Allemagne : le profilage racial au cœur des débats

Olivier von Dobrowolski est président de l’association de police PolizeiGrün. Il travaille depuis 1998 à la police de Berlin et est devenu commissaire en chef en 2012. [Erik Marquardt]

À la suite de récentes découvertes de discussions Whatsapp à caractère raciste entre plusieurs policiers de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (NRW) et Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, une question se pose : comment contrer cette tendance au sein des forces de l’ordre ? Un article d’Euractiv Allemagne.

Olivier von Dobrowolski est président de l’association de police PolizeiGrün. Il travaille depuis 1998 à la police de Berlin et est devenu commissaire en chef en 2012.

Le chercheur spécialisé dans le secteur policier Rafael Behr a déclaré récemment à  la WDR : « Je suppose que des groupes similaires existent dans la quasi-totalité des villes du pays ». Êtes-vous du même avis ?

J’abonde également dans ce sens. Je crains que le problème soit plus répandu que ce que l’on croit. En effet, les policiers sont déjà professionnellement bien informés de la manière dont les enquêteurs procèdent. Ils peuvent donc mieux sceller leurs réseaux et se protéger bien avant que le voile soit levé.

En ce qui concerne les agents de police qui ont participé aux discussions, mais n’ont pas envoyé de messages racistes : comment votre association gère-t-elle l’équilibre entre les deux cas de figure et la responsabilité des collègues incriminés ?

Les accusations actuelles contre les agents de NRW sont lourdes. Ces personnes n’ont pas seulement dépassé les limites de la bienséance. Il s’agit ici de délits graves qui viennent saper l’ordre démocratique établi. Dans ce genre de cas, il faut appliquer la règle de tolérance zéro. Je peux comprendre qu’il soit difficile de témoigner contre ses propres collègues dans une profession qui est très caractérisée un sentiment de camaraderie. Cependant, cela fait partie du métier : « les bons » luttent contre « les méchants ». Cette phrase s’applique d’autant plus à la situation actuelle, car les notions de « bien » et « mal » sont floues et il convient d’y remédier.

Allemagne. Comment contrer le racisme et l’extrémisme au sein de la police ?

Allemagne : 29 agents de police ont été limogés à la suite d’une enquête sur plusieurs groupes de messagerie à contenu néonazi et raciste. Quelles sont les solutions pour pallier la récurrence de ce problème ? Un article d’Euractiv Allemagne.

 

Pour ceux qui souhaitent réformer la police :  est-il logique que la prochaine étape soit de mener une étude sur le profilage racial ? Ou y’a-t-il quelque chose de plus important sur lequel il faudrait se concentrer ?

Une étude scientifique examinant la situation interne de la police allemande constitue un bon pas en avant, mais ce n’est pas la seule mesure à prendre. Il est nécessaire d’améliorer les conditions de travail du milieu. Les interventions policières doivent faire l’objet d’un suivi et être supervisées de façon à empêcher la propagation de stéréotypes parmi les agents de police.

Afin de pallier le problème, il faudrait également améliorer le processus de recrutement, et ce, en mettant l’accent sur la diversité et la communication.

Le ministère de l’Intérieur a appelé à la réalisation d’une étude plus large sur l’extrémisme de droite en Allemagne. Pensez-vous que celle-ci pourrait aborder la problématique efficacement ? Est-il nécessaire d’examiner plus minutieusement le milieu policier en raison de son poids dans la société ?

Le métier de policier se distingue par plusieurs particularités. Les exigences imposées aux agents sont plus élevées que dans d’autres emplois. Si une étude scientifique sur le racisme et la discrimination est menée à travers le pays, elle devra aussi se concentrer sur la police. Je ne comprends absolument pas pourquoi le ministère s’oppose tant à une étude spécifique sur les forces de l’ordre. Je pense que toutes les personnes concernées sont bien conscientes qu’une étude révélerait plusieurs défauts du système. Elle mettrait également en lumière des vérités que l’on ne veut pas entendre, car elles jetteraient un pavé dans la mare.

En Allemagne, le profilage racial fait l’objet d’une pétition à l’intention du Bundestag

Le racisme systémique pousse la société allemande à réexaminer le comportement de ses policiers. Ainsi, une pétition a été lancée à l’intention du Parlement afin d’établir une étude sur le profilage racial dans les interventions policières. Un article d’Euractiv Allemagne.

Parallèlement, la société allemande devrait-elle opérer un changement majeur dans sa compréhension du racisme, afin de faire bouger les choses dans le milieu policier ?

Bien sûr, le racisme est destructeur dans toute la société et il doit donc être proscrit et contré à tous les niveaux. Pour ce faire, il faut sensibiliser la population et créer les ressources nécessaires. Les recherches doivent donc être approfondies. La police doit être considérée avec une attention particulière.

L’Allemagne doit-elle tirer des leçons des discussions des autres pays à ce sujet ou a-t-elle un contexte complètement différent ? Je pense en particulier aux États-Unis d’Amérique, mais peut-être aussi à d’autres pays européens.

Même aux États-Unis, dans certaines grandes autorités de police, il existe un commissaire à la direction de la police qui, en tant que non-policier, peut adopter un point de vue extérieur et ainsi contrecarrer les abus. En ce qui concerne l’Allemagne, une partie de la solution consisterait à enfin mettre en place des organes de recours indépendants et externes, qui sont demandés à l’échelle internationale et pourraient offrir une réelle protection juridique aux personnes concernées par les abus de la police. Le Danemark, l’Angleterre et le Pays de Galles ont, entre autres, œuvré dans ce sens. Les efforts allemands, eux, sont beaucoup trop timides.

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