Les villes d’Europe profitent de la libre circulation des travailleurs

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Une étude indépendante publiée par la Commission évalue les bénéfices qu'apportent les travailleurs issus d'un autre État membre à leur ville d'accueil. 

Les citoyens européens migrent en règle générale vers un autre pays européen pour des raisons professionnelles, et non pour faire du « tourisme social », relève une étude de la Commission européenne publiée le 11 février dernier.

Le rapport analyse six villes européennes réputées pour leur multiculturalisme : Barcelone, Dublin, Hambourg, Lille, Prague et Turin. Il en ressort que l'afflux de citoyens européens plus jeunes et en âge de travailler a un impact économique positif. 

Par exemple, une étude locale sur la ville de Turin montre que l'imposition sur le revenu des étrangers rapportait en tout un bénéfice net de 1,5 milliard d'euros à la commune italienne.

Le rapport montre également que les nouveaux venus ont contribué à combler le manque de main d'œuvre sur le marché du travail local. Selon ce document, ils ont également pris part à l'essor de nouveaux secteurs et compensé le vieillissement de la population. En outre, les migrants européens sont souvent surqualifiés pour les emplois qu'ils obtiennent. Ils sont dans le même temps moins bien rémunérés et ne jouissent pas toujours du même accès au logement et au système éducatif que la population locale.

« La libre circulation est une aubaine pour l'Europe, pour ses citoyens et ses économies […] Néanmoins, il serait malencontreux de remettre en question le droit à la libre circulation, » a déclaré la vice-présidente de la Commission, Viviane Reding, chargée de la justice, des droits fondamentaux et de la citoyenneté.

Le rapport a été présenté lors d'une réunion rassemblant plus de 100 maires et représentants d'autorités locales issus des quatre coins de l'Europe. Ils ont discuté des défis actuels et des opportunités que représente la libre circulation des citoyens dans l’UE. L'évènement a eu lieu lors d'une conférence des maires au sein du Comité des régions à Bruxelles.

Les conclusions de l'étude sont les suivantes :

  • les citoyens de l'UE se déplacent principalement pour trouver un emploi et sont souvent plus jeunes et actifs économiquement que la population locale des villes étudiées ;
  • l'afflux de citoyens de l'Union jeunes et en âge de travailler dans les villes sélectionnées permet de mieux faire face au défi démographique du vieillissement de la population et à la diminution de la population active;
  • ils aident également à combler le manque de main-d'œuvre sur le marché du travail, soit en acceptant principalement des emplois peu qualifiés (Turin et Hambourg), soit en contribuant à la croissance de nouveaux secteurs (les TIC à Dublin, par exemple), soit encore en aidant au lancement de nouvelles entreprises (à Turin ou Hambourg).

L'étude met également en évidence les défis suivants :

  • les citoyens qui pratiquent la mobilité sont plus susceptibles d'être surqualifiés que les nationaux (ils acceptent des emplois en deçà de leur qualification), ce qui pourrait se traduire par un galvaudage de compétences empêchant de tirer le meilleur parti de la mobilité intracommunautaire ;
  • des différences de salaires ont parfois été constatées entre nationaux et citoyens de l'Union qui pratiquent la mobilité (le plus souvent en défaveur de ces derniers), les cas relevés étant cependant peu nombreux ;
  • bien qu'ils travaillent et paient des impôts, les citoyens qui pratiquent la mobilité sont parfois désavantagés en matière de logement et de scolarisation des enfants.

Le rapport fait cependant l'impasse sur l'impact sur les nouveaux États membres de l'UE, dont un grand nombre de travailleurs partent massivement vers les anciens États membres de l'UE, plus prospères.

Selon un récent recensement, la population de la Bulgarie connait une baisse alarmante. Les nouveaux pays entrants, qui représentent à l'heure actuelle environ 7 300 000 individus, ont connu une évolution démographique négative de 1,5 million de personnes depuis 1985, soit un record de dépeuplement à l'échelle européenne, mais aussi mondiale.

Avec les élections du Parlement européen en mai prochain, les partis d'extrême droite, tels que le Front national en France, le Parti pour la liberté aux Pays-Bas ou encore le Parti de l'indépendance (UKIP) au Royaume-Uni, font leurs choux gras de la peur d'un « tourisme social ».

Alors que la Roumanie et la Bulgarie ont rejoint l’UE il y a sept ans, ce changement prévu de longue date a provoqué de fortes craintes parmi les pays les plus riches de l'UE. Des personnalités politiques de droite et des médias affirment qu'une vague d'immigrés des pays du sud de l'Europe va prendre le travail des citoyens nationaux, tirer profit des services publics et vivre aux crochets de l'État providence.

La libre circulation des personnes est l'un des principes sacro-saints de l'Union, indissociable de celui de la libre circulation des marchandises et des services.

La Commission européenne estime qu'il existe environ deux millions d'emplois vacants en Europe. Étant donné que de plus en plus d’immigrés sont en âge de travailler comparés aux citoyens du pays d'accueil, ces premiers ont plus de chances de trouver un emploi et sont en règle générale des contributeurs nets au système social.

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