Selon le ministre slovène de la Défense, l’UE devra tirer les leçons de l’Afghanistan

Le ministre slovène de la Défense, Matej Tonin, participant à une conférence de presse après une réunion des ministres de la Défense de l'Union européenne sur la Boussole stratégique sous la présidence portugaise du Conseil à Queluz, Portugal, le 23 avril 2021. [EPA-EFE/ANTONIO PEDRO SANTOS]

Si l’UE souhaite devenir un vecteur de sécurité et un acteur mondial plus crédible, elle doit éviter les erreurs du passé et développer des forces d’intervention militaire dignes de ce nom, capables d’assurer la stabilité dans son voisinage, a déclaré à EURACTIV le ministre slovène de la Défense, Matej Tonin.

Ses propos précèdent la réunion informelle des ministres européens des Affaires étrangères et de la Défense, qui discuteront, entre autres, de la situation en Afghanistan après la prise de pouvoir des talibans.

Dans un contexte de crise en Afghanistan, les fonctionnaires européens ont à nouveau envisagé la création d’une force de réponse militaire rapide de 5 000 personnes qui pourrait intervenir rapidement dans les crises internationales.

Par ailleurs, il a reconnu que l’UE dispose d’un système de groupements tactiques de 1 500 hommes prêts au combat, mis en place depuis 2007. Ce système n’a cependant jamais été mis en œuvre et est largement considéré aujourd’hui comme un faux pas.

« La proposition initiale d’une force de 5 000 hommes s’entraînant ensemble améliorerait la préparation de l’UE à répondre à d’éventuelles crises futures soutenues par des forces rapidement déployables », a-t-il déclaré.

« Nous n’avons pas besoin d’une autre version des Groupements Tactiques européens », a déclaré le ministre slovène de la Défense.

« L’Afghanistan nous permettra certainement de tirer des leçons, notamment en ce qui concerne notre engagement opérationnel, mais je pense que la pandémie du COVID-19 a déjà mis en évidence de nombreux domaines dans lesquels l’UE doit travailler pour mieux se préparer à la prochaine crise », a ajouté M. Tonin.

« Il est plus évident que jamais que l’Europe doit faire plus pour sa défense : augmenter ses propres capacités, être capable d’assurer sa sécurité de manière autonome, défendre ses intérêts et être capable de réagir efficacement à tout défi sécuritaire de manière indépendante », a-t-il ajouté.

À la question de savoir si la perception de l’engagement des États-Unis en faveur de la sécurité européenne avait changé après l’Afghanistan, M. Tonin a répondu qu’il était « difficile d’établir un parallèle entre la situation en Afghanistan et nos relations transatlantiques » en tant que telles.

Cette situation va plutôt dans le sens de « la nécessité de renforcer nos partenariats, non seulement avec les États-Unis, mais aussi avec les organisations internationales ».

La « Boussole stratégique » européenne doit régler la question

Selon le ministre slovène, l’idée « améliorerait notre autonomie stratégique » et la Boussole stratégique de l’UE devrait servir de plateforme pour trouver un consensus sur la question.

De tels efforts sont déployés avec la France pour trouver un tel terrain d’entente sur la question, a-t-il ajouté, mais pour que l’idée aboutisse, « la volonté politique des États membres sera d’une importance vitale ».

La « Boussole stratégique » de l’UE, soit ce qui se rapproche le plus d’une doctrine militaire européenne, est la dernière étape en date de l’accélération des efforts visant à approfondir la coopération européenne en matière de défense et à aboutir à une analyse commune des menaces dans l’ensemble de l’Union. Elle devrait être approuvée en 2022, pendant la présidence française de l’UE.

Cette initiative couvrira la gestion des crises, la résilience, le développement des capacités et les partenariats, et elle est considérée par les hauts fonctionnaires et les diplomates de l’UE comme une tentative de « corriger la doctrine de l’UE ».

À la présidence de l’UE pour encore 4 mois, la Slovénie « s’attend à voir une ébauche du document stratégique d’ici l’automne, de préférence en octobre », a déclaré M. Tonin à EURACTIV.

Toutefois, lors de la phase d’évaluation des menaces, il est apparu clairement que le document ne serait pas une liste de menaces, en partie parce que les gouvernements de l’UE ont des points de vue différents sur leur gravité.

En visite à Paris, la ministre allemande de la Défense évoque les « menaces » pour la sécurité en Europe

Conflit au Sahel, relations avec la Chine, menace russe : lors d’une visioconférence organisée par l’Ifri à Paris ce mardi (20 avril), la ministre allemande de la Défense Annegret Kramp-Karrenbauer a fait le point sur la sécurité en Europe – et l’importance de la coopération franco-allemande.

Interrogé la capacité ce nouvel outil à surmonter le problème des divergences de priorités en matière de menaces au sein de l’UE, M. Tonin a répondu que « même s’il existe actuellement des priorités divergentes concernant certaines menaces identifiées, la boussole stratégique devrait néanmoins fixer des orientations politiques et des échéances claires pour les 5 ou 10 prochaines années. »

« L’analyse des menaces et des défis communs a également été le premier pas vers une culture stratégique commune. Elle devrait devenir une pratique courante pour nous et nous devrions la mettre à jour régulièrement », a ajouté le ministre.

« Il faut que ce soit un document clair et exploitable, qui ne peut pas être édulcoré au niveau national », a-t-il ajouté.

Selon M. Tonin, les discussions ont donné lieu à des idées novatrices, telles que la création d’une « boîte à outils hybride » de l’UE pour contrer les menaces dites hybrides, la désinformation ou d’autres types de manipulation, ainsi que l’idée de sécuriser l’accès aux biens communs mondiaux comme l’espace extra-atmosphérique, le domaine maritime ou même le cyberespace.

« Ce sont des sujets qui, à l’instar du changement climatique, n’étaient jusqu’à présent pas pris en compte dans le contexte de la défense et de la sécurité », a-t-il ajouté.

« Mais ce qui est important avec la Boussole stratégique, c’est que nous voulons qu’elle soit un document d’orientation pratique et efficace destiné à nous, les États membres, pour les années à venir », a souligné M. Tonin.

Des coalitions de volontaires  ?

D’autre part, la possibilité pour un groupe de pays qui souhaitent entreprendre des missions militaires européennes a été discutée dans certains cercles européens. Ces pays pourraient alors prendre d’eux-même l’initiative de telles opérations.

« Pour permettre des réponses plus flexibles à différentes crises, nous devons investir davantage d’efforts pour parvenir à une compréhension commune de l’article 44, ce qui ouvre également la question de l’utilisation du système de vote à la majorité qualifiée, lequel pourrait être un sujet de discorde », a déclaré M. Tonin, ajoutant que la Boussole devrait régler ce problème.

L’article 44 précise que, dans le cadre des traités de l’UE, le Conseil peut confier des missions de PSDC (Politique de Défense et de Sécurité Commune) à un groupe d’États membres, appelés « coalitions de volontaires ».

L'UE devrait faire meilleur usage du principe de "coalition des volontaires", d'après Lisbonne

Il est clair que la défense européenne connaît des changements. De plus en plus de voix indiquent que l’importance de l’Europe sur le plan géopolitique s’accompagne d’une dimension militaire, a fait savoir le ministre portugais de la Défense dans un entretien avec EURACTIV.

La question des Balkans occidentaux

Au sujet de l’élargissement de l’UE, M. Tonin a souligné que la Slovénie prendrait « très au sérieux » l’engagement d’accepter la région dans l’UE et estime que l’UE devrait étendre la coopération « dans tous les domaines possibles, même pendant la phase d’adhésion ».

À la question de savoir si l’UE devrait envisager d’étendre les avantages de l’Union européenne de la défense aux Balkans occidentaux pour aller de pair avec le processus d’élargissement, M. Tonin a répondu qu’il était « absolument » d’accord.

« Bien entendu, cette étape consisterait à étendre à la fois les avantages et les responsabilités liés aux efforts de l’Union dans le domaine de la défense », a ajouté le ministre slovène.

Il a souligné que les partenaires des Balkans occidentaux participent déjà activement à plusieurs missions de l’UE, certains sont inclus dans les groupements tactiques de l’UE et coopèrent avec l’Agence européenne de défense (AED).

« Tout cela prouve qu’ils sont désireux et capables d’être des membres actifs de l’Union européenne de la défense », a déclaré M. Tonin, ajoutant que la présidence slovène de l’UE s’efforce activement de renforcer le dialogue relatif à la PSDC avec la région.

« Nous voyons beaucoup de potentiel pour une coopération plus poussée et nous sommes impatients de la voir se concrétiser », a-t-il ajouté.

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