En Allemagne, la ministre de la Famille veut augmenter le nombre de femmes cadres

La ministre allemande de la Famille, Franziska Giffey, au Bundestag le 12 février 2020. [EPA-EFE/HAYOUNG JEON]

Franziska Giffey (SPD), la ministre allemande de la Famille, souhaite augmenter le quota de femmes aux postes de cadres supérieurs. Elle se dit prête à défendre le potentiel des femmes qualifiées, malgré les critiques d’autres partis de la coalition.

Selon FidAR, une association allemande de promotion des femmes cadres, le sexe féminin est largement sous-représenté au sein des équipes de direction. D’après le « Women on Board Index » établi par l’association, les femmes n’occupaient que 10,1 % des postes aux conseils de surveillance et d’administration en octobre 2019 dans les 185 plus grosses entreprises du pays.

Depuis 2016, l’Allemagne oblige les entreprises cotées en Bourse et qui respectent la parité (un principe appliqué à toutes les sociétés de plus de 2000 employés) d’inclure au moins un tiers de femmes dans leurs conseils d’administration.

Le gouvernement allemand compte par ailleurs supprimer le critère de cotation en Bourse, afin de faire passer le nombre de sociétés concernées de 105 à 600.

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Des quotas appliqués aux conseils d’administration

La vraie nouveauté du projet de loi, c’est que les quotas s’appliqueront aussi aux conseils d’administration des entreprises qui respectent la parité et où plus de trois personnes siègent au conseil.

Ces nouvelles mesures, qui toucheraient environ 70 firmes, vont au-delà de l’accord conclu entre le parti conservateur au pouvoir du CDU/CSU et son partenaire de coalition, le sociodémocrate du SPD.

Les quotas, qui devraient être instaurés le 1er mai 2021, doivent être votés d’ici peu par les ministres allemands, rapporte la chaine de télévision N-tv.

Lors d’une interview pour le quotidien Handelsblatt, Franziska Giffey a souligné que cette initiative n’affecterait pas le « cœur du conseil d’administration », généralement composé du PDG, du chef de la direction et du directeur des ressources humaines.

Seul le quatrième membre du conseil doit impérativement être une femme. De plus, la mesure ne s’appliquerait qu’aux nouvelles désignations et ne forcerait personne à quitter son poste.

La ministre de la Famille admet que le projet de loi génère des conflits avec le parti de coalition du CDU/CSU, mais affirme qu’il faut passer outre, parce que les femmes qualifiées représentent un potentiel immense.

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« Touché en plein cœur »

Mais les détracteurs ne viennent pas seulement de la sphère politique.

Oliver Stettes, spécialiste du domaine du travail au DIW, critique le nouveau quota qui, selon lui, « touche la liberté d’entreprendre en plein cœur ».

Selon lui, il n’est pas juste d’influencer le choix des managers, qui devraient être libres de choisir la personne la plus compétente au poste de cadre.

Mais Sarah Khan-Heiser, de ProQuote Medien — une autre association allemande de défense des femmes au travail —, voit les choses différemment. Elle a expliqué à Euractiv que l’effet de « ressemblance » poussait les cadres à confier des postes aux personnes qui s’apparentaient à eux, consciemment ou non.

Ce phénomène étudié en 2017 par des chercheurs de Harvard signifie qu’en pratique, les hommes aux postes de directeurs sont plus susceptibles de donner une promotion à d’autres hommes.

Oliver Stettes qualifie de « présomptueuse » l’idée que des hommes membres de conseils d’administration pourraient baser leurs choix sur des critères de genre.

« Peut-être que d’expérience, les gens préfèrent choisir quelqu’un qui leur ressemble, parce qu’ils y voient un critère de réussite », explique-t-il. Et d’ajouter qu’il s’agit plus d’une question d’expérience professionnelle que de genre.

L’économiste invoque les qualités sociales des femmes comme la principale raison de leur faible présence aux fonctions administratives. Encore aujourd’hui, nombre d’entre elles doivent s’occuper d’enfants ou de personnes âgées, ce qui peut être combiné avec un travail, mais pas une carrière, défend Oliver Stettes.

« Une juste distribution du pouvoir et des responsabilités »

Sarah Khan-Heiser, quant à elle, ne pense pas que l’égalité sur le lieu de travail viendra naturellement.

Trop souvent, elle a été témoin de situations où des femmes n’ont même pas été prises en compte pour bénéficier de promotions. Elle ajoute que cette culture d’entreprise pénalise toutes les femmes qualifiées en limitant leurs perspectives d’avenir.

L’instauration de quotas permettrait de supprimer le critère de genre établi par l’effet de « ressemblance », et forcerait ainsi les cadres à choisir leurs employés en fonction de leurs qualifications et non de leur sexe.

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