un endroit qui attire beaucoup de touristes, notamment grâce à la butte Montmartre. Les restaurants ne sont-ils pas des éléments forts d’attractivité ?

C’est une autre vraie question. Et là, il y a une réelle interrogation sur ce qu’est une offre de restauration aujourd’hui et comment faire en sorte de « dé-spécialiser » la restauration ? Ce que je suggère aux restaurateurs du 18ème, c’est de se concentrer d’abord sur une clientèle de proximité et ensuite sur une clientèle plus large. Les touristes, de plus en plus, vont avoir envie de déjeuner avec des Parisiens, plutôt que dans des grands trucs à touristes.

Au-delà des seuls restaurateurs, est-ce important selon vous de soutenir les petits commerçants ?

Un des éléments qui fait la vie et la rue parisiennes, c’est le rapport aux petits commerces. On a quelques expériences où on a pu démontrer que quand on s’intéresse de très près aux commerces de proximité, aux implantations commerciales, y compris à la structuration commerciale de la rue, on gagne énormément en qualité de vie. Dans le 18ème, on a recréé des surfaces commerciales de tailles différentes et on a travaillé à son utilisation. Tout est lié à l’attachement des Parisiens à ces commerces. Ils n’en sont pas forcément toujours clients, mais ils sont très attachés à trouver des commerces de proximité. On s’attache également à soutenir les initiatives locales. On a plein de jeunes entrepreneurs à Paris qui ont une immense difficulté à trouver des lieux pour développer leur activité et cette politique notre politique d’attribution des locaux en pied d’immeuble des bailleurs sociaux de la Ville peut vraiment aider.

Finalement, quels changements durables peut-on imaginer en cette période post-Covid que nous touchons du doigt ? Comment voyez-vous la ville de demain ?

Une grande métropole mondiale n’a vraiment pas la même logique qu’une petite ville, mais l’enjeu pour Paris, c’est d’arriver à être à la fois ce grand hub d’affaires qui accueille les plus grands musées du monde et une ville où on peut continuer à habiter, qu’on soit cadre ou femme de ménage. La question des déplacements et de l’espace public doit également être centrale. On voit bien que l’appétence des Parisiens est quand même de faire baisser le bruit, de faire baisser la circulation, de faire baisser les coûts. Le Paris de demain doit être la ville où vous êtes à votre échelle du quart d’heure et en même temps habitant d’une des métropoles les plus grandes et les plus attractives au monde.

Cet article fait partie d’une édition spéciale sponsorisée par METRO AG.

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