« Nous voulons une commission de réconciliation avec les Roms »

Soraya Post [Wikipédia]

Le Parlement européen se penche sur la discrimination contre les Roms. L’UE doit commencer par reconnaitre l’existence du sentiment anti-rom, puis agir, estime l’eurodéputée Soraya Post, lors d’une interview avec notre partenaire, Aktuálně.cz.

Soraya Post est une eurodéputée suédoise de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates (ALDE), responsable du rapport parlementaire sur l’intolérance à l’encontre des Roms. 

Le Parlement européen souhaite établir une commission de réconciliation entre la communauté rom et la population majoritaire, et mettre en place une cour des comptes surveillant les fonds censés être alloués aux Roms.

Une enquête de la Commission européenne sur les minorités et la discrimination des Roms a en effet dévoilé que 80 % des Roms vivent sous le seuil de pauvreté. En moyenne, la moitié des enfants et jeunes, entre 6 et 24 ans, ne vont pas à l’école. Sur la base du rapport préparé par Soraya Post, le Parlement proposera des mesures pour l’amélioration de la situation.

Quels sont les principales mesures proposées par la commission parlementaire des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures pour combattre la discrimination contre les Roms ?

Premièrement, il est important de reconnaitre l’existence de l’intolérance anti-Roms à tous les niveaux de la société européenne. Et le fait que les droits des Roms sont des droits civils et que chaque État membre doit les accepter.

Quelles mesures proposez-vous ?

Nous proposons par exemple l’établissement d’une commission de réconciliation avec les Roms, à la fois au niveau européen et étatique. Nous appelons à la participation active et significative des Roms à la vie sociale.

Nous voulons aussi mettre en place une cour des comptes qui examine les programmes censés améliorer la situation des personnes exclues de la société. Ainsi que la condamnation et la répression sans équivoque de toute incitation de haine à l’encontre des Roms.

Il s’agit aussi de mettre fin aux discriminations contre les Roms. Dans certains pays, les autorités refusent par exemple d’enregistrer les enfants roms après leur naissance. Nous demandons également des compensations pour les femmes roms qui ont été stérilisées de force, ainsi que la fin des pratiques de séparation des enfants roms de leurs parents.

Il faudra enfin assurer la fin de la ségrégation des Roms dans l’enseignement, sur le marché du travail, dans l’accès aux soins de santé et au logement.

Les efforts contre la discrimination des Roms à la loupe

La Commission européenne lance une évaluation « brutale » des fonds anti-discrimination des Roms, dans le cadre d’efforts renouvelés pour s’assurer de l’efficacité d’une nouvelle stratégie de protection des Roms après 2020.

Le rapport indique que les programmes censés améliorer la situation des personnes exclues de la société ne fonctionnent pas. Quel est leur plus grand défaut ?

Nous devons nous assurer que l’argent distribué via ces programmes arrive à bon port. Nous proposons une surveillance plus stricte de la gestion de ces fonds. L’argent n’atteint souvent pas ceux qui en ont le plus besoin. Cela sera fait par cette cour des comptes que j’ai déjà mentionnée.

Pouvez-vous dire dans quels pays européens les Roms rencontrent le plus de difficultés ? Un certain nombre de pays nient qu’ils sont traités comme des citoyens de deuxième classe.

Sans aucun doute la Roumanie et la Bulgarie. La pauvreté y est inacceptable et pousse ces personnes dans la rue, où elles tentent de gagner de quoi vivre d’une manière ou d’une autre. Les maigres efforts des autorités pour les aider sont tout aussi inacceptables.

D’un autre côté, c’est plutôt dans des pays comme la France, l’Allemande, et l’Italie qu’il est difficile de trouver des solutions. Dans ces pays il y a encore des déportations forcées des Roms vers les Balkans. La situation est aussi difficile au Danemark, en Hongrie et en Grèce, où il est interdit de mendier dans la rue. Le scénario est tout aussi insatisfaisant en République tchèque et en Slovaquie. Les Roms sont attaqués, visés par les incitations à la haine, et les autorités ne font pas grand-chose.

Même les travailleurs sociaux admettent qu’il est très malaisé de changer la donne et que de nombreux hommes roms ne coopèrent avec eux que de manière réticente, et ne voient pas toujours l’intérêt d’envoyer leurs enfants à l’école de manière régulière.

Cela peut être dû à une frustration générale. C’est pour cette raison qu’il faut absolument assurer l’égalité des droits.

La discrimination continue pour les enfants roms en Slovaquie

Malgré les menaces d’amendes de l’Union européenne, la Slovaquie continue de discriminer les enfants roms en les plaçant dans des écoles spécialisées.

Dans de nombreux pays, comme la Suède, le chômage au sein de la communauté rom est extrême, allant jusqu’à 80 %. Leur manque d’expérience et d’éducation les prive souvent d’un accès au marché du travail. Le manque de compétence et d’éducation n’est-il pas en effet au cœur du problème ?

C’est un sujet essentiel dans un grand nombre de pays, mais ce n’est pas le cœur du problème. Il s’agit à nouveau d’intolérance. Même si vous avez un diplôme universitaire, si votre nom n’a pas l’air suédois, par exemple, il est souvent très difficile de trouver un emploi. L’éducation et les emplois doivent être accessibles à tous.

Une façon d’améliorer la situation serait d’impliquer les chefs de communauté et d’entreprises roms…

Ce serait salutaire, mais l’intolérance anti-roms ne peut être éliminée de la population majoritaire par ses victimes. Si les discriminations continuent, la situation n’évoluera pas.

En 2014-2015, les camps de Roms des environs de Stockholm, en Suède, ont connu un grand nombre d’attaques. Quelles mesures ont été prises par les autorités pour éviter que cela ne se répète ?

La police suédoise a essayé de décourager les incitations à la haine, mais les résultats sont loin d’avoir été satisfaisants.

Savez-vous combien de Roms vivent dans votre pays ? La Suède ne semble pas être une région traditionnellement peuplée de Roms, contrairement, à la France, à l’Espagne ou à la Roumanie.

C’est une idée complètement fausse. Les Roms sont présents en Suède depuis plus de cinq siècles, mais des lois les empêchaient de s’y installer. Aujourd’hui, ils sont plus de 100 000 dans le pays.

Les Roms suédois sont-ils différents de ceux qui vivent dans d’autres pays ?

Les conditions de vie en Suède sont généralement meilleures que dans d’autres États membres ou pays tiers. Elles sont donc également meilleures pour les Roms, bien sûr.

Nous, les Roms: ce que nous ne sommes pas

Les Roms sont victimes de nombreuses discriminations à travers l’Europe. Valeriu Nicolae répond ici aux préjugés les plus stupides.

En tant que femme politique rom, avez-vous été la cible de discrimination ou d’intolérance en Suède, un pays connu pour sa société ouverte et libérale ?

Pendant certaines campagnes anti-Roms, j’ai été menacée, mais je n’ai pas l’impression d’être en danger et je n’ai pas peur. Cela n’est arrivé que quelques fois, et les perpétrateurs n’ont pas atteint leur but.

Et au Parlement européen ?

Pendant certains débats parlementaires, j’ai reconnu des signes d’intolérance à l’encontre de minorités nationales, mais c’est probablement tout. Je continuerai à faire campagne pour les droits de l’Homme et ne serai jamais silencieuse face à leur violation.

L’UE reconnait son échec dans la lutte contre la discrimination des Roms

Exclusion sociale, chômage, pauvreté et même famine : voilà ce qui résume le quotidien des Roms dans l’UE, selon l’agence européenne des droits fondamentaux. Un article d’EURACTIV Espagne.