La pauvreté stagne depuis 10 ans au Royaume-Uni

Après avoir baissé de 17 points entre 1995 et 2005 pour s’établir à 22% de la population, le taux de pauvreté « absolue » n’a diminué que de deux points lors de la décennie suivante. Et la situation devrait rester identique d’ici à 2022. Un article de notre partenaire La Tribune.

Un taux de chômage au plus bas depuis plus de 40 ans. Une croissance soutenue par la consommation des ménages depuis le référendum sur la sortie du pays de l’Union européenne en juin 2016. En dépit de plusieurs signes de tassement ces dernières semaines, l’économie britannique a retrouvé des couleurs depuis la grande récession de 2008-2009. Au prix, avant tout, de sacrifices et d’une politique d’austérité initiée entre 2010 et 2015 par le précédent gouvernement emmené par le conservateur David Cameron. Plafonnement des salaires dans la fonction publique, réduction drastique des dépenses et coupes budgétaires pour réduire le déficit, les efforts demandés à la population ont été brutaux.

Et selon le rapport présenté mercredi par l’Institute for fiscal studies, un organisme indépendant spécialisé dans l’analyse de la fiscalité et des politiques publiques, la période a laissé des traces, chez les Britanniques les moins favorisés.

En témoigne le nombre toujours plus important de banques alimentaires en activité dans le pays. Mais pas seulement. Après avoir baissé de 17 points entre 1995 et 2005 pour s’établir à 22% de la population, le taux de pauvreté « absolue » n’a en effet diminué que de deux points au cours de la décennie suivante. Depuis 1965, la pauvreté n’avait jamais aussi peu reculé sur dix ans, au Royaume-Uni.

UK poverty

Avoir un emploi ne suffit pas

En 2015-2016, un Britannique sur cinq vivait dans un ménage dont les revenus étaient inférieurs à 60% du revenu médian enregistré en 2010-2011, l’année de référence retenue par l’IFS. Traduit en sonnant et trébuchant, le seuil correspond à 138 livres (165 euros) par semaine pour une personne seule et 332 livres (397 euros) par semaine pour un couple avec deux enfants. « Nos recherches suggèrent que ce taux de pauvreté devrait encore rester inchangé entre 2016-2017 et 2021-2022 », prévient l’institut, et même augmenter pour les enfants, au vu des réformes prévues dans le domaine des prestations sociales. Pour ce qui concerne la pauvreté dite « persistante », qui couvre les ménages ayant vécu en-dessous du seuil de pauvreté au cours de trois des quatre années précédentes, le taux s’établissait à 8% en 2015-2016.

Sur le long terme, le rapport note un changement du profil des ménages concernés par les bas revenus et la pauvreté. Longtemps les plus touchés, les retraités sont aujourd’hui, à 90%, épargnés par la pauvreté. A contrario, alors qu’en 1995 quelque 45% des personnes pauvres appartenaient à un ménage dont au moins un membre travaillait, vingt ans plus tard, ce taux est passé à 66%. « En dépit du fait qu’un nombre toujours plus important de ménages comprend au moins un adulte actif, il est devenu de moins en moins certain que les revenus assurent au ménage de se hisser au-dessus du seuil de pauvreté », relève l’IFS.

La part du salaire dans les revenus globaux peine à retrouver son niveau d’avant-récession

Un point du rapport permet d’illustrer ce phénomène. Si dans l’ensemble du pays, le revenu médian enregistré en 2015-2016 est (modestement) supérieur de 3,7% à celui constaté en 2007-2008, la part des salaires dans ces revenus, elle, n’a pas retrouvé son niveau d’avant-récession. L’IFS relève ainsi qu’en dépit d’une croissance de 3% depuis 2011, les revenus bruts du travail sont toujours 2% inférieurs à ceux enregistrés en 2007-2008. Ces statistiques incluent même les rémunérations des auto-entrepreneurs, catégorie de travailleurs en forte expansion ces dernières années, avec l’avènement de la gig economy d’Uber, Deliveroo et consorts. Si le revenu médian est, malgré ce constat, en hausse, c’est grâce aux revenus de l’épargne, des investissements et des retraites privés, affirme l’IFS. « La faiblesse de l’augmentation des salaires a été telle, ces dernières années, que les effets positifs du taux de chômage très bas ont été annulés », souligne le rapport. Pour permettre aux plus pauvres d’améliorer leurs conditions de vie, un taux d’emploi historiquement haut ne suffit pas.

La Tribune

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