La médiatrice européenne ouvre une enquête sur l’affaire Barroso

10140353073_8f0e8b3ba9_z [OPEN DAYS/Flickr]

Après les hésitations de l’exécutif européen, qui a condamné politiquement l’ex-président de la Commission sans prendre de mesure de rétorsion, Emily O’Reilly, se penche sur le Barrosogate.

L’ancien président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a été critiqué pour avoir accepté un poste de conseiller auprès de la banque Goldman Sachs, largement condamnée à Bruxelles pour son rôle dans l’effondrement boursier de 2008 et dans la crise de la dette de la zone euro.

« Ce n’est pas un problème qu’il travaille pour une banque privée, mais pas celle-ci », avait déclaré le président Jean-Claude Juncker en septembre dernier. En octobre 2016, un Comité d’éthique ad hoc (AHEC) a néanmoins jugé ce choix conformes aux règles en vigueur. En ayant laissé passer 18 mois entre le terme de son mandat de président et l’acceptation du poste de conseiller, José Manuel Barroso a respecté la norme. Mais pas nécessairement l’éthique.

Juncker demande une enquête sur le poste de Barroso chez Goldman Sachs

Jean-Claude Juncker a réclamé une enquête sans précédent sur le recrutement de son prédécesseur José Manuel Barroso par la banque d’affaires américaine, afin de vérifier la conformité de cette embauche à la législation européenne.

L’ancien président fait l’objet de condamnations répétées, notamment avec la diffusion d’une campagne en ligne dépeignant la banque qu’il a rejoint comme « l’un des pires établissements financiers de la crise économique de 2008 ». La mobilisation des fonctionnaires européens contre leur ancien primum inter pares est à cet égard significative.

L’enquête ouverte par Emily O’Reilly le 28 février se concentrera sur la façon dont la Commission européenne a réagi à une lettre lui ayant été adressée par des employés de l’UE concernant la position de José Manuel Barroso auprès de Goldman Sachs. La Médiatrice a demandé à la Commission de répondre à la lettre du personnel et d’expliquer si elle avait pris position sur la nomination de son ancien président dans la banque. Elle n’a en effet pas pu trouver de trace d’un avis de l’AHEC, qui conseille l’exécutif sur la compatibilité des activités prévues par les anciens commissaires avec les traités.

« Je serai reconnaissante à la Commission de faciliter l’inspection par mon cabinet de tout dossier lié à une opinion de l’AHEC sur le cas de l’ancien président de la Commission », a écrit la Médiatrice, qui demande une réponse au plus tard le 31 mars 2017. « Je pense qu’il serait également utile que mes représentants rencontrent les fonctionnaires concernés afin de discuter des problèmes créés. »

Alberto Alemanno, professeur de droit européen décoré du prix Jean Monnet, est l’un des auteurs de la plainte initiale adressée à la Médiatrice. Il assure n’avoir jamais reçu de réponse. « Selon nous, la Commission devrait émettre un avertissement officiel à l’ancien Président Barroso, afin de déterminer si son non-respect de l’obligation d’agir avec intégrité et discrétion, ainsi que l’appeler à quitter sa position chez Goldman Sachs », estime-t-il.

Le juriste ajoute que la banque bénéficiera forcément d’un avantage injuste dans toute négociation avec les institutions européennes et ses fonctionnaires, ce qui, selon lui, est potentiellement contraire aux intérêts de l’UE et de ses citoyens.

« Permettre à cette situation de se prolonger place tous les fonctionnaires européens, et particulièrement ceux qui sont haut placés, sous une pression énorme. Non seulement quand ils doivent interagir directement avec leur ancien patron, mais aussi quand il s’agit de quelqu’un qui lui verse son salaire », ajoute-t-il. « La négligence de la Commission européenne dans la gestion de cette affaire confirme son malaise inhérent et historique face à la souveraineté populaire. Plus de 200 000 personnes ont signé l’appel à l’action envoyé à la Commission. Pourtant, l’exécutif n’a même pas adopté de décision officielle sur ce type de requêtes légitimes. »

Margaritis Schinas, porte-parole en chef de la Commission européenne, a assuré que l’institution fournirait toutes les réponses que demande Emily O’Reilly.

Une pétition contre Barroso recueille 152.000 signatures

152.000 citoyens et fonctionnaires européens, dont une majorité de Français, demandent de suspendre la retraite de José Manuel Barroso.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.