Les cyberviolences conjugales, un mal répandu et méconnu

Selon l'enquête du centre Hubertine Auclert, neuf femmes sur dix auraient vécu au moins une forme de cyberviolences conjugales. [shutterstock]

À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes, retour sur une forme de violences fréquente, et pourtant relativement ignorée : les cyberviolences conjugales.

En plein confinement, la Journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes a une résonance particulière. En France, comme dans de nombreux pays, les cas de violences au sein du domicile ont explosé. Les chiffres sont glaçants : pendant le confinement, les appels pour des faits de violences conjugales ont triplé par rapport à 2019.

Coups, insultes, menaces sont les premières images qui viennent à l’esprit. Mais les violences conjugales sont aussi d’ordre psychologiques, et les nouvelles technologies représentent dans ce cadre un levier puissant pour asseoir sa domination sur son ou, plus fréquemment, sa partenaire.

C’est ce qu’a constaté le centre Hubertine Auclert, organisme francilien engagé contre les violences faites aux femmes. Face au manque de données sur le sujet, le centre a lancé en 2018 une vaste enquête auprès de 302 femmes victimes de violences conjugales. Le but : mesurer l’usage et l’impact des outils numériques dans ces relations. Parmi les personnes interrogées, neuf femmes sur dix disent avoir vécu au moins une forme de cyberviolences conjugales.

Se voir confisquée son téléphone ou menacée de diffuser des photos intimes sur internet, être obligée de rester joignable en permanence ou de transmettre les mots de passe de son compte Facebook, sa boîte mail… L’enquête du centre Hubertine Auclert illustre différents types de cyberviolences. Si les stratégies sont diverses, le but est toujours le même : « Le numérique offre aux auteurs de violences conjugales des moyens faciles, accessibles et instantanés pour davantage surveiller, contrôler et humilier les femmes », note le rapport d’enquête.

Les jeunes femmes, premières impactées

Alors que les réseaux sociaux montent en puissance, ce phénomène toucherait davantage les jeunes femmes selon Louise Delavier, cheffe de projet à l’association En Avant Toute(s). Cette structure, destinée aux jeunes générations victimes de violences, a lancé un tchat pour les orienter : « Pour elles, les violences conjugales sont presque systématiquement accompagnées de cyberviolences. »

Alors que les centres d’appel étaient débordés pendant le confinement, En Avant Toute(s) a fait le même constat sur son tchat. Pour répondre à l’urgence, celui-ci est désormais renforcé, permettant une ouverture 7 jours sur 7 avec des professionnelles présentes pour rassurer et répondre aux questions des jeunes femmes de 10 h à 21 h.

« Les personnes victimes de cyberharcèlement ont généralement hontes et préfèrent se taire, surtout si cela touche à leur sexualité », indique Louise « Elles se sentent souvent coupables et n’osent pas toujours porter plainte. Alors qu’elles le pourraient. »

Menacer de diffuser des images à caractère est un délit, passible de deux ans de prison et 30 000 euros d’amende. C’est ce genre d’information, souvent méconnue, que les professionnelles de l’association En Avant Toute(s) rappelle aux femmes victimes de cyberviolences : « Nous les orientons vers des guides juridiques, comme celui du centre Hubertine Auclert », explique la cheffe de projet.

Si un arsenal juridique pour protéger de ces cyberviolences existe déjà, reste surtout à renforcer la prévention. Car la problématique est encore peu abordée, notamment en France où les études sur le sujet restent rares. Renforcer les formations des policiers, pour que les femmes puissent déposer plainte, serait une première étape, note dans son rapport le centre Aubertine Auclert, qui a également lancé le 16 novembre dernier un kit d’action sur les cyberviolences à destination des professionnels.

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