Les producteurs d’alcool défendent un étiquetage en ligne

Les calories ne seront pas nécessairement indiquées sur la bouteille. [Shutterstock]

Les informations sur le vin, la bière, les spiritueux et le cidre pourraient être indiquées en ligne plutôt que sur les bouteilles, propose l’industrie de l’alcool dans le cadre de la réforme européenne sur l’étiquetage.

Chargée par la Commission faire des propositions sur l’étiquetage des alcools, l’industrie a opté pour une approche « flexible », qui a été largement critiquée par la société civile.

Sa proposition est constituée d’une partie commune accompagnée de quatre annexes sectorielles qui expliquent plus en détail ce que chaque secteur sera amené à faire (bière, vin, spiritueux, cidre).

Le principe général est que les producteurs individuels seront en mesure de décider quelles informations ils fourniront sur l’étiquette et en ligne. D’autres, y compris les très nombreuses PME et microentreprises qui produisent des boissons alcoolisées, n’utiliseront probablement que l’affichage en ligne.

La proposition soutient que l’information en ligne sera facilement accessible à partir de l’étiquette elle-même, soit par un lien Web, un code QR, un code-barres ou par d’autres moyens directs au moyen de technologies intelligentes.

L’industrie a également indiqué qu’un système de surveillance « robuste » serait mis en place et que le premier rapport sur la mise en œuvre de l’étiquetage serait présenté en mars 2021.

La Commission européenne s’est félicitée des efforts déployés par le secteur pour trouver un accord collectif. « La Commission est déterminée à trouver une solution équitable qui offre aux citoyens de l’UE une meilleure information sur l’alcool qu’ils boivent », a déclaré un porte-parole de la Commission européenne.

La semaine dernière, un responsable de la Commission a déclaré à Euractiv que la proposition de l’industrie devrait répondre aux besoins et aux attentes des consommateurs. Si les propositions ne conviennent pas à l’exécutif, celui-ci pourra lancer une évaluation d’impact pour tester d’autres options, a rappelé un fonctionnaire européen.

L'industrie des spiritueux rechigne à mieux renseigner ses étiquettes

Les producteurs d’alcool envisagent de donner des informations en ligne et non sur les bouteilles. Ce qui irrite les représentants des consommateurs.

 « Philosophies différentes » sur les calories

L’industrie n’a pas tranché sur l’indication du nombre de calories. Depuis des années, deux principaux camps s’opposent : ceux qui voudraient indiquer le contenu « par verre », principalement les producteurs de spiritueux, et les tenants d’un taux pour 100 ml, comme c’est actuellement le cas pour les autres boissons dans l’UE.

Selon l’industrie des spiritueux, l’indication pour 100 ml induirait les consommateurs en erreur parce que peu de gens boivent de telles quantités de ces alcools d’un coup. Ils sont en effet souvent servis par verre de 30 ml, un volume plus en phase avec les recommandations de santé et de sécurité.

Les brasseurs ne partagent pas cette opinion. Pierre-Olivier Bergeron, secrétaire général de l’association des brasseurs européens, estime que la proposition fait explicitement référence à la norme de 100 ml.

« Les sensibilités des différents secteurs sont différentes, mais il y a un accord commun, qui stipule que la référence est 100 ml, comme le prévoit le règlement concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires. En ce qui concerne son application, nous verrons peut-être différentes approches », souligne-t-il.

Pour lui, l’industrie doit se conformer à la législation. « Nous avons toujours été de grands défenseurs de l’approche la plus simple et la plus utile pour les consommateurs », explique-t-il.

Ulrich Adam, directeur général de SpiritsEurope, a pour sa part évoqué des « philosophies différentes » et répété que le repère de 100ml était trompeur.

Le représentant a aussi déclaré que le secteur des spiritueux demanderait à l’exécutif européen d’envisager que l’indication soit plus proéminente sur l’étiquette que celle pour 100 ml et que « toutes les boissons alcoolisées qui ne sont pas habituellement consommées en portions de 100 ml fournissent les calories par portion ».

« Pour nous, l’essentiel est les consommateurs sachent ce qui se trouve dans la bouteille, et non pas sur son étiquette. Nos étiquettes porteront toujours l’information par portion et pour 100 ml », a-t-il ajouté, soulignant que cette solution permettait d’atteindre l’objectif informatif de la législation.

Réaction négative des ONG

La publication de la position de l’industrie a déclenché une forte réaction des ONG de santé publique qui ont déclaré que l’industrie ne parvenait pas à informer de manière responsable les consommateurs de l’UE.

« Les consommateurs ont le droit de savoir. Souvent, ils ne se rendent pas compte de la quantité de sucre que contiennent la plupart des boissons alcoolisées. Ce fait ne devrait pas être dissimulé quelque part en ligne », a déclaré le Dr Jacques de Haller, président du comité permanent des médecins européens (CPME).

Le bureau européen des consommateurs (BEUC) s’en est aussi pris à l’industrie, en réclamant des règles contraignantes à l’échelle européenne.

« L’industrie se donne trop de latitude pour décider de la quantité d’informations auxquelles les consommateurs peuvent avoir accès. Alors que les consommateurs prennent des décisions d’achat en quelques secondes, il n’est pas réaliste de s’attendre à ce qu’ils prennent quelques minutes pour vérifier en ligne à quel point le vin ou la vodka est calorique », a déclaré le BEUC, tout en rappelant que plus de trois consommateurs sur dix ne possèdent pas de smartphone.

Pour sa part, l’industrie affirme qu’afficher les informations en ligne permet de donner plus de détails aux consommateurs. Elle insiste également sur le fait que, dans un monde numérisé, un nombre croissant de consommateurs se fient à l’information en ligne pour les produits qu’ils consomment.

Déjà 3 ans de retard pour l'étiquetage de l'alcool

La Commission européenne a présenté sa proposition sur l’étiquetage des alcools avec deux ans de retard. Elle donne un an à l’industrie pour élaborer une proposition d’« autorégulation ».

Carlsberg’s CEO Cees ’t Hart stressed that his company has committed to voluntarily list ingredients and calories on the labels of all its beers per 100ml.

“80% of our beer in Europe now carries this information, and we will continue to implement this commitment with speed,” he commented, adding that this will apply globally and not only in Europe.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.