Des Allemands achètent tout le stock de bières du village pour protester contre la tenue d’un festival néonazi

Les habitants d’Ostritz, en Allemagne, ont trouvé un moyen efficace de gâcher l’ambiance d’un festival de rock néonazi ce week-end. Les autorités leur ayant interdit de manifester afin d’éviter les affrontements, ils ont alors acheté tout le stock de bières du supermarché du village. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Le petit village d’Ostritz, dans le district de Görlitz, dans l’est de l’Allemagne accueillait ce week-end un festival néonazi appelé Schild und Schwert (en français, « Le Bouclier et l’Épée »).

Pas vraiment ravis de cette nouvelle, les habitants ont trouvé une étonnante façon de protester contre la tenue de ce festival de rock d’extrême droite, auquel plus de 700 personnes ont participé, en toute légalité. Car la Constitution allemande, très respectueuse de la liberté de rassemblement, ne permet pas d’interdire la tenue de ce type d’événements, souligne le site suisse Le Temps, dans une enquête sur le sujet.

Et ces concerts de militants extrémistes ont le vent en poupe en Allemagne. En 2017, le ministère allemand de l’Intérieur avait dénombré 289 concerts et soirées musicales de ce genre. Difficile pour la police d’intervenir, car ils ont souvent lieu en pleine campagne, dans des propriétés privées.

Pour assurer la sécurité de ce week-end particulier, la police d’Ostritz a reçu des renforts du district de Görlitz, de la police fédérale et des escadrons anti-émeutes de Saxe et d’autres Länder voisins. Au total, une centaine de policiers armés de canons à eau et disposant de véhicules blindés étaient sur place durant trois jours, précise le site internet allemand Spiegel Online.

Pas de bières fraîches pour les néonazis !

Les habitants d’Ostritz, soutenus notamment par Michael Kretschmer (Union chrétienne-démocrate d’Allemagne), le ministre-président de la Saxe, manifestent contre l’organisation de ce festival depuis le mois d’avril. Ils n’ont pas pu défiler ce week-end, cela leur a été interdit, afin d’éviter les affrontements, rapporte le site de la radio allemande Deutsche Welle. Alors ils ont agi autrement.

Quelques jours plus tôt, le tribunal administratif de Dresde avait décidé de l’interdiction de l’alcool sur le site du festival et dans les environs du district de Görlitz. « La consommation d’alcool augmenterait sans aucun doute le risque d’affrontements violents », avait justifié le juge.

La police a donc confisqué les stocks, soit 4 200 litres prévus par les organisateurs, et quelque 200 litres supplémentaires récupérés auprès de festivaliers dont l’identité a été relevée par les forces de l’ordre.

Pour gâcher encore plus cette fête néonazie, les habitants d’Ostritz, en signe de protestation, ont dévalisé tout le stock de bières du supermarché du village ! Ils ont acheté plus de 120 caisses. Sur les réseaux sociaux, les habitants ont partagé des photos de leur action.

Michael Kretschmer, Premier ministre de la Saxe (l’un des deux Länder, avec la Thuringe, de l’ex-RDA également, organisant le plus de ces concerts néonazis selon l’enquête du Temps), s’est dit « très impressionné par la façon dont une si petite ville se mobilise, et ce, à chaque fois, pour faire savoir que les extrémistes ne sont pas les bienvenus ici », rapporte l’agence de presse allemande Deutsche Presse-Agentur.

Car l’achat du stock de bières du village n’a pas été la seule action de contestation pacifique de la part des villageois durant ce week-end. Plusieurs centaines d’entre eux ont disposé des paires de chaussures dans une rue d’Ostritz – 2 262, comme le nombre de migrants morts noyés en Méditerranée – pour que les festivaliers tombent dessus en se promenant dans le village.

D’autres ont fait afficher sur des grands panneaux publicitaires des messages contre le festival, accompagnés d’un immense émoji en forme de crotte. Bien joué !

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