L’audiovisuel public est menacé selon le Conseil de l’Europe

Conférence de presse de Donald Tusk, à Bruxelles. [European Union]

Le Conseil de l’Europe s’interroge sur la liberté de l’audiovisuel public, à l’occasion de la journée de la liberté de la presse, le 3 mai.

Nils Muižnieks, commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, dénonce les tentatives de certains gouvernements d’influencer l’indépendance et le pluralisme de la radiotélévision de service public. Selon lui,  « les pays qui disposent de diffuseurs publics populaires et bien financés enregistrent moins d’extrémisme de droite et de corruption et ont une presse plus libre », souligne le Letton, actif de longue date dans les réseaux de protection des droits de l’Homme, comme en témoigne son site.

« La situation sur le terrain est inquiétante. Une analyse des alertes enregistrées sur la Plateforme pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes du Conseil de l’Europe, lancée en 2015, révèle une tendance croissante de menaces pesant sur l’indépendance des diffuseurs publics ou de leurs organismes de contrôle », continue-t-il.

La liberté de la presse se dégrade sous l'effet de dirigeants « médiasceptiques »

La montée du populisme et de l’autoritarisme dans de nombreux pays impacte fortement la liberté de la presse dans le monde. Celle-ci a atteint son niveau le plus bas depuis 13 ans, d’après une recherche financée par les États-Unis.

En Pologne, par exemple, la réforme des services médiatiques publics de 2016 a placé la télévision et la radio publiques sous le contrôle direct du gouvernement et restreint le rôle de l’organe de régulation existant. Cela a eu des « conséquences négatives sur la liberté de la presse, et sur les journalistes eux-mêmes », assure Nils Muižnieks. Il cite une liste dressée par la société des journalistes, une association indépendante de journalistes polonais, qui indique que depuis le début de l’année, 228 journalistes du secteur public ont été renvoyés, réaffectés à des taches moindres ou ont démissionné en signe de protestation.

Les exemples ne manquent pas. En Croatie, le gouvernement tente de réduire l’indépendance et le pluralisme des médias publics. En Roumanie, la loi d’octobre 2016 a éliminé plus de 100 taxes non fiscales, dont les licences pour la radio et la télévision, principale source de financement des diffuseurs publics. En 2013, la Grèce a décidé de fermer ERT, le média public, ce qui a porté un coup au pluralisme médiatique dans tout le pays, même si ERT a fini par rouvrir en 2015.

La liberté de la presse se dégrade sous l'effet de dirigeants « médiasceptiques »

La montée du populisme et de l’autoritarisme dans de nombreux pays impacte fortement la liberté de la presse dans le monde. Celle-ci a atteint son niveau le plus bas depuis 13 ans, d’après une recherche financée par les États-Unis.

Nils Muižnieks cite également plusieurs alertes enregistrées par le Conseil de l’Europe, de nominations politiques dans la direction des chaines télévisées publiques en Espagne aux pressions exercées en Ukraine pour le remplacement d’un membre du conseil de supervision du média public.

Ces données « montrent que les tentatives des gouvernements de faire des diffuseurs publics des médias gouvernementaux restent courantes ». Dans certaines circonstances, « il est encore nécessaire de transformer ces médias, qui restent étroitement liés au gouvernement et manquent de transparence vis-à-vis de la société, en vrais services publics jouissant d’une indépendance éditoriale et organisationnelle », conclut le commissaire, qui ne mentionne étonnamment pas la Hongrie.

Sur son site, Nils Muižnieks mentionne différentes mesures censées aider les gouvernements à renforcer la qualité des médias publics, notamment en assurant un financement adéquat, en favorisant plus de transparence et en encourageant des programmes reflétant la diversité linguistique et culturelle du pays. « Les services de radiotélévision publics […] sont un facteur essentiel de la communication pluraliste, l’une des principales caractéristiques d’une société démocratique », rappelle-t-il.

La liberté de la presse se dégrade dans l’UE

Attaques, conflits et lois répressives sur la sécurité exercent de plus en plus de pression sur les journalistes, même en Europe, estime Reporters sans frontières. Un article d’EURACTIV Allemagne.