Vers une criminalisation du recours aux services de victimes de traite de personnes

Pendant la conférence internationale sur la traite d’êtres humains organisée à Lisbonne mardi (25 mai) dans le cadre de la présidence tournante portugaise, la commissaire européenne aux affaires intérieures Ylva Johansson a défendu la criminalisation du recours aux services issus de la traite d’êtres humains. [Shutterstock/structuresxx]

D’après la commissaire aux affaires intérieures, Ylva Johansson, il est nécessaire de criminaliser le recours aux services liés à la traite d’êtres humains, comme l’exploitation sexuelle ou l’exploitation par le travail, pour mettre un terme à la « culture d’impunité ».

Pendant la conférence internationale sur la traite d’êtres humains organisée à Lisbonne mardi (25 mai) dans le cadre de la présidence tournante portugaise, la commissaire européenne aux affaires intérieures Ylva Johansson a défendu la criminalisation du recours aux services issus de la traite des personnes, que ce soit l’exploitation sexuelle ou l’exploitation par le travail.

Selon elle, la lutte contre cette atteinte aux droits de l’homme requiert aussi de « suivre les pistes financières » d’un marché à plusieurs millions [d’euros] « caché derrière des activités économiques légales ».

La traite d’êtres humains est actuellement un « business à haut risque extrêmement rentable », mais elle doit devenir « un business à haut risque exempt d’avantages financiers ».

Au cours de l’inauguration de l’évènement intitulé « Dix ans après la directive européenne contre la traite des êtres humains et la nouvelle approche stratégique contre la traite des êtres humains (2021-2025) de l’Union européenne », la secrétaire d’État portugaise à la Citoyenneté et à l’Égalité, Rosa Monteiro, a convenu que la réduction de la demande, en criminalisant le recours aux services des victimes, nécessitait la mobilisation de la communauté internationale. Il est essentiel de mettre fin à l’impunité.

Les deux représentantes ont également souligné l’importance de la « dimension du genre » dans la lutte contre les violations des droits de l’homme.

« La traite d’êtres humains est un crime perpétré par les hommes à l’encontre des femmes », a appuyé la commissaire avec plusieurs données chiffrées : la plupart des criminels sont des hommes et trois quarts des victimes sont des femmes et jeunes filles.

« Nous ne pourrons contrer ce crime que si nous comprenons qu’il s’agit d’un crime de genre », a-t-elle martelé, avançant qu’elle avait reçu des messages de soutien forts afin de progresser sur cette question.

« Les mineurs d’âge non accompagnés arrivant en Europe constituent des cibles faciles », a-t-elle mis en évidence, admettant que des lacunes persistaient, y compris dans la protection des enfants.

« Nous devons traiter et aider les enfants comme tels », même dans les cas où nous ne sommes pas en mesure de vérifier leur âge.

Pour ce faire, « la police doit être formée de façon à pouvoir parler aux enfants, dans des endroits adaptés », et « ils ne peuvent pas être jugés pour des activités criminelles qu’ils ont été contraints d’exercer ».

Garantir l’accès à l’éducation et le soutien aux familles d’enfants victimes de trafic sont deux autres éléments primordiaux, a-t-elle poursuivi.

Il convient de « protéger et soutenir les victimes », non seulement en les aidant dans leur guérison, mais aussi « en formant les spécialistes à identifier les signes ».

La commissaire du bloc a rappelé que la traite d’êtres humains était un « crime perpétré en Europe, par les Européens » et pour lequel « la moitié des victimes sont des Européens ».

D’après elle, l’UE doit contrer ce fléau en tant que « crime organisé, de plus en plus violent et de mieux en mieux préparé ». Il s’agit également d’un crime transfrontalier, qui nécessite donc une meilleure coopération policière et une réponse renforcée de la part des autorités.

Telle est la nouvelle approche stratégique contre la traite des êtres humains (2021-2025) de l’Union européenne, que la Commission européenne a présentée en avril et à laquelle le Portugal accordera une attention toute particulière tandis qu’il doit évaluer son plan d’action national sur le même sujet, a fait savoir Rosa Monteiro.

Présent lors de la conférence, le ministre portugais de l’Intérieur Eduardo Cabrita a souligné que l’UE ne pouvait courir le risque d’avoir 27 cadres juridiques différents sur la question et qu’il était essentiel que chaque État membre respecte la législation européenne en vigueur.

Sur le plan de l’exploitation par le travail, le ministre a défendu la nécessité d’étoffer la coopération avec les pays tiers.

Des propos qui font écho à ceux de la secrétaire d’État portugaise à la Justice Anabela Pedroso, pour qui la traite d’êtres humains requiert une collaboration sans faille à l’échelle internationale.

« La lutte contre la traite d’êtres humains ainsi que l’identification et la protection des victimes demeurent les grands défis de notre époque », a-t-elle conclu.

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