Chômage et pauvreté: le FN multiplie les intox

Nicolas Bay [G. Bouchet/Front National. 2012].

Nicolas Bay, le vice-président du Front national.

Nicolas Bay, vice-président du Front national, affirme que depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, le chômage n’a pas reculé. Cette assertion ne résiste pas longtemps à l’épreuve des dernières statistiques publiées par l’Insee. Un article de notre partenaire, La Tribune.

Invité de la matinale de France Inter jeudi 15 février, Nicolas Bay, le vice-président du Front national, était interrogé sur les chiffres du chômage publiés par l’Insee le même jour.

Ce qui a été dit (à partir de 0,10′) :

Ali Baddou – « Le taux de chômage a baissé au quatrième trimestre. Il est de 8,6 % en métropole. Est-ce que vous félicitez le Président de la République et le gouvernement ?

Nicolas Bay – Je rappellerai d’abord que le chômage a augmenté depuis le début du quinquennat avec 80 000 chômeurs de plus. Vous avez raison de parler des chômeurs de catégorie A en métropole, mais ça ne doit pas nous amener à oublier tous les autres chômeurs dans les autres catégories. À ce stade, il n’y a pas de baisse, il y a un ralentissement de la hausse. Il y a une hausse sur plusieurs mois en continu et là, il y a une petite baisse pendant un mois. On verra ce qui va se passer le mois suivant. On n’en est malheureusement pas encore là. Il y a surtout aujourd’hui au total près de 6 millions de chômeurs en France, donc le problème n’est pas réglé. Et puis, derrière le problème de l’emploi, il y a celui du pouvoir d’achat, le problème de la pauvreté qui aujourd’hui continue d’augmenter en France. »

Comment le chômage a-t-il évolué depuis le début du quinquennat ?

Près de 10 mois après son échec à la présidentielle, le parti d’extrême droite continue de prononcer des inepties et d’entretenir la confusion sur les chiffres du marché du travail. En utilisant, l’expression de « chômeurs de catégorie A », le conseiller régional de Normandie entretient le doute sur la mesure du nombre de chômeurs en France. Pour rappel, deux indicateurs du chômage coexistent en France :

– une donnée « statistique » : le taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) établi par l’Insee dans le cadre de son enquête Emploi trimestrielle ;

– une donnée administrative : le nombre de demandeurs d’emploi en fin de mois (DEFM) établi conjointement par Pôle emploi et le service de statistiques du ministère du Travail (Dares).

Comme le souligne un rapport du Sénat très complet sur la mesure du chômage en France, « il existe dans le débat public une confusion entre ces deux indicateurs qui mesurent pourtant deux réalités différentes et peuvent donc connaître des évolutions différentes, voire divergentes ». Les auteurs du document expliquent :

« À eux seuls, les chiffres mensuels des DEFM ne sont pas un indicateur fiable ni pertinent du chômage. Leur évolution peut être affectée par des changements de règles ou la mise en œuvre de mesures tels que la suppression de la dispense de recherche d’emploi ou le lancement de plans de formation. Ils excluent en outre certaines catégories de personnes (par exemple, les jeunes n’ayant pas droit au versement d’une indemnité chômage et qui ne s’inscrivent donc pas à Pôle emploi). »

En revanche, les statistiques produites par l’Insee, qui répondent à des critères et des règles fixées au niveau international, « constituent une meilleure mesure du chômage malgré leurs limites (rythme de publication trimestriel, enquête réalisée à partir d’un échantillon, impact des changements de méthodologie, définition restrictive du chômage qui exclut notamment les personnes situées dans le « halo autour du chômage »)».

Par ailleurs, l’Insee note que les critères définissant les chômeurs au sens du BIT et les demandeurs d’emploi en catégorie A « semblent a priori proches. Toutefois, les deux populations ne se recouvrent pas totalement ».

« Environ un chômeur au sens du BIT sur six se déclare comme étant non inscrit à Pôle emploi (par exemple, des jeunes qui ne s’inscrivent pas car ils ne peuvent prétendre à une indemnisation). À l’inverse, certains demandeurs d’emploi en catégorie A ne sont pas classés comme chômeurs au sens du BIT. »

La zone euro sort progressivement du chômage de masse

Le taux de chômage dans la zone euro a continué de reculer en novembre, s’établissant à 8,7 % contre 8,8 % en octobre, a annoncé l’Office européen des statistiques, Eurostat.

Selon les dernières données publiées par l’institut de statistiques, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail est passé de 9,1 % de la population active au second trimestre 2017, juste après l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, à 8,6 % en France métropolitaine à la fin du quatrième trimestre. Si l’on prend en compte les données pour la France entière, le taux est passé de 9,4 % à 8,9 % sur la même période.

En ce qui concerne le nombre de chômeurs au sens du BIT, les chiffres de l’Insee illustrent également une baisse, quel que soit le périmètre retenu. Pour la France entière, le nombre de chômeurs est passé de 2,8 millions  au second trimestre 2017 contre 2,66 millions à la fin de l’année dernière. Pour la France métropolitaine, le nombre de chômeurs est passé de 2,64 à 2,5 millions sur la même période.

Contrairement à ce qu’affirme l’élu frontiste, le nombre de chômeurs n’a donc pas augmenté depuis le début du quinquennat d’Emmanuel Macron si l’on prend en compte les différents indicateurs de l’Insee.

La formation en alternance, possible remède au chômage des jeunes européens

La formation en alternance, qui fonctionne si bien en Allemagne et dans d’autres États membres, permettrait à l’UE de sortir ses jeunes d’une crise de l’emploi qui se prolonge. Un article d’Euractiv Allemagne.

Une pauvreté en léger recul

Sur le sujet de la pauvreté, les propos du député européen se révèlent également imprécis. Si l’augmentation du nombre de pauvres en France est un fait régulièrement soulevé par l’observatoire des inégalités ou l’Insee, il est nécessaire de rappeler que, au-delà de conjoncture économique et de ces possibles effets sur la pauvreté notamment en temps de crise et d’austérité, la population augmente dans le même temps. Pour faciliter les comparaisons sur plusieurs années, il est donc plus pertinent d’utiliser le taux de pauvreté.

À ce titre, les dernières estimations publiées par l’Insee (encore provisoires) indiquent que le taux fin 2016 (13,9 %) serait en baisse par rapport à 2015 (14,2 %), mais reste supérieur à celui de 2007 (13,7 %). Mais là encore, ces chiffres sont à interpréter avec précaution. Dans une tribune publiée en octobre 2016 sur le site de l’Observatoire des inégalités, le sociologue Louis Maurin revenait sur le changement d’approche et de périmètre dans les méthodes de calcul de la pauvreté qui ont engendré des conséquences sur les chiffres publiés :

« Jusqu’en 2008, le seuil de pauvreté le plus souvent utilisé était équivalent à la moitié du revenu médian, revenu qui partage en deux la population, autant gagne davantage, autant gagne moins. Depuis 2008, l’Insee utilise la définition européenne de la pauvreté, c’est-à-dire le seuil à 60 % du revenu médian. Ce saut de 50 à 60 % change tout : il fait augmenter le seuil de pauvreté mensuel de 840 à 1008 euros (pour une personne seule), le nombre de personnes concernées de 5 à 8,8 millions et le taux de 8,1 à 14,1 %. »

Et dans une approche à plus long terme, les taux de pauvreté recensés dans les années 1970 se révèlent bien supérieurs à ceux rencontrés dans les années plus récentes.

Bien que les derniers chiffres de l’organisme public de statistiques soient provisoires, il est encore trop tôt pour affirmer à l’heure qu’il est que la pauvreté en France continue d’augmenter, comme l’affirme Nicolas Bay.

 

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