« 1 victoire pour 1 arbre » : le champion de France des rallyes Yoann Bonato lance son challenge vert

Pour chaque meilleur temps réalisé en course, Yoann Bonato (à droite) et son coéquipier Benjamin Boulloud planteront un arbre aux 2 Alpes. [© MAP]

Planter des arbres pour « faire évoluer les mentalités » dans le monde du sport automobile : le triple champion de France des rallyes Yoann Bonato a annoncé, fin mars, son challenge « 1 victoire pour 1 arbre ». Une première dans le sport automobile.

Un arbre planté pour chaque meilleur temps réalisé en course : c’est l’engagement annoncé par Yoann Bonato pour la saison 2021. Le pilote de rallye français et son coéquipier Benjamin Boulloud comptent disputer neuf épreuves en championnat de France et huit manches du championnat d’Europe des Rallyes (ERC) cette année.

Chaque épreuve étant constituée de multiples étapes (dites « spéciales »), « c’est une forêt toute entière qui est en jeu », selon un dossier qu’EURACTIV a pu consulter. Pour rappel : en 2018, alors que le duo remportait le championnat de France pour la deuxième fois, M. Bonato avait signé le meilleur temps (dit « scratch ») sur pas moins de 50 spéciales.

Le pilote lance son initiative, la première de la sorte dans le sport automobile, à un moment crucial : « Nous sommes entrés dans une nouvelle ère de conscience environnementale », déclare-t-il. « Difficile […] en tant que pilote de rallye de s’enfermer dans une bulle en espérant pouvoir continuer de rouler le plus longtemps possible » alors que la société réclame des engagements durables.

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Répondre aux « idées reçues » sur le sport automobile

« En tant que pratiquants de sport automobile, nous avons l’étiquette de sport « polluant » qui nous colle à la peau », poursuit l’actuel champion de France des rallyes. « Le sport auto pollue, oui », avoue Yoann Bonato, mais ce serait également le cas pour « les autres sports et les évènements qui y sont liés ». A l’échelle mondiale, d’autres disciplines – comme par exemple le football – ont en effet un impact sur l’environnement bien supérieur que le sport automobile. Sans oublier que ce sport « est un véritable laboratoire pour les voitures du public de demain ».

Pour Yoann Bonato et son copilote, planter des arbres se présente donc comme une opportunité pour changer certaines « aprioris » sur le sport automobile et d’en améliorer l’image auprès de ses détracteurs – mais aussi de ses supporteurs. « Le sport automobile est devenu mon métier en plus de ma passion », explique M. Bonato. Mais si « pouvoir continuer de travailler et monter des programmes sportifs à la hauteur de mes ambitions » nécessite le soutien de partenaires et sponsors, ces derniers s’interrogeraient de plus en plus sur le fait d’associer leur image à un sport perçu comme pollueur par le grand public.

L’idée derrière le challenge « 1 victoire pour 1 arbre » serait donc de répondre aux « idées reçues » sur le sport automobile comme aux préoccupations de ses partenaires.

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Planter des arbres, pratique en vogue dans le monde du sport

Si cette initiative est une première dans le monde du rallye, le phénomène n’est pas tout à fait nouveau : planter des arbres est bien en train de devenir une mode dans l’univers du sport. A l’exemple du célèbre club de football italien Juventus qui a promis, en novembre 2020, de planter 200 arbres pour chaque but marqué par ses joueurs.

En France, c’est le Montpellier Hérault Sport Club qui a annoncé en 2019 vouloir planter cinq arbres pour chaque but inscrit en Ligue 1. Et en novembre dernier, l’Oyonnax Rugby s’est à son tour engagé à planter un arbre par essai marqué pour reboiser quelques 15 hectares dans le haut Bugey.

Face à la multiplication des projets de plantation d’arbres, l’association France Nature Environnement (FNE) met toutefois en garde contre une « promesse qui peut vite se transformer en greenwashing ». Pour vraiment qu’un tel projet soit vertueux, il doit remplir certaines conditions, explique l’association dans un communiqué publié fin mars.

Les entreprises qui s’engagent dans cette démarche devraient tout d’abord planter des essences diversifiées et adaptées aux conditions locales, explique l’association. Les pratiques de plantation devraient également être « compatibles avec la préservation de la biodiversité ». Et surtout : vouloir compenser ses émissions à travers la plantation de ces puits de carbone naturels que sont les arbres ne serait pas suffisant – à moins de s’inscrire dans une démarche plus large pour non seulement compenser mais surtout réduire ses émissions, selon FNE.

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Un engagement à long terme pour créer un « espace dédié à la biodiversité »

Pour Yoann Bonato, pas question de faire de fausses promesses. « L’idée derrière notre challenge n’est pas de compenser notre impact, mais de montrer que nous sommes conscients du problème », explique-t-il à EURACTIV.

« Planter des arbres ne va pas changer la face du monde mais notre action va participer à faire évoluer les mentalités dans notre sport », espèrent M. Bonato et son coéquipier, pour lesquelles le défi constitue « un petit pas pour l’environnement mais un grand pas pour notre passion ».

Côté biodiversité, l’équipe coopère avec un pépiniériste et une entreprise de paysage locaux pour planter des essences d’arbres variées aux 2 Alpes, la commune de Yoann Bonato. Dans un premier temps, l’équipe souhaite planter des merisiers pour former les contours du logo des 2 Alpes. Cette variété sauvage du cerisier – en plus d’avoir des fleurs blanches bien visibles vues du ciel – serait « un arbre qui fleurit bien et qui attire les oiseaux », explique M. Bonato. Et qui résiste au climat local, car « nous sommes très limités dans nos choix d’essences par l’altitude ici à la montagne. »

Dans un deuxième temps, probablement au cours de la saison prochaine, en 2022, le pilote et ses partenaires planteront des essences différentes à l’intérieur du logo. Leur but : créer un véritable « espace dédié à la biodiversité » avec un parcours ludique pour les enfants scolaires. A terme, la petite forêt future devrait leur servir comme lieu de découverte de la biodiversité et d’observation des espèces qui y trouveront refuge, espère le champion des rallyes. En attendant, il ne reste donc plus qu’à gagner des courses.

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