Merkel refroidit les ardeurs des partisans d’une nouvelle loi sur l’immigration en Allemagne

Thomas Oppermann, chef de file du SPD allemand [Deutscher Bundestag]

Le Parti social-démocrate réclame une nouvelle loi sur l’immigration pour réguler l’arrivée de travailleurs originaires de pays non-européens. La chancelière Angela Merkel j?uge que la question des réfugiés est plus urgente. Un article d’EURACTIV Allemagne.  

La chancelière allemande Angela Merkel a mis un frein au débat sur la nouvelle loi sur l’immigration en Allemagne.

« Nous devons nous attaquer à un problème plus urgent, celui des nombreux réfugiés se trouvant en Allemagne. Selon nos prévisions, ce chiffre va encore augmenter cette année », a déclaré Angela Merkel le 3 mars à Berlin.

L’alliance de centre-droit et le parti social-démocrate (SPD) travaillent en étroite et très bonne collaboration pour accomplir cette tâche, a-t-elle indiqué. « C’est pour cela que je veux trouver un terrain d’entente sur le sujet des réfugiés », a annoncé la chancelière, de l’Union chrétienne-démocrate (CDU).

Le CDU et sa petite sœur bavaroise, l’Union chrétienne-sociale (CSU), forment ensemble l’alliance de centre-droit (Union) dans le système des partis politiques allemand.

A propos de la proposition de loi sur l’immigration avancée par le chef de file du parti d’opposition (SPD), Thomas Oppermann, Angela Merkel a seulement annoncé qu’elle devait être examinée.

« Nous allons examiner ce qui peut être fait au sujet de l’immigration, mais je dois d’abord rendre un avis sur la question », a-t-elle ajouté. Les dirigeants de l’alliance de centre-droit ont pourtant déjà rejeté la proposition de Thomas Oppermann pour une loi sur l’immigration avec un système de points.

Attirer les travailleurs qualifiés

Le chef de file du SPD a officiellement présenté son projet le mardi 3 mars. Il a appelé à promouvoir l’immigration de longue durée des travailleurs qualifiés. La seule manière pour l’Allemagne de surmonter le déclin démographique sur le marché de la main d’œuvre est de « maintenir le même niveau d’immigration que ces dernières années », peut-on lire dans le document de synthèse de Thomas Oppermann. 

Il y propose une loi sur l’immigration pour que l’immigration des travailleurs non européens soit gérée par un système de points, semblable à celui du Canada. La sélection se ferait selon l’âge, le niveau d’éducation et de la demande de travailleurs qualifiés.

Selon Thomas Opperman, uniquement en termes de chiffres, l’Allemagne devrait bientôt perdre 6,7 millions de personnes en âge de travailler.

Bien sûr, a-t-il précisé, le potentiel de main d’œuvre allemande pourrait aussi être élargi en augmentant le nombre de femmes et de seniors sur le marché du travail et en améliorant les qualifications des jeunes.

« En même temps, nous devons créer de meilleures conditions d’immigration pour les travailleurs qualifiés venant de l’étranger », a continué Thomas Oppermann. « Les deux sont nécessaires ».

Le débat s’est installé alors que l’Allemagne subit une pénurie de travailleurs qualifiés,  mais aussi le regain des manifestations anti-islamistes du mouvement Pegida, qui rejette l’immigration.

>> Lire : L’AfD et les islamophobes de Pegida entament un rapprochement en Allemagne

Grâce à cette loi sur l’immigration, le SPD espère surtout mettre l’accent sur l’importance des travailleurs qualifiés pour l’économie allemande, et aussi présenter l’immigration sous un angle positif. En 2014, L’Allemagne a connu son plus haut taux d’immigration en 22 ans, avec 470 000 personnes provenant principalement d’autres États membres, qui jouissent pleinement de la libre circulation à l’intérieur de l’UE. 

Les dernières statistiques allemandes sur l'immigration montrent que 1,23 million de personnes ont immigré en Allemagne en 2013. Un chiffre que le pays n'avait pas atteint depuis 1993 et qui a poussé les sociaux-démocrates et les Verts à appeler à une meilleure régulation de l'immigration.

En janvier, le gouvernement allemand a créé un nouveau comité chargé d'enquêter sur les effets de ce qu'il appelle « l'immigration de la pauvreté » en provenance de Bulgarie et de Roumanie. Certaines villes se sont en effet plaintes d'être complètement dépassées.

Après l'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie à l'UE le 1er janvier 2007, la plupart des États membres ont levé les restrictions d'accès à leurs marchés du travail qui pesaient sur les travailleurs provenant de ces pays.

Des restrictions demeuraient cependant en Allemagne, en Autriche, en Belgique, en France, en Grande-Bretagne, en Irlande, au Luxembourg, à Malte, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni.

Ces pays exigeaient généralement des citoyens bulgares et roumains qu'ils disposent d'un permis de travail.

En vertu des traités d'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie, ces restrictions ont dû être levées sur l’ensemble du territoire de l'Union le 1er janvier 2014.

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