Covid-19: un confinement marqué par l’antitsiganisme

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Selon un rapport publié par le Centre européen pour le droit des Roms (CEDR), le confinement a connu une montée de racisme institutionnel et de discrimination à l’égard des communautés roms à travers le bloc.

Le rapport sur les droits des Roms en temps de Covid-19 a été publié par le CEDR peu de temps avant la parution d’une proposition législative européenne clé sur la lutte contre l’antitsiganisme.

Dans le document, le CEDR a enregistré des violations graves des droits de l’homme dans 12 pays du navire européen : Albanie, Belgique, Bulgarie, Hongrie, Italie, Moldavie, Macédoine du Nord, Roumanie, Serbie, Slovaquie, Turquie et Ukraine.

« Les communautés roms ont été maltraitées par des agents de police racistes ; elles ont été évincées de force de leur foyer ; elles ont été prises pour cibles par l’extrême droite ; elles se sont vu refuser l’accès aux soins de santé ; elles ont été laissées pour compte, et ce, sous nos yeux, alors que notre attention se portait ailleurs », indique le rapport.

« Les enfants ne pouvaient pas aller à l’école, leurs quartiers ont été fermés et placés en quarantaine, tandis que le monde médiatique, avide de contenu et de cliques, les diabolisait sans vergogne », renchérit le document.

La pandémie a envenimé le quotidien des communautés roms marginalisées vivant en surnombre et dans des conditions inhumaines ; des personnes déjà plus à risque en raison de leur accès limité aux soins de santé, à l’eau potable et à la nourriture.

De plus, ces populations sont également les plus touchées par les répercussions du SARS-CoV-2 sur le plan économique et social, signale le rapport.

La France expulse des saisonniers bulgares en dépit des « recommandations » de la Commission

Deux groupes de saisonniers bulgares et un groupe de Lettons venus en France par avion ont été renvoyés dans leur pays par les autorités françaises après 2 jours de rétention administrative. Et ce malgré la demande de la Commission de garantir la liberté de mouvement de ces travailleurs jugés « indispensables ».

À cet égard, le président du CEDR, Dorde Jovanovic, ajoute que le « manque d’empathie et de solidarité » envers les communautés roms pendant la période de confinement « a été profondément troublant ».

« Lorsque le chaos s’installe, les mamamouchis au pouvoir nous montrent comment ils souhaiteraient vraiment régner sur les minorités et les populations marginalisées, s’ils en avaient l’occasion : sans pitié », ajoute-t-il.

Le rapport invite le bloc à assurer que « la directive sur l’égalité raciale soit transposée dans le droit national des États membres ».

En outre, il laisse entendre qu’il serait judicieux d’élargir le champ d’action de l’Article 3 de cette directive afin d’aborder les formes les plus communes de discrimination contre les peuples roms : les évictions forcées, les actes discriminatoires par les forces de l’ordre et les autorités publiques chargées de la santé, du logement et de bien-être.

Dans le même temps, le centre conseille à la Commission européenne de « corriger l’oisiveté et l’ignorance de bon nombre d’autorités concernées en soutenant des pratiques non-discriminatoires dans le maintien de l’ordre public ainsi qu’auprès de procureurs, de juges et d’autres prestataires de services publics ».

Il appelle aussi l’exécutif européen à faire preuve de « vigilance » à l’égard de plusieurs États membres « connus pour leur recul démocratique, afin que les pouvoirs temporaires établis en temps de crise ne prennent pas une tournure permanente ».

Un vote prévu par le Parlement européen

Le CEDR a tiré ses conclusions une semaine avant la publication du rapport du député européen rom Romeo Franz (Verts), qui devrait fournir une série de recommandations pour la nouvelle stratégie européenne en matière d’égalité envers les communautés roms.

Les députés du Parlement européen proposeront alors une directive avec des objectifs juridiquement contraignants ainsi qu’un financement adéquat pour la mise en œuvre de stratégies d’intégration à l’échelle nationale.

C’est la première fois que le Parlement européen votera de cette façon sur une politique européenne traitant de l’égalité, de l’intégration et de la participation des personnes d’origine rom en Europe.

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Plusieurs communautés roms de Slovaquie ont été placées en quarantaine et vivent coupées du monde depuis début avril. Des mesures similaires ont été prises dans toute l’Europe centrale et orientale, dénonce Amnesty International. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

« Le Parlement met une proposition sur le devant de la scène abordant l’égalité, l’intégration et la participation de mon peuple ; c’est une première au sein de cette institution qui place la lutte contre l’antitsiganisme, la principale cause de l’exclusion sociale des populations roms, au rang des priorités », a soutenu M. Franz aux législateurs européens de la commission parlementaire des libertés civiles (LIBE) début septembre.

Devant initialement être votée en octobre, la directive a été placée au programme de septembre afin de précéder le cadre européen sur l’égalité et les stratégies d’intégration des Roms, qui devrait être présenté par Bruxelles le 6 octobre.

« Le Covid-19 a souligné clairement les répercussions de l’antitsiganisme et de la négligence des États membres concernant l’intégration des populations rom », déplore M. Franz.

« Les mesures à prendre relatives à l’intégration des Roms doivent être juridiquement contraignantes, sans pour autant faire fléchir les États membres. Elles doivent assurer un équilibre socio-économique parmi les citoyens. »

Dans le contexte actuel, l’UE et les États membres doivent lancer des actions afin de contrer les cas de répressions policières à l’encontre des Roms et d’inclure ces populations dans le développement et la mise en œuvre de stratégies d’intégration, qui doivent bénéficier de moyens financiers nécessaires.

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